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En visite à Bruxelles, Kassym-Jomart Tokaïev met le « corridor médian » au cœur du rapprochement avec l’Union européenne

À Bruxelles, Kassym-Jomart Tokaïev a signé plusieurs accords avec l'Union européenne, dont plusieurs concernent le développement du corridor transcaspien.

En visite à Bruxelles le 22 juin 2026, le président du Kazakhstan KAssym-Jomart Tokaïev a rencontré ses homologues européens et s'est rendu à un forum économique UE-Kazakhstan. Crédit : Akorda.
En visite à Bruxelles le 22 juin 2026, le président du Kazakhstan KAssym-Jomart Tokaïev a rencontré ses homologues européens et s'est rendu à un forum économique UE-Kazakhstan. Crédit : Akorda.

À Bruxelles, Kassym-Jomart Tokaïev a signé plusieurs accords avec l’Union européenne, dont plusieurs concernent le développement du corridor transcaspien.

Quelques jours après avoir accueilli le président chypriote à Astana, Kassym-Jomart Tokaïev  poursuit ses rendez-vous européens. Cette fois-ci, le président kazakh a lui-même fait le déplacement. Lundi 22 juin, le chef d’État s’est rendu à Bruxelles, en Belgique, pour y défendre les intérêts de son pays.

À l’issue de cette visite et d’un forum économique, des accords portant sur les minéraux critiques, l’énergie, l’agriculture de haute technologie, l’intelligence artificielle et la finance ont été signés entre le Kazakhstan et ses partenaires européens, pour un montant total de 12 milliards de dollars (10,5 milliards d’euros).

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Parmi les annonces, quatre accords dans le secteur des transports d’une valeur totale de 462 millions de dollars ont été dévoilés. Ils portent notamment sur la numérisation des aéroports kazakhs, la reconstruction d’un axe routier stratégique, le développement d’un projet portuaire en Roumanie et l’augmentation du transport de conteneurs le long du corridor médian, un itinéraire qui relie la Chine et l’Europe à travers l’Asie centrale et le Caucase du Sud, offrant une route alternative au territoire russe.

Ces accords ne relèvent pas tous de la même nature, rapporte l’agence de presse russe Interfax. L’ensemble regroupe à la fois un mémorandum de coopération, un accord de prêt et plusieurs partenariats logistiques destinés à renforcer le corridor transcaspien. À ce stade, le financement n’est pas détaillé pour tous les volets : la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) apparaît comme le bailleur clairement identifié pour le projet routier, tandis que les autres accords relèvent surtout de coopérations industrielles et logistiques avec des entreprises européennes. 

Le « corridor médian », une priorité pour Astana

Pour le Kazakhstan, ce projet revêt une double importance, à la fois économique et géopolitique. L’augmentation des flux transitant par ce corridor se traduit par davantage de marchandises acheminées, plus d’activités pour les chemins de fer, les ports, les plateformes logistiques et les entreprises de transport kazakhes, autant de recettes supplémentaires pour le pays. Cette route commerciale offre également au Kazakhstan un accès plus rapide aux marchés étrangers.

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Lors de la conférence, le vice-ministre kazakh des Affaires étrangères, Arman Issetov, a souligné que cet itinéraire avait évolué bien au-delà d’un simple corridor de transit traditionnel et qu’il devenait de plus en plus un projet “géoéconomique majeur” servant les intérêts de l’Asie centrale et de l’Europe ». 

Des propos corroborés par les données publiées par le ministère kazakh des Affaires étrangères, qui présentent l’Union européenne comme le principal partenaire commercial et d’investissement d’Astana. En 2025, les échanges bilatéraux ont atteint 45,1 milliards de dollars, tandis que les entrées brutes cumulées d’investissements directs étrangers (IDE) en provenance des États membres de l’UE ont dépassé 200 milliards de dollars.

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« Aujourd’hui, l’Union européenne est notre principal partenaire commercial et d’investissement, représentant près de la moitié des investissements directs étrangers attirés au Kazakhstan. Les échanges bilatéraux ont dépassé 45 milliards de dollars l’an dernier », a déclaré Tokaïev.

Les volumes de fret transportés le long de la route internationale transcaspienne ont fortement progressé ces dernières années. Selon The Astana Times, ils sont passés de 2,76 millions de tonnes en 2023 à 4,48 millions en 2024, avant de s’établir à 4,12 millions de tonnes en 2025. Quant au temps de transport entre la Chine et l’Europe, il s’est considérablement réduit grâce à la modernisation des infrastructures. 

Une fois mis en œuvre, les quatre accords signés avec l’Union européenne feraient du Kazakhstan une plaque tournante logistique majeure pour le commerce entre la Chine et l’Europe. Ces accords pourraient offrir à Astana un avantage géopolitique de taille : limiter l’influence russe sur les routes commerciales kazakhes. 

Réduire la dépendance aux routes russes

Géographiquement, le Kazakhstan est un pays enclavé, sans accès direct à la mer. Cette situation constitue une contrainte majeure pour un pays qui cherche à renforcer son autonomie économique. Pour exporter comme pour importer, Astana dépend encore largement de routes traversant les territoires voisins.

Cette dépendance est aussi historique. Héritées de l’époque soviétique, nombre d’infrastructures de transport ont été orientées vers le nord, donc vers la Russie. Des itinéraires logistiques et énergétiques qui sont alors exposés aux décisions de Moscou, aux tarifs, aux blocages administratifs ou aux tensions politiques.

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Par exemple, 80 % du pétrole kazakh est exporté via le Capsian Pipeline Consortium (CPC), un oléoduc reliant les champs pétroliers kazakhs au port russe de Novorossiïsk, sur la mer Noire. Une telle dépendance signifie qu’en cas de tension avec Moscou, ou de sanctions touchant les infrastructures russes, les exportations kazakhes peuvent être fragilisées. Et depuis la guerre en Ukraine, passer par la Russie est devenu plus compliqué pour commercer avec l’Europe : risques de sanctions, contrôles, incertitudes logistiques, méfiance des partenaires occidentaux. 

Un rapprochement européen de long terme

En l’état, ces dépendances constituent autant de contraintes dont Astana aimerait se départir. Depuis une dizaine d’années, le Kazakhstan travaille en ce sens en se rapprochant de l’Europe. En 2015, un accord de partenariat et de coopération renforcé avait été signé par le Kazakhstan et l’Union européenne, faisant d’Astana la première capitale d’Asie centrale à conclure un tel accord avec l’UE. Entré en vigueur le 1er mars 2020, l’EPCA couvre 29 domaines, dont le commerce, l’investissement, l’énergie, les transports, le climat, la recherche, la justice et les droits humains. 

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La visite de Tokaïev à Bruxelles s’inscrit dans la continuité de dix ans de rapprochement entre l’Europe et le Kazakhstan. Si le corridor se heurte encore à des contraintes pratiques – capacités portuaires limitées sur la mer Caspienne, hétérogénéité des systèmes numériques et coordination complexe entre les différents États traversés – il offre à Astana une perspective stratégique : réduire sa dépendance aux routes russes et gagner en souveraineté logistique.

Samuel Wahl,
Rédacteur pour Novastan

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