Astana Cyclisme Kazakhstan Alexey Lutsenko 2016

Astana Pro Team, ambassadeur ambivalent du Kazakhstan

Alors que le Tour de France 2020 bat son plein, l’équipe kazakhe Astana fait son trou avec ses coureurs à succès et sa stabilité dans le monde du cyclisme. Grâce à cette équipe, le Kazakhstan s’est imposé depuis ses débuts dans le monde du cyclisme à la fin des années 2000, malgré des scandales de dopage à répétition.

Au premier abord, le Kazakhstan ne semble pas être le pays d’Asie le plus connu. Malgré cet a priori, de nombreux amateurs de cyclisme savent situer le pays et sa capitale, Nur-Sultan (anciennement Astana). De fait, même si le FK Astana se met régulièrement en valeur sur la scène footballistique européenne, le principal ambassadeur du pays demeure son équipe cycliste : Astana Pro Team, fondée en 2007.

A l’heure où le Tour de France termine sa deuxième semaine, l’un des coureurs d’Astana, le Colombien Miguel Ángel López, est en 9ème position à 1 minute 15 du maillot jaune. Dans le top 50, l’équipe kazakhe compte trois coureurs. Une situation qui n’a rien d’un hasard pour Astana Pro Team.

Une naissance hasardeuse : arrivée soudaine, affaires de dopage et exclusions

Bien que l’équipe soit officiellement née en 2007, Astana débute ses investissements dans le cyclisme professionnel dès 2006. L’affaire Puerto, scandale de dopage organisé dans plusieurs sports dont le cyclisme, éclate et de nombreux coureurs de l’imposante formation Liberty – Würth sont concernés. Les deux sponsors, Liberty Mutual et Würth, se retirent. L’équipe qui comporte plusieurs coureurs d’Asie centrale se retrouve sans sponsor.

C’est alors le Kazakhstan, à travers son fond souverain Samrouk-Kazyna et les suggestions des différents coureurs kazakhs, qui décide de sponsoriser l’équipe qui se nomme « Astana » à partir du 22 juin 2006. Dès la fin de la saison, le coureur kazakh Alexander Vinokourov s’impose sur le Tour d’Espagne. Son coéquipier Andreï Kashechkin termine troisième, signant son premier résultat majeur.

Pour l’année 2007, première année d’engagement complet et stable pour le sponsor, Astana court sous licence suisse, de la nationalité de son directeur sportif Marc Biver. Ce dernier densifie nettement l’effectif en signant notamment Andreas Klöden, ancien champion d’Allemagne, ou Paolo Savoldelli, double vainqueur du Tour d’Italie. Cependant, les scandales de dopage s’inscrivent dans le sillage de l’équipe dès la première année.

Alexander Vinokourov sur le Tour de France 2012 (illustration).

Crédits photo : Antoine BlondinWikipédiaAttribution-ShareAlike 3.0 Unported (CC BY-SA 3.0)

En effet, alors qu’il termine quatrième de la Flèche Wallone pour Astana, l’Allemand Matthias Kessler est contrôlé positif à la testostérone. Alexander Vinokourov est ensuite testé positif à des transfusions sanguine à la suite d’une victoire d’étape sur le Tour de France 2007. Comme l’avait souligné Le Figaro, l’équipe bleu ciel s’est retirée de la compétition dans la foulée.

Le champion kazakh est licencié par son équipe et suspendu le 30 juillet. Dès le 8 août, son coéquipier Andreï Kachechkin se retrouve également positif à la même méthode de dopage. Le licenciement du coureur est décidé et Astana n’aurait pas pu rêver pire introduction au monde professionnel.

Le dopage, présent dans le sport post-soviétique, ne quittera jamais vraiment l’ombre de l’équipe Astana.

Entre 2008 et 2010, le doute permanent autour de la structure

En 2008, l’équipe recrute Johan Bruyneel comme directeur sportif. Le Belge ramène avec lui Alberto Contador, coureur populaire qui a gagné le Tour de France l’année précédente. Johan Bruyneel est aujourd’hui radié à vie du cyclisme pour ses agissements en faveur du dopage systématique dans l’équipe de Lance Armstrong, qu’il a dirigé de 1999 à 2007.

Malgré la présence du vainqueur sortant dans la structure kazakhe, l’organisation du Tour refuse que la formation participe à la course. La situation est la même pour le Tour d’Italie, avant que l’organisateur ne fasse volte-face une semaine avant le départ. Malgré ces aléas, Alberto Contador va s’imposer sur le Giro et sur le Tour d’Espagne.

Pour sa troisième saison, en 2009, Astana passe enfin sous licence kazakhe et parvient à attirer Lance Armstrong, qui sort de sa retraite sportive et qui est encore considéré comme septuple vainqueur du Tour de France.  Au même moment, la Russie, probablement inspirée par le succès relatif d’Astana, lance son équipe Katusha.

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Un petit scandale financier éclate alors au sein de l’équipe. A la mi-mai 2009, les coureurs n’ont reçu que deux mois de salaire et décident d’effacer le nom du sponsor de leur maillot comme évoqué par le quotidien breton Le Télégramme. Les retards de paiement vont ensuite devenir monnaie courante tout au long des années, les derniers ayant eu lieu en mars 2020. Alexander Vinokourov a confié à la Dernière Heure, quotidien généraliste belge, qu’il s’agissait de lenteurs administratives dues au fait que le sponsor était l’Etat kazakh lui-même et non une simple entreprise.

