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D’un simple avant-poste à Nur-Sultan : histoire de la capitale du Kazakhstan
Nur Sultan

D’un simple avant-poste à Nur-Sultan : histoire de la capitale du Kazakhstan

En seulement deux siècles, un petit avant-poste sur le fleuve Ichim est devenu la capitale d’un État indépendant, avec un million d’habitants. Informburo retrace l’histoire unique de Nur-Sultan.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 6 avril 2021 par le média kazakh Informburo

La nouvelle ville grandit dans la steppe, les bâtiments modernes frappent par leurs formes inhabituelles et attirent de nombreux visiteurs. Néanmoins, Nur-Sultan, la capitale du Kazakhstan, garde la trace de 200 ans d’histoire : elle s’est appelée Akmola, Akmolinsk, Tselinograd puis Astana et a évolué en même temps qu’elle changeait de nom. Reportage photo à travers les yeux d’Irina Sevostianova, native de la ville.

La vieille Akmolinsk

Les souvenirs de l’avant-poste cosaque ont déjà disparu dans la ville d’Akmolinsk. Autrefois, il n’était qu’un petit village, dans lequel vivaient environ 2 000 personnes. C’est dans la seconde moitié du XIXème siècle que le statut officiel de ville a été attribué. Bien sûr, cela fait déjà très longtemps qu’il ne reste plus aucune trace des bâtiments en bois datant de cette époque.

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Cachée sous les cimes vertes des arbres, à l’intersection des avenues Respoublika et Abaï, il y a une vieille clôture de pierres. C’est la seule chose qu’il reste de la mosquée verte, présente depuis le siècle dernier.

Cloture de la mosquee verte.

Clôture de la mosquée verte. [alt]
Inform buro

C’est le marchand Nourmoukhamed Zabirov, l’une des personnes les plus riches d’Akmolinsk, qui a financé la construction de la mosquée. À l’origine en bois, le bâtiment a été brûlé. C’est au début du XXème siècle que les croyants ont construit une nouvelle mosquée. Cependant, en 1930, les autorités ont réquisitionné l’immeuble.

La plaque de la mosquee.

La plaque indique : « Clôture de la mosquée verte, 1895. » [alt]
Inform buro

Dans un premier temps, l’institution religieuse a été légèrement modifiée avant d’être confiée à la Maison des pionniers. Dans les années 1950, une maison a trois étages est construite à cet endroit. Elle sera ensuite habitée par l’élite du Parti communiste.

Dans le vieux Tselinograd, cette bâtisse était considérée comme l’une des plus populaires. Beaucoup de ses habitants ne se doutaient même pas que la porte était une arche délaissée de la mosquée verte. De nos jours, les restes de la clôture sont en cours de restauration. L’objectif est de lui redonner son aspect d’origine.

Les dynasties marchandes

L’un des bâtiments les plus anciens de la ville est la maison-musée de Saken Seïfoulline. Cependant, il ne vivait pas dans cette maison mais y travaillait seulement. L’un des marchands de la ville a construit cette maison en 1846. Pendant les années soviétiques, elle abritait un jardin d’enfants. En 1988, après la réhabilitation posthume de Saken Seïfoulline, un musée a été ouvert et continue de fonctionner de nos jours.

Musée Saken Seifoulline

Devant le musée Saken Seïfoulline. [alt]
Inform buro

Mais le bâtiment historique le plus célèbre de la ville est la maison du marchand Konstantin Koubrine. Elle a été construite entre 1905 et 1907. Comme à l’époque, une maison de commerce se trouve aujourd’hui dans ce bâtiment. Elle s’appelle maintenant Astana.

Maison de commerce Astana.

Maison de commerce Astana. [alt]
Inform buro

La dynastie marchande des Koubrine est très importante dans l’histoire de la ville. Elle a été fondée par Konstantin Koubrine. Des maisons de commerce ont été construites ainsi qu’une brasserie et la famille a également soutenu les enseignants d’Akmolinsk. Ils ont parrainé le développement d’une bibliothèque ainsi qu’un service d’incendie. C’est le petit-fils du fondateur, Stepan Koubrine, qui a construit le premier hôpital de la ville. Il est encore présent de nos jours. À l’époque soviétique, il abritait un dispensaire cancérologique. Aujourd’hui, c’est un centre de communication spatiale.

