pollution almaty environnement santé

Pollution de l’air : comment éviter la catastrophe à Almaty ?

Confrontée à une très forte pollution atmosphérique, la ville d’Almaty, au sud du Kazakhstan, serait au bord du désastre écologique. Expert économique pour le portail d’information Informburo, Denis Krivosheev propose des mesures radicales pour inverser la tendance.

Officiellement, les autorités ne reconnaissent pas le danger. A défaut d’être alarmante, la situation, selon les rapports publics, est « complexe ». Dans l’attente d’informations plus précises, un centre d’information alternatif sur les questions écologiques a été ouvert à Almaty. Certes, il n’est pas parfait, mais donne une image claire de ce qui se passe.

Selon l’indicateur Almaty Urban Air, le niveau de pollution aux particules fines a dépassé neuf fois les normes habituelles pendant les derniers jours. Cette norme, pourtant, est déjà bien élevée : 60 microgrammes par mètre cube. En quantité excessive, ces doses sont dangereuses pour la santé. Ajouté au fait que les prévisions météorologiques ne promettent pas de perturbations significatives au mois de décembre (pas de neige, pas de pluie et des températures bloquées autours de dix degrés), la dangerosité de l’air d’Almaty va aller en s’intensifiant.

Jeudi 3 décembre, la norme de pollution a été dépassée à sept reprises. La fièvre acheteuse qui s’empare des automobilistes avant nouvel an accentue ce phénomène. La grisaille de leurs pots d’échappements renforce le caractère dramatique voire, pour certains, tragique de la situation.

Le cas d’Almaty, il faut le souligner, n’est pas sans rappeler la qualité de l’air de Pékin. La quantité moyenne de particules de la capitale chinoise est en effet proche de celle d’Almaty, même si le seuil critique y est beaucoup plus haut (environ 600 microgrammes par mètre cube). Mais Pékin, avec ses vingt millions d’habitants, compte dix fois plus d’habitants qu’Almaty. L’activité et l’efficacité économiques des deux villes ne sont par ailleurs pas comparables. La principale source de pollution, ici comme là-bas, demeure la circulation automobile. La différence est ainsi visible entre les relevés atmosphériques effectués de jour et ceux de nuit.

pollution Kazakhstan hiver environnement santé

Que faire ? Il est temps de déclarer à Almaty l’état d'urgence écologique. Car c’est seulement en reconnaissant le problème que le société sera en mesure de le résoudre. Il faut que tout déplacement en voiture devienne une question de nécessité et corresponde à des conditions précises. Il faut interdire la circulation automobile dans le centre ville, ou la rendre payante pour un prix atteignant au minimum les 4000 tengue (soit environ 12 euros).

En procédant de la sorte, les automobilistes locaux ou en provenance d’autres villes rempliront le budget consacré aux développements d’infrastructures pour la protection de l’environnement. Seuls les véhicules fonctionnant au gaz ou à l’électricité seront autorisés à circuler. Il faudra certes, initialement, recevoir un document prouvant le respect des normes environnementales de son véhicule, mais je ne pense pas que cette démarche sera très compliquée.

Voilà pour la première mesure. Par ailleurs, si vous souhaitez rouler à bord de votre propre véhicule à Almaty, il faudra se mettre aux normes ! Pour cela, il est nécessaire de fixer un nombre maximum de nouvelles immatriculations (sauf pour les voitures électriques) qui devront être délivrées uniquement aux automobiles de nouvelle génération. Par ailleurs, il est impératif d’interdire la circulation aux véhicules de plus 20 ans, et cela peu importe leur état de fonctionnement. Naturellement, se pose la question des voitures de collection, question qui au demeurant est facile à résoudre. Parallèlement, le taux maximum d’émissions de CO2 devra être renforcé. Un système automatisé d’évaluation de la dangerosité écologique des véhicules, qui devront s’y soumettre tous les deux ans, devra également être mis en place.

