Kazakhstan : la qualité de l’air d’Almaty préoccupe ses habitants

Une pétition en ligne lancée par l’activiste Asiya Toulesova veut alerter la mairie d’Almaty sur la mauvaise qualité de l’air dans la ville, un sujet récurrent depuis une dizaine d’années. La pétition, comptant plus de 31 000 signatures, a récemment été envoyée au maire de l’ancienne capitale du Kazakhstan, Bakytjan Sagintaïev et est dans l’attente d’une réponse officielle.

Le 1er juin dernier, l’activiste Asiya Toulesova, accompagnée de plusieurs journalistes, s’est rendue à la marie d’Almaty afin de remettre une version papier d’une pétition en ligne, concernant la condition de l’air dans la ville, rapporte le média caucasien et centrasiatique Adamdar.caSignée par plus de 31 000 personnes, cette pétition, qui prend la forme d’une lettre ouverte, demande que des mesures politiques soient prises afin de combattre la mauvaise qualité de l’air dont sont victimes les habitants.

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La mairie n’a cependant pas accepté les documents et a recommandé à l’activiste de les envoyer par courrier à l’akimat (gouvernement local) de la ville afin qu’ils puissent être étudiés. Asiya Toulesova a ainsi envoyé un colis à l’adresse officielle de l’administration de la ville depuis le siège social de Kazpost, indiquant Bakytjan Sagintayev, le maire d’Almaty, comme destinataire. 

Les habitants d’Almaty suffoquent

Les habitants de l’ancienne capitale kazakhe se plaignent depuis plusieurs années de la qualité médiocre de l’air qu’ils respirent. Selon le laboratoire d’écologie de la biosphère du Kazakhstan, la pollution de l’air à Almaty avait atteint, en 2019, celle de Delhi, en Inde. De manière générale, la qualité de l’air est une question récurrente au Kazakhstan. Selon les résultats de 2019, publiés par la société suisse AirVisual, le Kazakhstan était le 29ème pays le plus pollué au monde.

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De nombreuses initiatives citoyennes, en réaction à cette situation, sont apparues depuis le début des années 1990 au Kazakhstan et notamment à Almaty. Plusieurs projets ont pu être mis en place, dont celui du “Transport durable d’Almaty“, financé en partie par le Programme de Nations unies pour l’environnement et la Banque européenne de reconstruction et de développement. Malgré ces initiatives, la pollution reste élevée.

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En janvier 2020, un article rédigé par des scientifiques kazakhs sur les effets des particules présentes dans l’air sur les habitants d’Almaty a été publié dans la revue scientifique Plos One. “Des mesures urgentes devraient être prises pour réglementer cette exposition professionnelle et pour sensibiliser les travailleurs et les employeurs aux risques qui y sont associés”, ont écrit ces scientifiques, qui se sont intéressés aux citoyens travaillant en hiver dans des zones ouvertes. 

Une initiative citoyenne pour améliorer la condition de l’air

Dans cette lettre ouverte, Asiya Toulesova, militante et fondatrice du projet environnemental AUA (Almaty Urban Air), et ses coauteurs se sont principalement attaqués à la stratégie de développement “Almaty-2050″, rapporte Adamda.caIls demandent notamment à ce que le combat contre la pollution atmosphérique soit inclus dans la stratégie de développement de la ville. Dans la stratégie 2050, elle n’est qualifiée que de situation environnementale difficile et n’est pas placée en tête des priorités du gouvernement local, déclarent les auteurs de la lettre.

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Ils considèrent que la stratégie de développement de la ville doit être basée sur les conclusions d’experts indépendants et exigent, en outre, que les résultats des recherches concernant les évaluations atmosphériques de la ville soient mis à la disposition du grand public.

“C’est évident pour tous les citoyens d’Almaty. Les statistiques sur le cancer, l’épidémie d’allergies, la bronchite, l’asthme, l’hypertension, sont flagrantes à ce sujet. Almaty a le pourcentage le plus élevé de maladies respiratoires, la proportion d’infertilité primaire chez les jeunes est élevée. Le niveau de propagation du cancer est le même que sur le territoire du site d’essai de Semipalatinsk (où ont été réalisés les essais nucléaires soviétiques, ndlr). Les épidémies à Almaty coïncident avec une augmentation des émissions nocives de trois centrales de cogénération” , indique la lettre.

Les centrales thermiques pointées du doigt

Les éco-activistes insistent notamment pour que les centrales thermiques de la ville soient reconnues comme la principale source de pollution atmosphérique.

“C’est notre principale revendication de la stratégie 2050. L’akimat évalue la situation environnementale à Almaty et fait des plans pour le développement de la ville, sur la base de données sciemment incorrectes. La stratégie stipule que 65 % des émissions à Almaty proviennent des transports et 27 % des centrales thermiques. Ce n’est pas vrai. Les recherches d’EXIMAR le prouvent : les centrales de cogénération empoisonnent l’air beaucoup plus que ne le font les véhicules. Nous ne dégageons aucune responsabilité des véhicules pour la pollution de l’air. Nous voulons que l’akimat cesse de rabaisser la culpabilité de la centrale de cogénération et d’induire les gens en erreur”, écrivent les militants.

Plusieurs propositions pour diminuer la pollution atmosphérique

Les militants suggèrent de prendre plusieurs mesures afin de limiter la pollution de la ville. Ils demandent la réalisation d’un audit économique, technique et environnemental indépendant des trois centrales thermiques de la ville afin d’évaluer, le plus précisément possible, leur rôle dans la pollution de l’air. 

Ils souhaitent également que soit élaboré et mis en œuvre, au cours de l’année 2020, un programme visant à réduire la charge des trois centrales thermiques, un programme visant à subventionner la gazéification de 15 % du secteur privé. Ils demandent, en outre,  une résolution, par voie législative, du problème des émissions du secteur privé dans l’atmosphère au niveau local.

Tanguy Martignolles
Rédacteur pour Novastan

Relu par Anne Marvau

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