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L’opposant kazakh Moukhtar Abliazov arrêté en France et inculpé pour fraude

Le 5 octobre, Moukhtar Abliazov a été brièvement arrêté par la police française et mis en examen pour blanchiment d’argent, une semaine après avoir obtenu l’asile politique dans l’Hexagone. La plainte, qui remonte à 2017, a été déposée par les autorités kazakhes. Moukhtar Abliazov est accusé d’avoir détourné plus de 6 milliards d’euros lorsqu’il était à la tête d’une banque kazakhe, entre 2005 et 2009.

Même Netflix n’aurait probablement pas osé écrire un tel scénario. Une semaine seulement après avoir obtenu le statut de réfugié politique en France devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), l’opposant et ex-oligarque kazakh Moukhtar Abliazov a été brièvement arrêté à Paris le 5 octobre dernier, et placé en garde à vue. Comme le rapporte Le Monde, ce dernier a été mis en examen pour « abus de confiance aggravé » et « blanchiment aggravé », avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire, le 7 octobre dernier.

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Le parquet de Paris a décidé d’agir à la suite d’une plainte déposée en France par le Kazakhstan, datant de 2017. Les autorités kazakhes accusent en effet Moukhtar Abliazov d’avoir détourné la somme astronomique de 7,5 milliards de dollars (soit environ 6,38 milliards d’euros) lorsqu’il était à la tête de la banque BTA, entre 2005 et 2009. Dans sa décision du 29 septembre dernier, la CNDA avait considéré ces accusations comme « politiques », motivant ainsi sa décision d’accorder l’asile à l’oligarque déchu.

Disposition du code pénal

Comme le souligne le média américain spécialisé sur l’Asie centrale Radio Free Europe, la plainte des autorités kazakhes s’appuie sur une disposition du code pénal français, qui autorise le tribunal à juger un citoyen étranger dont l’extradition a été rejetée pour des motifs politiques, pour un crime ou un délit commis hors de France. En décembre 2016, le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative française, avait en effet annulé le décret d’extradition de Moukhtar Abliazov vers la Russie, estimant que celle-ci avait été demandée « dans un but politique » et que l’opposant serait ensuite probablement livré au Kazakhstan, un pays accusé de pratiquer la torture.

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Depuis des années, le gouvernement kazakh a tenté de faire pression sur Paris pour obtenir l’extradition de l’ex-oligarque, sans succès. Bête noire du régime kazakh, Moukhtar Abliazov a fui son pays avant d’être rattrapé par la justice, s’exilant d’abord au Royaume-Uni, puis en France. Ayant toujours nié les faits, dénonçant même, dans les colonnes du Monde, la « chasse à l’homme » dont il pense faire l’objet, l’opposant a néanmoins été condamné par contumace à 20 ans de prison en 2017, avant d’être condamné à la réclusion criminelle à perpétuité dans une affaire de meurtre en 2018.

« Le Kazakhstan ne va jamais me lâcher »

Dans une déclaration à l’Agence France Presse, reprise par Le Monde, l’avocat de Moukhtar Abliazov, Gérard Tcholakian, a regretté « un malheureux hasard », expliquant que « la décision de la CNDA n’empêche pas le parquet d’agir. » Celui-ci  « a repris une plainte du Kazakhstan, qu’il aurait pu refuser de prendre en compte, et a bêtement saisi un juge d’instruction français », a-t-il déploré. « Depuis trois ans et demi, ce dossier dormait. Mon client ayant été arrêté, il va désormais pouvoir se défendre », a ajouté l’avocat.

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De son côté, Moukhtar Abliazov ne semble pas adhérer à la thèse du « malheureux hasard ». Dans Le Monde, il se dit convaincu que son arrestation, qui intervient seulement quelques jours après que la CNDA a infligé un sévère camouflet aux autorités kazakhes, « n’est pas une coïncidence »,  et que celle-ci est liée « aux relations économiques entre la France et le Kazakhstan ». Le feuilleton politico-judiciaire, qui dure déjà depuis sept ans, n’est donc pas terminé, le pouvoir kazakh semblant bien décidé à explorer toutes les voies lui permettant de troubler l’exil français de son opposant le plus célèbre. « Le Kazakhstan ne va jamais me lâcher », se lamente ce dernier.

Quentin Couvreur
Rédacteur pour Novastan

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