Autre mesure importante : l’interdiction à la circulation des véhicules utilitaires et de transport de type Gazel entre 7 heures et 22 heures. Les livraisons devront être effectuées pendant la nuit, comme c’est le cas dans la plupart des pays développés, ou être effectuées par des véhicules légers. Concernant les poids lourds, seules quelques entreprises autorisées auront le droit de circuler, ainsi que les véhicules fonctionnant au gaz naturel. Enfin, bien entendu, toutes les courses non déclarées devront être interdites catégoriquement. Les taxis seront obligés de recevoir un certificat attestant de leur respect des normes environnementales.

Il est clair que ces changements porteront atteinte aux intérêts de nombreux citoyens, mais leurs besoins doivent être pris en compte à travers une nouvelle conception de l’utilisation des transports en commun. A cet effet, un réseau de transport périurbain doit être mis en place. Les marshrutkis (mini-bus privés, ndlr) doivent être interdits au profit du développement de ligne d’autobus possédant leurs propres voies de circulation et suivant un tracé précis. Adieu les bousculades et les trajets sans plan précis, place à un réseau des différentes lignes et à des horaires flexibles évitant aux passagers des longs délais d’attente. Ces mesures mèneront à l’évolution rapide et significative de la situation environnementale à Almaty.

A lire aussi sur Novastan : Kazakhstan : le wi-fi arrive dans les bus d’Astana

Des décisions de principes doivent également être prises comme la dissolution de la police de la route. L'expérience a montré que les infractions du code la route les plus graves sont commises précisément par les policiers. Ces derniers, par ailleurs, ne s'occupent plus du tout de la sécurité routière quand ils sillonnent les routes lors de leurs interventions.

Il convient également de créer un système de surveillance et d'évaluation des risques environnementaux. Ce serait un moyen réel d'obtenir des mesures objectives de la qualité de l'air et de l'eau, ainsi qu’une idée de la situation écologique de la ville. Outre les voitures, les habitations privées sont un autre problème. Tous les matériaux sont bons pour chauffer les maisons : mazout, charbon de mauvaise qualité, poêle de chauffe, résine, plastiques… Ces sources de chaleur néfastes doivent être signalées et neutralisées à travers des programmes d'aides permettant de remplacer les systèmes de chauffage actuels en s'appuyant principalement sur les nouvelles technologies. Cela donnera un coup de fouet au développement de la ville et créera de nouveaux emplois.

Si ce programme rigoureux n'est pas développé et que personne ne veille attentivement à sa mise en place, alors il se reproduira la même chose que lors de l'application du protocole de Kyoto au Kazakhstan. Nous n'avons pas pu suivre les règles fixées dans le document et nous développer sereinement parce que des erreurs ont été commises lors les procédures et que l'ensemble des engagements reposait sur le bon vouloir des signataires. Cela étant, la législation a été modifiée. Des milliards tirés de la vente des quotas d’émission et destinés aux caisses de l'État ont bien été distribués à quelques entreprises (Borker International, INVECON, TITECO, Bereke EKO).

Des entrepreneurs réactifs ont revendu des quotas de pollution au prix de 846 tengue, après les avoir acheté pour 43,5 tengue auprès d'autres entreprises. Dans certains cas, ce prix a atteint les 1600 tengue. C’est par exemple le prix qu’a payé la société Embamounaïgaz. De manière surprenante, peu d'entreprises ont annoncé avoir acheté des quotas à ces prix avantageux. De fait, ce qui devait être une incitation à la baisse des déjections polluantes s'est révélé au contraire une des raisons de l’augmentation de la pollution à Almaty, qui a doublé en quatre ans. Les revenus du marché des quotas d’émission sont passés de 182,2 à 700 millions de tengue. Le record est tombé récemment : 750 millions de tengue ont fini dans les caisses d’entreprises privées. La pollution est devenu un business comme les autres.

Lire aussi sur Novastan.org : COP21 : Kirghizstan et Tadjikistan n'oublient pas leurs intérêts locaux

Denis Krivosheev, journaliste pour Informburo.kz
Traduit du russe par Romain Colas



Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *