Dans la nuit du 6 au 7 janvier 2022, lors des évènements de Janvier à Almaty, Erlan Jaguiparov meurt des suites d’une blessure par balle. Lui et Aouèz Kaspalanov ont été abattus par un militaire. Le média kazakh Vlast raconte trois mois de processus judiciaire.
Erlan Jaguiparov, ouvrier du bâtiment, a toujours rêvé de devenir archéologue. Mais ce n’est que quelques années avant sa mort qu’il a commencé à partir en expédition avec l’association « Les chasseurs de pétroglyphes« . L’expérience d’Erlan Jaguiparov dans le secteur de la construction aide l’équipe d’archéologues à relever des défis complexes en matière de recherche et de conservation du patrimoine culturel ancien. C’est lui notamment qui a permis d’extraire une statue en pierre de guerrier turc de 800 kilos, aujourd’hui conservée au musée historique et culturel d’Etat Ecik.
Au moment des évènements de Janvier 2022, les « chasseurs » essaient de conserver le lien entre eux. Chacun prévient les autres de l’endroit où il se trouve. Les membres s’inquiétaient surtout pour ceux qui vivaient dans le centre d’Almaty, où se déroulaient les évènements les plus terribles.
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Autour de 19 heures, Erlan Jaguiparov part de chez son ami. Plus d’une heure plus tard, c’est un militaire qui répond à son téléphone ; les cris derrière lui laissent penser qu’un homme est en train d’être battu. Puis plus personne ne répond. Dans les jours suivants, il est recherché par ses proches sur les réseaux sociaux, et ce n’est que le 12 janvier que son corps est découvert à la morgue, des menottes à une main.
Le début du procès
Le 18 décembre 2024, près de trois ans après la mort d’Erlan Jaguiparov, 39 ans, et d’Aouèz Kapsalanov, 35 ans, des suites de blessures par balle, commençait le procès de l’affaire au tribunal militaire de la garnison d’Almaty.
Sur le banc des accusés, Aïtchan Aoubakirov, 42 ans, commandant-adjoint des activités éducatives et socio-juridiques de l’unité militaire 5 571 de la Garde nationale, accusé d‘abus de pouvoir en vertu de l’article 451 alinéa 2 du code pénal.
L’affaire a été traitée avec lenteur et n’a pas pu être remise au tribunal pendant longtemps, jusqu’à ce que les efforts des proches des victimes ne paient, bien qu’ils ne soient pas d’accord avec la qualification retenue. L’avocate de la famille estime que le meurtre aurait dû être retenu.

Ce procès devait être l’un des rares en lien avec des militaires accusés de tirs sur des citoyens qui serait ouvert au public. D’autres procès analogues se sont déroulés à huis clos, et dans beaucoup d’autres cas, les procès ont même été interrompus. Mais au bout de trois auditions, le tribunal a refusé de donner accès à la salle aux journalistes.
L’arrestation
Selon l’accusation, le 6 janvier, Aïtchan Aoubakirov, avec le deuxième bataillon opérationnel, se trouvait sur le côté Nord-Ouest de la place de la République. Selon le procureur Yeljan Kobeï, de 19h30 à 20h00, sur la place de la République, « des agents non identifiés des forces spéciales du Comité national de la sécurité (KNB) ont arrêté les victimes Jaguiparov et Kapsalanov ».
Jusqu’à ce que les détenus soient remis aux policiers, ils ont été gardés par le commandant du premier bataillon opérationnel et un sergent du peloton de véhicules de la troupe 5 571 de la Garde nationale.

Erlan Jaguiparov et Aouèz Kapsalanov ont été détenus près de cinq heures dans le froid près du Monument de l’indépendance, menottés. Ensuite, on les a frappés, avec les poings, les pieds, puis avec une kalachnikov automatique 74.
Il s’est avéré par la suite que des affaires pénales distinctes étaient en cours d’instruction pour les faits de torture et de coups, et qu’elles faisaient l’objet d’une enquête par le département d’enquête militaire de la région Sud. L’enquête n’a pas permis de déterminer qui avait battu les hommes, ni quand.
De quoi est accusé Aïtchan Aoubakirov ?
