Un partenariat entre l’IFEAC et l’ISK pour promouvoir la recherche française en Asie centrale

Fondé en 2013 à Almaty au Kazakhstan, l’Institut Sorbonne-Kazakhstan (ISK) trône aujourd’hui fièrement face au Parc Panfilov, lieu incontournable de l’ancienne capitale kazakhe. Symbole de la présence culturelle et universitaire française en Asie centrale, l’ISK a récemment inauguré un partenariat avec l’Institut français d’Études sur l’Asie centrale (IFEAC) basé à Bichkek au Kirghizstan.

Tout a commencé le 17 septembre 2013 à Almaty avec la signature d’un Mémorandum entre l’Université kazakhe nationale pédagogique Abaï et l’Université Sorbonne Paris Cité. Après une première ouverture de l’établissement en septembre 2014, le président François Hollande a officiellement inauguré l’établissement en décembre de la même année lors d’une visite à Almaty en présence du président kazakh Noursoultan Nazarbaïev.

Avec une première promotion de 60 étudiants en master en 2014, l’ISK compte aujourd’hui 116 étudiants répartis dans 6 programmes de formation en licence et master. Plusieurs spécialités leur sont proposées : relations internationales, droit international, management ou encore marketing. Les programmes de licence sont ouverts aux non-francophones et 70% des enseignements en master sont délivrés en langue française. Si la majorité des étudiants est actuellement composée de Kazakhstanais, l’ISK est ouvert à toute personne intéressée par la culture française, quel que soit son pays d’origine.

Une collaboration ancrée avec l’IFEAC

En tant qu’institution universitaire, l’ISK s’est rapproché naturellement de l’IFEAC, établissement qui accompagne depuis déjà 26 ans des chercheurs en sciences sociales d’origines française, européenne et centrasiatique. Il a d’ailleurs été à l’initiative de la publication du premier dictionnaire bilingue franco-kirghiz, entre autres.

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Originellement établi à Tachkent en Ouzbékistan, l’IFEAC a dû déménager en 2010 à Bichkek après que les autorités ouzbèkes aient unilatéralement décidé de fermer l’Institut. Une déconvenue qui n’empêche pas ses directeurs successifs, notamment Olivier Ferrando de 2012 à 2016 et Catherine Poujol depuis le mois de septembre 2016, de poursuivre leurs activités.

Catherine Poujol, directrice de l'IFEAC, en conférence à l'ISK

Après un an et demi de coopération informelle entre l’ISK et l’IFEAC, un accord officiel de coopération scientifique a été signé en 2016. Deux conférences ont été tenues dans les locaux de l’Institut Sorbonne-Kazakhstan au cours du premier semestre de l’année universitaire 2016-2017 pour sceller ce partenariat.

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Une première inauguration du partenariat

Le 20 octobre 2016, Catherine Poujol a présenté, dans le cadre d’une première conférence,  l’importance fondamentale du mouvement dans la dynamique de développement de l’Asie centrale. Dans ce but, elle a montré l’évolution des axes de communication qui parcourent la région, en particulier avec la mutation de l’antique Route de la Soie médiévale vers des « chemins du pétrole » à partir de la fin du XIXème siècle.

La fameuse Route de la Soie, terme inventé par l’allemand Ferdinand von Richtofen en 1870, est ainsi considérée comme le premier théâtre de la mondialisation économique. L’océanisation du commerce international entre le XVIème et le XIXème siècle a entraîné une fermeture relative de la région. Cette dernière a pris fin après la conquête russe et la découverte de pétrole et de gaz dans la région. L’Europe commence alors à s’intéresser à l’Asie centrale et à y investir dans les infrastructures de transport pour que l’exploitation des ressources naturelles devienne rentable.

La salle de conférence de l'ISK

L’URSS a ensuite continué de développer les moyens de transport et de communication dans la zone. Mais une véritable accélération du temps s’est opérée à partir de l’indépendance des 5 Républiques centrasiatiques en 1991, ouvrant la voie à un « Nouveau Grand Jeu » impliquant de nombreux acteurs. L’accent est alors mis sur le rôle de la Chine et sur le projet de Nouvelle Route de la Soie dont l’objectif est de relier Europe et Extrême-Orient par voie de terre, désenclavant ainsi la région.

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A l’occasion de l’inauguration officielle, la présentation du dernier numéro des Cahiers d’Asie centrale

Une deuxième conférence a été organisée le 14 décembre, dans le cadre du partenariat ISK-IFEAC, pour la célébration officielle de celui-ci. Inaugurée par l’Ambassadeur de France au Kazakhstan, Francis Étienne, cette conférence a été l’occasion de présenter le numéro 26 des Cahiers d’Asie centrale, la revue annuelle de l’IFEAC rassemblant, à chaque fois sur un thème différent, les travaux d’une dizaine de chercheurs.

Le thème du dernier volume : « 1989, année de mobilisations politiques en Asie centrale ». Un sujet sensible au Kazakhstan où parler de mobilisation et de mouvements sociaux et politiques reste délicat, la priorité du régime étant la stabilité. Mais Catherine Poujol de lever le tabou en affirmant, en guise d’introduction, qu’« il ne faut pas avoir peur de la politique en Histoire. »

Olivier Ferrando, ancien directeur de l’IFEAC et coordinateur du dernier numéro, a ensuite défendu le thème de celui-ci. Le choix de l’année 1989 plutôt que 1991, année effective de la chute de l’URSS, a été déterminé par l’intérêt d’étudier les signes avant-coureurs et les dynamiques de moyen terme derrière les indépendances des Républiques centrasiatiques.

Le 14 décembre 2016 à l'ISK, en présence d'Olivier Ferrando, de Catherine Poujol et de l'Ambassadeur de France au Kazakhstan

L’ouvrage comprend 10 articles divisés en 3 parties. La première partie traite du renouveau du discours politique en Asie centrale à la fin des années 1980, dans le cadre de la perestroïka et de la glasnost lancées par Mikhaïl Gorbatchev à l’échelle de l’Union soviétique. La deuxième partie est centrée sur les causes sociales, économiques et culturelles des mobilisations politiques. Enfin,  la troisième partie s’intéresse à l’escalade vers les tensions communautaires.

Étaient également présents quelques chercheurs ayant contribué à l’ouvrage. Arajlym Musugalieva de l’Université nationale eurasienne Gumiliov a ainsi présenté dans les détails son article « L’année 1989 : politique mémorielle et recherche scientifique sur les répressions politiques au Kazakhstan ». Enfin, Dina Sharipova et Gulnara Dadabaïeva ont délivré une présentation de leur recherche sur « Les violences de 1989 à Novy Uzen. Conflit ethnique ou nationalisme économique ? »

La conférence s’est achevée par une session de questions et un débat assez ouvert. Catherine Poujol a conclu par la présentation du thème du prochain volume des Cahiers d’Asie centrale prévu pour 2017  : « Santé et migrations ». Elle a également fait part de son souhait d’ouvrir un espace dans les prochains volumes pour les étudiants chercheurs désireux de publier leurs travaux.

Bertrand Gouarné

Rédacteur en chef adjoint de Novastan

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