Économie Mine d'or illégale or Ouzbékistan

En Ouzbékistan, les autorités luttent pour le contrôle des mines d’or

Les autorités ouzbèkes ont arrêté une quarantaine d’hommes dans une mine d’or, surpris en pleine exploitation illégale de la mine. Cette ressource clé de l’économie ouzbèke est de plus en plus sous tension, entre volonté gouvernementale d’en augmenter la production et manque de contrôle sur ces espaces.

Les tensions augmentent autour de l’exploitation minière en Ouzbékistan. Le 17 juin dernier, la Garde nationale ouzbèke a publié une série de photographies et de détails sur l’une de ses descentes dans la mine à ciel ouvert de Korakoutan. Située dans la province de Samarcande, dans le sud-est de l’Ouzbékistan, il semblerait que l’exploitation illégale soit en train de s’y renforcer. La descente a eu lieu le 7 mai dernier et 39 hommes y ont été arrêtés.

Novastan est le seul média en français et en allemand spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir en vous abonnant, en réalisant un don défiscalisé à 66 %, ou en devenant membre actif par ici.

Avec eux, plus de six tonnes de terre contenant des minerais d’or, des voitures et du matériel lié à l’extraction ont également été saisis. Selon les autorités, une enquête est depuis en cours mais aucun détail supplémentaire n’est donné sur ce qu’il est advenu de ces hommes.

L’or, pilier de l’économie ouzbèke

L’exploitation de l’or est l’un des piliers de l’économie ouzbèke. Avec de nombreuses mines réparties sur l’ensemble de son territoire, l’Ouzbékistan était en 2018 le 12ème plus grand producteur dans le monde, selon le site spécialisé Mining.com. Mais il pourrait grimper dans le classement. En effet, dans son rapport de 2015, l’Institut d’études géologiques des États-Unis annonce que les exploitations minières sont en train d’augmenter leur productivité, soulignant par-là qu’il leur reste de la marge.

En outre, la connaissance géologique du pays n’est pas achevée, avec des prospections menées actuellement par des entreprises étrangères pour différents minerais. L’or occupe une place importante dans les échanges de l’Ouzbékistan. Ainsi, entre janvier et mai 2020, l’or a représenté 31,9 % des exportations ouzbèkes, rapporte le média ouzbek Kun.uz. La majorité va en Suisse, comme l’annonce sans détour le Département fédéral des affaires étrangères suisse. « Les échanges commerciaux entre la Suisse et l’Ouzbékistan sont peu intenses et dominés par les exportations d’or, la Suisse étant l’unique débouché de l’or ouzbek », décrit Berne. Mais il faut tout de même nuancer ce propos : la Suisse n’est pas le seul pays à avoir l’usage de l’or ouzbek, la firme Apple en utilise aussi par exemple.

Lire aussi sur Novastan : La Suisse, principal client de l’Ouzbékistan au niveau mondial

Aujourd’hui, deux grandes compagnies exploitent la majorité de l’or ouzbek. Il s’agit d’Almalyk MMC et Navoi MMC, toutes deux détenues par l’État. Cette dernière exploite notamment la titanesque mine de Mourountau, qui en s’étendant sur plus de 8 km², est la plus grande mine d’or à ciel ouvert au monde. Navoi MMC exploite également la mine de Korakoutan, où a eu lieu la descente de la Garde nationale ouzbèke.

Les dangers de l’exploitation illégale des mines d’or 

Cet incident rapporté par la Garde nationale d’Ouzbékistan n’est pas un cas isolé. De fait, même si elle est peu documentée, l’exploitation illégale des mines est un phénomène courant en Asie centrale et plus précisément en Ouzbékistan. Les exploitants remplissent des sacs de terres riches de minerais de d’or le plus rapidement possible puis les chargent dans des voitures avant d’aller les filtrer plus loin.

Lire aussi sur Novastan : La Ruée vers l’Or au Kirghizstan : vers une catastrophe écologique ?

Il s’agit d’une activité extrêmement dangereuse : violences entre les différents exploitants, glissements de terrain, mauvais état des infrastructures… À la fin de l’URSS, les mines d’or les moins rentables sont tombées à l’abandon. Leur exploitation illégale devient donc un peu plus dangereuse chaque année. Ainsi, en 2018, le média américain Radio Free Europe a rapporté qu’une vingtaine d’hommes se seraient retrouvés piégés sous terre suite à l’éboulement d’une mine abandonnée de la province de Samarcande. Toutefois, ni la police ni les secours n’ont été appelés – les exploitants illégaux craignaient en effet les représailles des autorités, ce qui laisse deviner la dureté de la répression à leur encontre. Dans le même article, Radio Free Europe rappelle que l’exploitation illégale des mines d’or est étroitement liée au taux de chômage élevé de la région.

Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire en cliquant ici.

Plus grave encore, durant l’été 2015, 25 hommes auraient perdu la vie suite à une explosion dans une mine abandonnée en Ouzbékistan, selon le média américain Eurasianet. Selon des locaux, deux groupes d’exploitants illégaux se disputaient la mine. Les perdants se sont alors vengés en abattant les piliers qui soutenaient les galeries, causant la mort d’une vingtaine d’hommes piégés à l’intérieur.

Une activité qui semble prendre de l’ampleur

Le 26 mai dernier, Radio Ozodlik, la branche ouzbèke de Radio Free Europe, a rapporté que les habitants de la région de Samarcande ont été témoins du renforcement de l’exploitation illégale des mines. La mine de Korakoutan, où la Garde nationale ouzbèke a fait sa descente dernièrement, semble être très touchée. Dans l’article se trouve une vidéo, où l’on voit des hommes sur le toit d’un train de fret. Les habitants de la région affirment que ceux-ci attendent que le train se mette en marche pour ensuite jeter par-dessus bord des sacs de terre riches en minerais d’or. Pendant ce temps, leurs complices avancent le long des voies pour récupérer les précieux sacs. Cela témoigne du perfectionnement des techniques de trafic qui est en cours.

Lire aussi sur Novastan :  Coronavirus : les conséquences économiques en Asie centrale annoncées comme sévères

Par ailleurs, les difficultés économiques liées au Covid-19 n’augurent rien de bon sur pour l’exploitation illégale de l’or. Celle-ci se renforce en effet dans les périodes de chômage, les plus précaires étant alors contraints d’aller tenter leur chance dans les mines.

Vent de libéralisation sur l’exploitation minière ouzbèke

Historiquement, les mines ouzbèkes ont longtemps été décrites comme sous-exploitées. Pourtant, la tendance est en train de changer depuis la mort de l’ancien président Islam Karimov en 2016. Actuellement, les annonces officielles au sujet de l’exploitation des mines se multiplient. Certaines concernent directement le mode de production, comme l’annonce le 26 mai dernier d’augmenter la production d’or de 50 tonnes, celle de cuivre de 400 tonnes et celle d’argent de 270 tonnes.

Lire aussi sur Novastan : L’économie tadjike croît fortement grâce à l’extraction minière et l’énergie

Outre la présentation de ces ambitieux objectifs, le communiqué visait également à séduire les investisseurs. Problème : depuis l’affaire Oxus, du nom de la firme britannique spécialisée dans l’exploitation minière Oxus Gold, les investisseurs sont soupçonneux. En 2011, la firme avait en effet été contrainte d’abandonner son exploitation après avoir passé 15 ans à développer l’exploitation minière dans le pays.

Les tensions avec le gouvernement ouzbek ont commencé en 2006, lorsque l’entreprise est condamnée pour fraude fiscale. L’accusation n’est levée qu’au moment où Oxus Gold cède 16 % de ses parts à Zeromax. Cette  société ouzbèke était officieusement contrôlée par Goulnara Karimova, qui jouait de son statut de fille du président pour faire de l’extorsion de fonds. Mais c’est en 2011 que le coup fatal est porté à Oxus Gold, quand la firme finit par quitter le pays à cause des pressions gouvernementales. Le litige a depuis été porté sur la scène internationale, où la firme britannique soutient avoir été victime d’expropriation.

Un mauvais souvenir que tente d’estomper Chavkat Mirzioïev, président depuis 2016. Une nouvelle loi est ainsi passée fin 2019 pour montrer le changement de cap. Les droits des investisseurs y sont précisés, notamment au sujet des nationalisations. « Les investissements et autres biens des investisseurs ne sont pas sujets à la nationalisation. » (Art.21). La loi veut également rassurer les investisseurs sur un point : elle ne sera pas facilement remplaçable. Ainsi, si une nouvelle loi venait réduire leurs droits, elle n’aurait pas d’effets rétroactifs.

Héloïse Dross
Rédactrice pour Novastan

Relu par Aline Cordier Simonneau

Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anonymement à ce questionnaire ou nous envoyer un email à redaction@novastan.org. Merci beaucoup !

Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *