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Des groupes terroristes ouzbeks et tadjiks présents en Afghanistan

Selon les autorités de la province afghane du Badakhchan, l’État islamique au Khorasan, Al-Qaïda et des groupes apparentés tenteraient de renforcer leur présence militaire dans la région. Elles mentionnent notamment des groupes armés tadjiks et ouzbeks.

C’est une information importante que viennent de donner les autorités de la province afghane du Badakchan, limitrophe avec le Tadjikistan. Comme le rapporte le média afghan ToloNews, des groupes terroristes comme l’État islamique au Khorasan (IS-K) et Al-Qaïda chercheraient à se renforcer dans la région, ont affirmé les autorités afghanes le 21 avril dernier. Alors que les activités terroristes se multiplient au Badakhchan, les autorités ont confirmé la présence de combattants ouzbeks et tadjiks durant les combats. Leur présence sur le sol afghan aurait pour finalité de poursuivre leur combat contre les forces de sécurité afghanes.

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Parmi ces groupes apparentés, les responsables locaux rapportent la présence de combattants affiliés à divers « groupes terroristes », tels que le groupe tadjik Jamaat Ansarullah (JA), le Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM), les islamistes ouzbeks du Harkat-i-Islami et des djihadistes ouïghours. Environ 400 personnes opéreraient dans diverses parties de la province, mais particulièrement dans la vallée de Khastak, située dans le district de Jurm, au cœur de la province du Badakhchan.

Intensification des activités terroristes dans le Badakhchan

Selon les autorités militaires du Badakhchan, la région est une zone stratégique importante pour les combattants centrasiatiques, qui en contrôlent plusieurs parties depuis de nombreuses années. En effet, cette province montagneuse du nord-est de l’Afghanistan, à la confluence entre la Chine, le Pakistan et le Tadjikistan revêt un double intérêt, à la fois géographique et économique. Selon Zakaria Sawda, gouverneur de la province, « Ils [les combattants] veulent renforcer leur troisième base au Badakhchan pour agir avec plus de force ».

Seulement trois jours après ces déclarations, la branche kirghize du média russe Sputnik a rapporté qu’une attaque avait eu lieu dans le district de Ragh, frontalier du Tadjikistan. Selon un membre de la police afghane cité par le média russe, « un groupe armé de combattants tadjiks de plus de 15 personnes […] est entré en conflit avec le poste des forces progouvernementales de Kuf-Ab ». Cette situation est suffisamment alarmante pour que les autorités régionales demandent une assistance aérienne pour « nettoyer la zone », rapporte également ToloNews.

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Cette récente recrudescence des activités terroristes dans la région a permis aux insurgés de reprendre le contrôle de plusieurs districts du Badakhchan, notamment celui de Yamgan, adjacent au Tadjikistan. Radio Ozodi, la branche tadjike du média américain Radio Free Europe, a recueilli les propos d’Abdullah Naji Nazari, membre du Conseil de Badakhchan, qui a déclaré que « les forces de sécurité ont malheureusement été vaincues » et que « les forces gouvernementales se sont retirées ». L’incapacité des forces de sécurité afghanes à stopper l’expansion des combattants et l’augmentation du nombres de morts au Badakhchan a déjà entraîné le déplacement de plusieurs familles.

Le Tadjikistan s’inquiète

L’instabilité frontalière entre le Badakhchan et la région autonome tadjike du Gorno-Badakhchan a contraint le gouvernement tadjik à renforcer les mesures de sécurité dans cette région montagneuse du pays. C’est avant tout la situation en Afghanistan qui inquiète les autorités tadjikes.

Si les responsables tadjiks et ouzbeks n’ont pas encore commenté ces attaques, les représentants des ministères de la Défense de la Russie et du Tadjikistan ont à plusieurs reprises attiré l’attention de la communauté mondiale sur les activités des combattants islamistes et d’autres organisations terroristes dans les territoires du nord de l’Afghanistan.

L’incertitude entourant la situation sécuritaire du nord de l’Afghanistan a amené, le 12 mars dernier, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan à mener des exercices antiterroristes conjoints intitulés « Commonwealth 2020 ». Cela fait suite à la signature entre les deux pays de l’accord « Partenariat 2020 » sur la coopération militaire et la lutte contre le terrorisme.

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Une réunion des chefs des agences frontalières de la Communauté des États indépendants (CEI) a eu lieu à Samarcande le 13 mars dernier. Cette réunion a permis à la CEI d’analyser la situation et les tendances sécuritaires et sanitaires, en pleine épidémie de coronavirus, de ses frontières extérieures. Sputnik rapporte que par le biais de programmes conjoints, en coopération avec la CEI et l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), des aides aux gardes-frontières tadjiks et ouzbeks ont été allouées pour moderniser leurs forces armées et améliorer leurs équipements militaires.

