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Le Kazakhstan souhaite taxer les crypto-monnaies pour financer la lutte contre le coronavirus

Le ministre kazakh de l’Économie souhaiterait taxer les activités de crypto-minage à hauteur de 15 %. Les recettes perçues par le gouvernement permettraient notamment de financer la lutte contre le coronavirus. Mais cette initiative inédite ouvre surtout la voie à un encadrement plus strict de Nur-Sultan vis-à-vis des crypto-monnaies.

Le ministère kazakh de l’Économie nationale, dirigé par Rouslan Dalenov, a proposé de mettre en place un taux d’imposition fixe de 15 % pour les producteurs de crypto-monnaies, aussi appelés mineurs, a rapporté le 5 août dernier le média russe spécialisé Crypto Pro. Cette nouvelle procédure obligerait ainsi les propriétaires des fermes de crypto-minage implantées au Kazakhstan à inscrire les recettes dégagées par leur activité sur leur déclaration annuelle de revenus. 

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Selon le plan du gouvernement, les recettes espérées seront allouées en priorité à la lutte contre le coronavirus, et plus largement à l’atténuation des effets de la crise économique attendue par Nur-Sultan. Au 17 août, la pandémie a déjà causé la mort de 1 269 personnes et plus de 100 000 infections au Kazakhstan, d’après les chiffres officiels

Le crypto-minage, une activité en pleine expansion

Cette initiative repose sur l’essor rapide des activités de minage. Les prix extrêmement bas de l’électricité permettent en effet à des investisseurs du monde entier de dégager des gains substantiels en mettant à contribution la puissance de calcul de centaines d’ordinateurs pour des services de gestion de transaction en crypto-monnaies. En juin dernier, le ministre du Développement numérique, de l’innovation et de l’industrie aérospatiale Askar Joumagaliïev a recensé 14 fermes de ce type sur le territoire national, décrit le média hongkongais Asia Times. Le Kazakhstan s’impose ainsi aujourd’hui comme le quatrième « mineur » de la principale crypto-monnaie au monde, le Bitcoin, derrière la Chine, les États-Unis et la Russie.

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Si le secteur est encore timidement encadré, les fermes de crypto-minage attirent l’intérêt croissant du pouvoir kazakh : en tout, celles-ci auraient déjà produit l’équivalent de 82 milliards de tengué (170 millions d’euros) et dynamisé plusieurs régions du pays, décrit le média kazakh Astana Times. Selon le ministère du Commerce chinois relayé par le média spécialisé CoinTelegraph, le gouvernement a annoncé le 1er juillet dernier vouloir doubler les investissements directs étrangers (IDE) en activités de crypto-minage d’ici à la fin 2020 et permettre la production de 600 millions d’euros dans les trois ans à venir.

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La décision de taxer les activités de production marquerait toutefois un tournant dans la politique relativement permissive des autorités vis-à-vis du minage, qui annonçait en décembre 2019 ne pas souhaiter imposer « un processus purement technologique ». Crypto Pro a ainsi rapporté que le gouvernement kazakh prévoyait d’introduire de nouvelles réglementations pour réguler l’industrie, en imposant notamment des tarifs de consommation électrique spécifiques au secteur du crypto-minage. 

Réformes à venir et retombées attendues

La taxation potentielle des activités de crypto-minage semble donc avant tout motivée par la prise de conscience des enjeux économiques de la régulation des crypto-monnaies, alors que la pandémie devrait durement affecter la croissance kazakhe en 2020, avec des conséquences négatives réelles sur l’accès au soin et la pauvreté

Le Kazakhstan n’est pas le premier à durcir ses réglementations sur le secteur dans la région : le Kirghizstan a relancé ce mois-ci une proposition de 2019 consistant également à taxer les mineurs de crypto-monnaies à hauteur de 15 % pour résister au choc économique produit par la pandémie. Selon le ministère kirghiz de l’Économie, cette réforme permettrait d’engranger près de 4 millions d’euros par an. Cet alignement maintiendrait dans tous les cas l’imposition en Asie centrale bien en-deçà des taux appliqués en Europe, où la production est taxée jusqu’à 50 % et les échanges parfois soumis à la TVA.

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Bien que l’initiative doive encore être validée par le Parlement kazakh, plusieurs zones d’ombre demeurent sur le volume de fonds publics qui pourront être dégagés par le gouvernement, ainsi que sur leur redistribution précise aux différentes agences actuellement engagées dans la lutte contre la pandémie. 

Vadim Alinov
Rédacteur pour Novastan

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