L’impact sur la culture

Grâce au mécénat de la famille, un théâtre dramatique est apparu dans la ville. La fondation du bâtiment a été posée en 1899, et jusqu’à présent, le théâtre dramatique académique Maxime Gorki de Rostov reçoit toujours du public.

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L’une des principales légendes urbaines concerne Vassili Koubrine, l’un des petits-fils du fondateur. Il serait tombé amoureux d’une ballerine (ou d’une actrice, les sources diffèrent) du théâtre Marinsky. La fière beauté aurait posé une condition au marié provincial : lui construire un manoir selon le style de Saint-Pétersbourg. Le marchand amoureux aurait rempli ces conditions et la fiancée aurait déménagé à Akmolinsk. Le manoir a survécu jusqu’à ce jour.

Le manoir de Vassili Koubrine.

Le manoir de Vassili Koubrine. [alt]
Inform buro

Un passage souterrain, condamné depuis longtemps déjà, reliait directement le manoir à la maison de commerce Koubrine. Selon une légende, le chemin a été construit pour que le marchand puisse passer inaperçu de sa légitime épouse à sa maîtresse. Toutefois, cette version n’est probablement pas vraie, puisque l’épouse de Vassili Koubrine habitait Saint-Pétersbourg.

Bienvenue à Tselinograd

Akmolinsk a connu un nouveau développement en 1961. Rebaptisée Tselinograd, la ville est devenue le centre du développement des terres vierges. Des habitants de toute l’Union soviétique venaient à Tselinograd pour développer ces terres. La République socialiste soviétique (RSS) kazakhe aurait joué un rôle important, fournissant du grain à travers tout le pays. Elle a commencé à construire des usines dans la ville. Les plus grandes étaient celles de Tselinselmach et Kazakhselmach.

Lire aussi sur Novastan : L’histoire mystérieuse de Tselinograd-25, devenue Stepnogorsk, cachée sous l’URSS

Les khrouchtchevkas ont été érigées juste à temps. Il s’agissait de logements confortables et compacts pour les travailleurs soviétiques. La plupart de ces maisons se situent sur la rive droite de la capitale actuelle, dans la partie ancienne de la ville. À l’heure actuelle, leur démolition est prévue dans le cadre d’un programme de rénovation. Personne ne sait quand cela sera le cas.

Deux bâtiments de la rue centrale, placés dans la vieille ville, faisaient la fierté de Tselinograd. À l’intersection de la rue Seïfoulline et de l’avenue de la République, il y a notamment le bâtiment à plusieurs étages en forme de L. 

Au centre de la ville

Pendant de nombreuses années, c’était le supermarché Solnechny. Les habitants disaient qu’il était possible d’y acheter des produits en pénurie. Soit dit en passant, l’épicerie est toujours en activité. Elle fait maintenant partie de l’une des plus grandes chaînes de vente au détail. La maison elle-même a depuis longtemps perdu son prestigieux statut.

L’ancien magasin Solnechny.

L’ancien magasin Solnechny, au centre de la ville. [alt]
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À l’intersection des avenues de la République et de Kenesary Khan, dans une fondation du même type se trouvait la plus grande librairie de la ville. Maintenant, c’est une grande banque et une maison de commerce. Selon les normes de Tselinograd, les appartements dans ces immeubles étaient très chers.

Les endroits préservés

De nos jours, les anciennes cours sont coincées entre les immeubles modernes. Mais il reste des lieux qui ont conservé leur charme grâce à la main des habitants. Les locataires de la vieille maison rue Esenberline ont aménagé de magnifiques parterres de fleurs.

Cour sur la rue Esenberline.

La vieille maison de la rue Esenberline. [alt]
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Dans la cour de l’ancien grand magasin Youbileï, entre les anciens bâtiments de cinq étages et les nouveaux gratte-ciels, se cache un vieux pigeonnier.

Le pigeonnier.

Vieux pigeonnier construit par un habitant. [alt]
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Avant, les pigeonniers se trouvaient dans de nombreuses cours. Pourtant, ils ont pour la plupart disparu. Celui-ci a été construit par un habitant dans les années 1990, c’est l’un des derniers.

D’Akmola à Astana

En 1992, Tselinograd a de nouveau changé de nom pour devenir Akmola. Les difficiles années 1990 sont restées gravées dans la mémoire des habitants.