« Plus tard, approximativement entre 23h00 le 6 janvier et 00h30 le 7 janvier, Aoubakirov, ayant reçu l’ordre du commandant de l’unité militaire 5 571, le colonel Ospanbekov, de libérer les détenus Jaguiparov et Kapsalanov, a appelé les militaires contractuels et leur a ordonné d’emmener les victimes derrière la barricade et de leur enlever les menottes », a déclaré le procureur lors du procès.
Le capitaine désigné a commencé par enlever les menottes à Aouèz Kapsalanov. Quand il a enlevé les menottes à Erlan Jaguiparov, ce dernier, craignant une nouvelle flopée de coups, a brusquement repoussé le militaire et a tenté de s’enfuir du côté de la rue Jeltoksan.
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A ce moment, Aïtchan Aoubakirov, ayant vu Erlan Jaguiparov et Aouèz Kapsalanov essayer de s’enfuir, leur tira dessus avec un AK 74 depuis une distance de plus de dix mètres. L’expertise balistique a démontré que toutes les balles ayant atteint les victimes venaient de l’arme d’Aïtchan Aoubakirov.
En lisant l’acte d’accusation, le procureur a rappelé qu’Aïtchan Aoubakirov avait conscience que les victimes n’avaient pas molesté de citoyens, n’avaient pas commis d’attentats et ne représentaient pas une menace pour les militaires.
Les arguments de la défense
Pendant le procès, Aïtchan Aoubakirov n’a parlé qu’avec ses avocats. Il n’a pas reconnu sa culpabilité. Selon sa version, il a vu les détenus pour la première fois à 23:00 et le commandant Ospanbekov ne lui a pas expliqué sous l’ordre de quel militaire ni pourquoi ils étaient retenus. Il lui a seulement ordonné de les laisser partir parce qu’il ne pouvait pas appeler une patrouille pour les transporter.
Selon Aïtchan Aoubakirov, au moment d’enlever les menottes, une attaque visant les militaires était survenue, et tous s’étaient dispersés.
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« Environ une heure et demie plus tard, une voiture s’est approchée de nous et j’ai crié : « bélier ». Au même moment, nous avons été attaqués sur le côté droit, j’ai vu un éclair de coups de feu, je me suis mis en garde et j’ai ouvert le feu. (…) Puis la voiture a fait demi-tour à vive allure, les éclairs se sont arrêtés. Comme il faisait nuit, je ne pouvais pas voir le nombre de personnes – il y avait quelques silhouettes. Les tirs se sont arrêtés, les silhouettes sont tombées », a-t-il déclaré.
Selon lui, ces « éclairs » provenaient de la direction vers laquelle avaient couru Erlan Jaguiparov et Aouèz Kapsalanov auparavant. Selon ses dires, c’était de leur côté que venaient les tirs.
Une version mise en doute
Mais au cours de l’enquête judiciaire, puis au tribunal, il a été prouvé que les victimes n’étaient pas armées et que leur mort était survenue juste après leur libération.
Selon Aïtchan Aoubakirov, il a dix fois tiré en l’air, et dix fois supplémentaires sur ces silhouettes. En outre, sur son ordre, d’autres officiers ont tiré sur la voiture qui venait vers eux. Mais après la fin des tirs, ni lui, ni les autres militaires ne sont allés voir ni ont vérifié les lieux de la fusillade, décidant de rester derrière les barricades. Aïtchan Aoubakirov explique cela par le fait que la vie des militaires se trouvait alors en danger.
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Cependant, le militaire n’a pas signalé par la suite au commandant qu’il avait ouvert le feu ni qu’il y avait eu une attaque. Selon lui, il n’en a pas eu le temps.
« Je ne me suis pas écarté de la loi, j’ai rempli la mission qui consiste, en cas de menace pour la vie et la santé des civils et du personnel militaire, ainsi qu’en cas d’attaque contre des forces militaires et civiles, à utiliser des armes pour éliminer la menace », a déclaré l’accusé.
Les ordres du président invoqués
A la question de savoir s’il avait reçu l’ordre de « tirer pour éliminer la menace », et par quels moyens il l’avait entendu, Aïtchan Aoubakirov a répondu qu’il avait entendu le président de la République du Kazakhstan s’exprimer à la télévision. Si l’ordre donné par le président était apparu dans les médias seulement à partir du 7 janvier, il avait été transmis aux forces de l’ordre bien avant cette date.
« Vous faites toujours allusion à l’ordre du président : dites-nous dans quelles situations il est demandé d’ouvrir le feu pour éliminer une menace », a demandé l’avocate Saoulé Kobjanova.

« Lors d’une évidente attaque contre les forces militaires, si le danger menace la vie et la sécurité avec l’utilisation de moyens, de techniques, d’armements spéciaux », a répondu l’accusé.
« Les armes à feu sont-elles utilisées en cas de violation du couvre-feu ? », a encore demandé Saoulé Kobjanova. « Non », a reconnu le militaire.
« Il économisait pour son mariage »
Pendant ce temps, la silhouette discrète et calme du père d’Aouèz Kapsalanov, Avatkhan Kapsalanov, 62 ans, reste visible dans la salle. Il ne pose aucune question et reste simplement assis à observer le déroulement du procès. Il n’a d’ailleurs pas d’avocat.

Son fils Aouèz Kapsalanov vivait à Baïserk, mais travaillait dans le village d’Oteguen Batyr, près d’Almaty. Son père fait une description d’un garçon sérieux : il ne fumait pas, ne buvait pas, économisait pour son mariage. Avatkhan Kapsalanov ne sait pas comment son fils s’est retrouvé sur la place. Il est parti travailler le 5 janvier et n’est jamais revenu. Quant à Erlan Jaguiparov, ils ne se connaissaient certainement pas avant cette terrible nuit sur la place.
La version des services de secours
Le tribunal a également entendu le témoignage de membres du service de secours d’Almaty et de militaires qui ont été témoins des meurtres.
Un membre des services de secours raconte avoir été appelé pour ramasser les corps de la place et les déplacer à la morgue le 7 janvier au matin. Selon lui, les services de secours ont retiré de la place environ 12 corps, dont Erlan Jaguiparov et Aouèz Kapsalanov ne faisaient pas partie, mais il a entendu que l’un d’entre eux était menotté. Un autre membre de ce même service dit avoir ramassé plus tard avec son équipe entre 18 et 20 autres corps.
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« Près de la rue Jeltoksan, il y avait deux corps […]. L’un d’eux était menotté à une main seulement. […] Ils se trouvaient à deux ou trois mètres l’un de l’autre », raconte ce dernier, qui affirme ne pas avoir vu d’armes à côté des corps.
La version des forces de l’ordre
A cause de l’écart temporel entre les faits et le procès (trois ans), beaucoup de témoins n’ont pas pu se rappeler les détails des évènements. Pour cette raison, le procureur a dû de nombreuses fois leur rappeler les déclarations faites au moment de l’enquête.
Kaïrbek Tiouliouchev, chef du deuxième centre du service spécial A du KNB, a déclaré que lors des événements de Janvier, ils avaient été chargés de libérer la place, le bâtiment de l’Akimat (l’équivalent de l’hôtel de ville, ndlr), et la résidence présidentielle. Son unité comptait 130 personnes.
Tous ceux qui se trouvaient sur la place devaient se rendre aux membres de la Garde nationale, puis à la police. Le 7 janvier, Kaïrbek Tiouliouchev est resté jusqu’à cinq heures du matin devant l’entrée du bâtiment de l’Akimat. Les détenus n’ont fait l’objet que d’une fouille extérieure, afin de vérifier qu’ils n’avaient pas d’armes, et on leur a posé des menottes plastiques, qui ont ensuite été coupées. Selon lui, aucun des détenus n’a résisté.
Un membre de la Garde nationale tente d’intervenir
Le membre de la Garde nationale Arlan Seïsembaïev, à qui a téléphoné l’ami d’Erlan Jaguiparov pour lui demander d’intervenir, s’est aussi exprimé au tribunal. Le 6 janvier, Arlan Seïsembaïev était de service dans son unité militaire.