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Après cette petite polémique, Lance Armstrong termine douzième du Tour d’Italie et troisième du Tour de France, remporté par Alberto Contador. Au cours de ce Tour de France, l’Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) souligne à plusieurs reprises qu’Astana a bénéficié de traitements de faveurs dans les contrôles antidopage, comme souligné dans l’article de 2009 du Monde.

2010 – 2015 : l’ère Nibali et Vinokourov manager

Johan Bruyneel et Lance Armstrong, en désaccord avec la direction et lassés par les retards salariaux, fondent fin 2009 une équipe aux sponsors américains (notamment Radioshack). Ils emmènent avec eux la plupart des coureurs étrangers d’Astana. Au même moment, Alexander Vinokourov termine sa suspension et est à nouveau engagé par Astana qui l’avait suspendu.

Voiture d’Astana sur le Tour de Romandie 2008 (illustration).

Crédits photo : cc Fanny SchertzerWikipédia Attribution-ShareAlike 3.0 Unported (CC BY-SA 3.0)

Alberto Contador s’impose à nouveau cette saison sur le Tour de France, qui sera annulée en 2012 pour un contrôle positif au clenbutérol. De son côté, Alexander Vinokourov remporte le premier Monument de l’histoire de l’équipe en triomphant sur Liège-Bastogne-Liège devant le Russe Alexandr Kolobnev. Le Kazakh est d’ailleurs accusé d’avoir acheté sa victoire auprès du Russe mais a été blanchi en 2019. Maxime Inglinskiy, ancien champion du Kazakhstan, obtient plusieurs places d’honneur sur les classiques.

La saison 2011, après le départ d’Alberto Contador pour l’équipe Saxo Bank, est un véritable passage à vide sportif. En 2012, Enrico Gasparotto remporte l’Amstel Gold Race. Plus surprenant, Maxim Iglinskiy, Kazakh méconnu du grand public, gagne Liège-Bastogne-Liège.

La même année, Alexander Vinokourov s’impose sur l’épreuve des Jeux Olympiques sur route et met dans la foulée un terme à sa carrière pour devenir manager de l’équipe. Pour le remplacer, Vincenzo Nibali est engagé par l’équipe. L’Italien est probablement l’un des grands artisans de la popularisation d’Astana aux yeux du grand public. Il y remporte 2 Tours d’Italie, le Tour de France et ses deux titres de champion d’Italie sur route. C’est donc un excellent coup médiatique et sportif pour Astana après la déchéance relative et le départ du populaire Alberto Contador.

En 2012, le fonds souverain qui finance l’équipe d’Astana décide de créer « Astana City » une équipe cycliste de plus bas niveau servant de structure pour l’éclosion de jeunes talents kazakhs. Comme l’équipe première, les jeunes n’échappent pas à plusieurs accusations et suspensions liées au dopage.

Dans la foulée d’Astana City, « Vino 4ever » est fondée en 2014. Il s’agit de la deuxième équipe réserve d’Astana. L’équipe fonctionne plutôt bien au Kazakhstan mais n’a pas encore permis l’éclosion de talents au plus haut niveau. En 2014, première année de Vino 4ever, un coureur de l’équipe est contrôlé positif puis suspendu. Tout cela peu après le contrôle positif de trois coureurs de l’équipe principale.

Malgré de nombreux résultats positifs sur le plan sportif, la structure fait encore face à des résultats également positifs sur le plan du dopage. En 2015, l’équipe a failli voir sa licence professionnelle suspendue par l’Union Cycliste Internationale (UCI) à cause de cas de dopage avérés trop fréquents. Au cours de l’année 2015, Astana sera même exclue du Mouvement Pour un Cyclisme Crédible (MPCC).

Un pilier du peloton professionnel malgré des accusations régulières

Finalement, l’équipe s’est progressivement ancrée dans le paysage cycliste en devenant un sponsor phare et bien connu du peloton professionnel. A la suite d’Astana, les sponsorings de pays se sont amplifiés dans le cyclisme avec Katusha (2009 – 2019), UAE Emirates (depuis 2017), Bahrain-McLaren (depuis 2017), Israel Start-up Nation (depuis 2017) ou encore Bahrain Cycling Academy (depuis 2020).

Des jeunes coureurs ont pu décrocher leurs premiers grands succès chez Astana comme Miguel Ángel López ou Fabio Aru. Jakob Fuglsang et Alexey Lutsenko, vainqueur d’étape sur le Tour de France 2020, font partie des coureurs plus anciens qui vont également briller chez Astana, non sans un soupçon de dopage permanent, comme l’a rapporté par Le Monde.

La communication plutôt opaque d’Astana va également s’améliorer avec le temps comme en atteste le clip décalé ci-dessous.

Dans sa forme de structure professionnelle soutenue par un Etat, Astana est donc une équipe pionnière dans le monde du cyclisme et même dans celui du sport. Malgré les scandales successifs, elle a su attirer de grands champions et en faire éclore plusieurs autres. L’avenir appartient désormais à Astana qui a su se stabiliser sur le plan sportif et qui devra trouver la formule pour dépasser son problème quasi-structurel de dopage.

Clément Clerc-Dubois
Rédacteur pour Novastan

Relu par Guilhem Sarraute

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