Certains se souviennent de la mort lente des usines et des poêles à bois. Les tuyaux dépassaient par les fenêtres des immeubles parce qu’il n’y avait pas de chauffage. À l’inverse, certains se rappellent l’épanouissement des coopératives et des affaires. Akmola aurait pu rester une simple petite ville. Il y en avait des milliers comme elle dans toute l’ex-Union soviétique. Mais en 1998, la capitale a déménagé d’Almaty à Akmola, et la ville a de nouveau changé son nom, devenant Astana.

L’aménagement de la nouvelle ville

De ce fait, toutes les structures gouvernementales ont été relogées. Elles ont déménagé sur ce qui était l’ancienne place, alors encore considérée comme centrale. Deux branches du gouvernement s’y trouvaient. Premièrement, la branche législative. Le Parlement occupait le bâtiment de l’Institut national de design Tselingiproselkhoz. Il abrite maintenant l’Agence des affaires de la fonction publique et l’Académie de la fonction publique. Ensuite, la branche exécutive. Le gouvernement se trouvait dans l’ancienne Maison des Soviets. Ce qui est devenu la résidence officielle du président a été ajouté à ce bâtiment.

Vieille place.

Ancienne place de la Cour suprême. [alt]
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À quelques pas de la vieille place se trouvait le bâtiment de la Cour suprême. C’est là qu’ont eu lieu les procès très médiatisés de l’ex-Premier ministre Akéjan Kajégueldine et de l’ancien banquier Moukhtar Abliazov.

La division entre les nouveaux arrivants et les locaux

Les responsables arrivés de la chaude capitale du sud se souviennent du gel agressif, de la boue sur les routes dégradées et du froid des appartements. Quant aux résidents locaux, ils se rappellent le mauvais comportement des nouveaux arrivants et la réticence qu’ils avaient à embaucher des cadres locaux.

Finalement, de nombreuses années sont passées et les habitants des deux capitales ont commencé à travailler ensemble.

Astana, l’essor

Les bâtiments administratifs ont été reconstruits au cours des deux premières années après le déménagement. Pour les fonctionnaires, des logements ont été édifiés, concentrés autour des bureaux de l’État. Le verdissement des rues a également commencé. En 1999, un nouveau quartier résidentiel nommé Samal, un village diplomatique, le bâtiment du ministère des Finances et le Palais des sports du Kazakhstan ont été érigés dans la ville.

La construction d’une nouvelle ville a commencé sur la rive gauche. En 2001, le plan directeur est approuvé et le célèbre architecte japonais Kisho Kurokawa participe à son élaboration. Le plus grand projet de construction concerne de nouveaux bâtiments pour les agences gouvernementales, des quartiers résidentiels et des monuments.

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Ainsi, déjà en 2002, le monument Baïterek a été construit. Il est devenu l’un des symboles non seulement de la ville, mais aussi du pays. Le ministère de la Défense est le premier à déménager dans un nouveau bâtiment sur la rive gauche.

Le ministère de la Défense et la tour Baiterek.

Le ministère de la Défense et la tour Baïterek. [alt]
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Aujourd’hui, avec difficulté, beaucoup se souviennent qu’il y a 20 ans, il n’y avait à cet endroit que de vieilles datchas et la steppe.

D’Astana à Nur-Sultan

En mars 2019, sur proposition du nouveau président Kassym-Jomart Tokaïev, la ville a de nouveau changé son nom pour devenir Nur-Sultan. Sous un nouveau nom, la capitale poursuit son développement. Des ajustements sont apportés au plan principal face à l’augmentation de la population.

Désormais, de plus en plus d’attention est accordée au développement de la ville pour le confort des habitants. De nouveaux parcs, squares, aires de jeux et terrains de sport voient le jour.

Piste cyclable.

Une des pistes cyclables. [alt]
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De plus, des pistes cyclables et même une zone piétonne appelée Arbat ont fait leur apparition. Le week-end, de l’artisanat local, des musiciens de rue et des artistes se rassemblent dans cette rue. Les nouveaux arrivants et locaux sont de moins en moins divisés. Ils préfèrent s’appeler habitants d’Astana.

Irina Sevostianova
Journaliste pour Inform buro

Traduit du russe par Amir Ayat

Édité par Johanna Regnaud

Relu par Emma Jerome

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