Il se rappelle les évènements de cette nuit-là : « J’ai commencé à appeler Erlan. Il a décroché la troisième fois, quelqu’un d’autre a pris son téléphone et a commencé à demander qui j’étais. Il ne s’est pas présenté et je lui ai demandé de relâcher Jaguiparov, je lui ai dit qu’Erlan était juste en train de rentrer chez lui. »
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Le lendemain, un officier du contre-espionnage militaire s’est approché de lui et lui a demandé s’il avait appelé Erlan Jaguiparov, avant de lui dire : « Mais tu sais que c’est un terroriste ? »
« Ce ne peut pas en être un », a déclaré Arlan Seïsembaïev.
Des examens médico-légaux
« Leur nombre, si ma mémoire est bonne, était d’environ 286. C’est moi qui ai donné l’ordre de procéder à des examens médico-légaux », a déclaré l’ancien enquêteur.

Selon les données officielles, 238 personnes sont mortes au Kazakhstan lors des évènements de Janvier, dont 151 à Almaty.
« Dans l’ensemble, tous les corps présentaient des traces d’une mort violente. Il semble que l’un portait des menottes. Je ne me rappelle même plus, il est possible que je reprenne les mots d’autres personnes. Il me semble qu’on a consacré trois jours entiers à l’examen des corps. Soit du 6 au 9 janvier, soit du 7 au 10 », raconte Bakytjan Medetbekov.
Les déclarations des militaires
Le commandant du premier bataillon opérationnel, Daouren Baïsbekov, et le sergent Ermek Sakeïev ont raconté que dans la soirée du 6 janvier, alors qu’ils se trouvaient dans un cordon sur la place de la République, près de la rue Nazarbaïev, les forces spéciales ont amené avec elles deux détenus, leur ont demandé de les surveiller, et se sont dirigées de l’autre côté, en disant qu’il y avait une fusillade. Ermek Sakeïev a gardé les détenus près de cinq heures.
Plus tard, Aïtchan Aoubakirov a récupéré Erlan Jaguiparov et Aouèz Kapsalanov et a ordonné aux militaires Bekmyrat Izdeou et Azamat Saguyndykov de les porter loin des barricades. Au tribunal, le premier a affirmé qu’Erlan Jaguiparov avait repoussé Azamat Saguyndykov, et que les deux détenus avaient fui en direction de la rue Jeltoksan.
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Plus tard, selon Bekmyrat Izdeou, ils sont allés derrière les barricades et se sont défendu d’une voiture non identifiée, qui se dirigeait de leur côté. A ce moment, Aïtchan Aoubakirov a ouvert le feu par prévention. Quand ils sont repartis à quatre heures du matin, Bekmyrat Izdeou n’a pas vu les corps des victimes.
Un autre commandant adjoint du deuxième bataillon, Didar Touralykov, a répondu à de nombreuses questions par des « je ne sais pas », y compris à celle de savoir si Aïtchan Aoubakirov avait utilisé des armes. Le juge a alors fait la remarque suivante : « C’est comme si vous cachiez quelque chose ou que vous ne vouliez rien dire. »
Une « amnésie » sélective
Le témoignage des militaires ne permet pas de savoir combien de temps s’est écoulé entre le moment où les victimes ont couru et celui où le militaire a ouvert le feu en direction des « silhouettes ». Cela varie constamment : de quelques secondes à une heure et demie.
Un témoignage militaire classifié, dont le rapport d’interrogatoire est cité dans le dossier pénal, établit que cinq à dix secondes après avoir vu des personnes s’enfuir en direction de la rue Jeltoksan, ce témoin a entendu un cri : « Tirez, tirez ! » Il a ensuite entendu des coups de feu provenant de plusieurs fusils automatiques.
Selon l’avis de Nourlan Jaguiparov, proche de la victime, beaucoup de militaires ne se souviennent pas des détails des évènements mais cela ne devrait pas déranger le procès parce qu’il existe des procès verbaux des premiers interrogatoires.

« Comme je l’ai remarqué, l’amnésie ne surgit que chez ceux qui connaissaient l’accusé. Les autres témoins racontent et se rappellent de tout. Ceux qui par leurs déclarations ne protègent pas l’accusé, se rappellent parfaitement de tout », a-t-il dit après le premier jour d’audition des témoins.
Les experts à la barre
Le 26 décembre, les experts ayant mené les expertises médico-légales et les autopsies des défunts Erlan Jaguiparov et Aouèz Kapsalanov se sont exprimés à la barre. L’experte Assem Moukhametkarimova a déclaré qu’Aouèz Kapsalanov avait reçu quatre blessures directes par balle, et que différents organes avaient été touchés.