Opportunités économiques

Si les insurgés peuvent maintenir leur présence au Badakhchan, c’est parce que les richesses de la région leur permettent de financer leurs activités. Le média tadjik Asia-Plus rapporte notamment que « les terroristes ont de bons revenus en exportant de l’or à l’étranger ». À cela s’ajoute le narcotrafic, comme le souligne le nouveau rapport publié par le Conseil de sécurité des Nations unies en 2020, qui précise que, à l’instar d’autres groupes terroristes, « la Jaamat Ansarullah (JA), composée de citoyens du Tadjikistan, est également impliquée dans ces activités », qui incluent « le transport de drogues le long de la route du nord ».

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Le Tadjikistan et l’Afghanistan partagent 1 430 kilomètres de frontière, le tronçon ouzbek-afghan représente quant à lui 137 kilomètres. En raison du relief montagneux, il est difficile de contrôler certaines sections de ces frontières, une faiblesse dont profitent les trafiquants de drogue et les talibans. Un quart à un tiers de l’opium et de l’héroïne est transporté le long de la route du nord – à travers l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et le Kirghizstan. Ce trafic assure aux combattants les moyens de poursuivre leurs activités et réduit par conséquent la sécurité des pays voisins.

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Le ministre des Affaires étrangères tadjik, Sirojiddin Mukhriddin, a déclaré le 26 février dernier, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue russe Sergueï Lavrov, que « la situation en Afghanistan demeure très difficile. Le Tadjikistan est en première ligne dans la lutte contre la drogue ». Sirojiddin Mukhriddin a également souligné que les activités des groupes terroristes s’intensifiaient à la frontière avec le Tadjikistan et que les pertes annuelles parmi les gardes-frontières tadjiks augmentaient.

Recrudescence des activités terroristes à la suite de l’accord entre les États-Unis et les Talibans

Comme l’a rapporté la branche kirghize du média russe Sputnik, les activités terroristes le long de la frontière tadjiko-afghane se sont accrues depuis la signature de l’accord entre les Talibans et les États-Unis. Les combats ont repris après que les talibans ont déclaré qu’ils ne négocieraient pas avec une délégation représentée par le gouvernement afghan. Par ailleurs, l’accord destiné à mettre fin à la guerre a fortement remonté le moral des combattants centrasiatiques.

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Bien que l’accord de Doha repose principalement sur l’engagement des Talibans à rompre ses liens avec Al-Qaïda et d’autres groupes terroristes d’Asie centrale, celui-ci ne dispose pas de mécanismes spécifiques pour apporter la preuve de leur rupture. Or, selon le rapport du Conseil de sécurité des Nations unies, « En Afghanistan, les activités de l’ETIM et du JA se poursuivent dans le Badakhchan. Environ 400 combattants terroristes étrangers venus de Chine, du Tadjikistan et d’Ouzbékistan prévoient désormais de poursuivre les hostilités dans les zones de conflit, d’envoyer des combattants formés dans divers pays pour commettre des actes terroristes et de diffuser de la propagande via Internet ». Par ailleurs, face à la perspective d’un échange de prisonniers entre le gouvernement afghan et les Talibans, le rapport fait part de son inquiétude quant à la libération de terroristes et de prisonniers radicalisés qui « constituent également une menace ».

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Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est également dit préoccupé par l’Union du Djihad Islamique, qui coordonne son activité avec l’ETIM et dont le dirigeant kirghiz Ilimbek Mamatov « jouit d’une autorité importante parmi les combattants d’Asie centrale, et cherche à créer en Afghanistan un groupe terroriste unifié sous son commandement ». À terme, l’organisation internationale craint l’avènement, depuis le Badakhchan, « d’un nouveau terrain de rassemblement pour projeter des attaques contre les pays voisins d’Asie centrale ».

Malgré la volonté des autorités afghanes de rassurer le Tadjikistan et l’Ouzbékistan sur le contrôle du Badakhchan, une reprise de la province par les insurgés n’est pas à exclure. Alors que Douchanbé et Tachkent ont respectivement fermé leurs frontières le 5 et 16 mars dernier avec l’Afghanistan à la suite de l’épidémie de coronavirus, la perspective de leur réouverture peut sembler inquiétante. Cette accalmie doit permettre à l’Ouzbékistan et au Tadjikistan de renforcer leurs zones frontalières respectives.

Tristan Pierard
Rédacteur pour Novastan

Corrigé par Aline Simonneau

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