Selon elle, il a été possible de déterminer le nombre de blessures par balle à partir des vêtements de la victime, alors que dans le cas d’Erlan Jaguiparov, cela a été plus difficile en raison des plis de ses vêtements. Elle a ajouté que celui-ci avait reçu certaines de ses blessures alors qu’il était en position horizontale.
En outre, son corps porte des traces de coups portés par une kalachnikov automatique. Le rapport d’expertise indique qu’Erlan Jaguiparov présentait de multiples blessures et ecchymoses sur le visage, la poitrine, le dos, ainsi que dans la région de l’aisselle, l’avant-bras, la cuisse, le genou et les épaules. « Toutes les blessures sur le corps ont été infligées quand la victime était encore vivante », note un collègue de l’experte.
Le verdict
Après la troisième audience, le procès s’est déroulé à huis clos. Les représentants des médias et les proches des victimes n’ont pu revenir au procès que le jour du verdict, le 7 février.
Le tribunal a condamné Aïtchan Aoubakirov à sept ans d’emprisonnement, la peine maximale prévue selon l’article 451, alinéa 2 du code pénal. Il purgera sa peine dans un établissement de sécurité moyenne. Il est également privé du grade militaire de lieutenant-colonel.

La demande civile de Nourlan Jaguiparov et de sa mère en réparation du préjudice moral a été partiellement satisfaite par le tribunal : au lieu de 50 millions de tengués (98 900 euros), le tribunal a ordonné à Aïtchan Aoubakirov de leur verser 20 millions de tengués (39 500 euros).
Le parti de la défense
Aïtchan Aoubakirov a été placé en détention depuis la salle d’audience. Sa mère a fondu en larmes après le verdict, a serré son fils dans ses bras et ne l’a pas lâché pendant un long moment. Puis il a suivi l’escorte en silence.
« C’étaient des émeutiers ! », a-t-elle crié. Quelqu’un dans la salle lui répond : « On a tué un homme désarmé. On a tué un homme parfaitement innocent. »
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« Et bien qu’on en tue des hommes comme ça ! Il n’a fait que son travail », a continué la femme.
La défense d’Aïtchan Aoubakirov a annoncé qu’elle était en désaccord avec cette sentence. « Nous considérons que la sentence a été prononcée sur le fondement de suppositions et d’hypothèses. Au cours de la procédure judiciaire, nous avons présenté tous les éléments de l’affaire – il n’y a aucun témoin oculaire. De plus, l’expertise médico-locale a montré qu’il n’y avait pas de blessure du côté de l’estomac du défunt Jaguiparov », a estimé l’avocat de la défense.
Une procédure loin d’être terminée
Nourlan Jaguiparov a à son tour communiqué qu’ils avaient tout le long du procès eu le maigre espoir que la lumière soit faite sur l’affaire, et que cet espoir s’était vu justifié.
« On ne peut pas dire que nous éprouvons de la joie, bien entendu. Mais c’est vraisemblablement un petit pas vers la justice. Il a tiré sur deux citoyens pacifiques. Je considère que la sentence est insuffisante. Je comprends qu’il a reçu la peine maximale pour abus d’autorité, mais nous avons déjà au cours du procès expliqué que nous rejetions cette qualification, nous considérons que c’est un meurtre », explique le proche de la victime.
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Le père d’Aouèz Kapsalanov a quitté le bâtiment immédiatement après le verdict. Il a raconté aux journalistes de Radio Azattyk qu’il avait prévu de consulter des avocats et de lancer une procédure en appel. « C’est désolant que la mère [de l’accusé] ait été si injurieuse, alors que nous ne lui avons pas dit : votre fils a tué notre fils. Au contraire, elle aurait pu être heureuse que son fils s’en tire avec une peine légère. Nos fils à nous sont morts », a déclaré Avatkhan Kapsalanov.
Désormais, la partie civile doit encore porter devant la justice l’affaire des tortures infligées à Erlan Jaguiparov et Aouèz Kapsalanov avant leur mort.
Nazerke Kourmangazinova
Journaliste pour Vlast
Traduit du russe par Sophie Combaret
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