L’Aïd el-Fitr, dernier jour du mois sacré du ramadan pour les musulmans, est amplement célébré au Tadjikistan. A cette occasion, Novastan traduit un article détaillant les diverses façons de célébrer ce jour selon les régions.
L’Aïd el-Fitr marque la fin du ramadan pour les musulmans du monde entier. Officiellement, un seul jour est férié au Tadjikistan. Cependant, les Tadjiks prolongent les festivités plus longtemps.
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Haut-Badakhchan : la fête des vivants et des morts
Dans la région du Pamir tadjik, dans le Haut-Badakhchan, bien avant les festivités, les habitants nettoient leurs maisons afin de célébrer non seulement avec un cœur pur, mais aussi avec une maison propre. Le premier jour de la fête est appelé par les habitants du Haut-Badakhchan la fête des morts. Ce jour-là, les gens se rendent uniquement au domicile de ceux qui ont récemment perdu un membre de leur famille et recitent des prières. Cette tradition s’appelle fotikhakhoni. Après les prières pour l’âme du défunt, les invités se voient offrir un plat de riz pilaf, appelé Ochi khoudoï.
« Avant l’arrivée de la célébration, nous nettoyons la maison, nous nous préparons pour la fête mais nous ne servons pas le dastarkhan festif, comme c’est le cas à Douchanbé et dans les autres régions du pays », affirme Bibinoz, une habitante de Khorog.
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Les femmes préparent un pain plat appelé koultcha. Pendant le deuxième jour de cette fête, les habitants se rendent dans les cimetières et également dans les mazars, des mausolées, emportant avec eux deux koultchas. Ils en laissent un pour le mazar et un pour le cimetière, qu’ils laissent sur les tombes.
Par ailleurs, le mazar est considéré par les habitants du Haut-Badakhchan comme un lieu sacré. Ils y allument des bougies qu’ils fabriquent eux-mêmes et jettent de la farine et des plantes du genre peganum au feu. C’est un rituel qui prend le nom de bouïbarori, ce qui signifie la libération des esprits.
Khatlon : « tout le monde fait la fête ! »
A Khatlon, avant la fête, les habitants nettoient eux aussi leurs maisons. Ils font de petits travaux dans la cour, achètent de nouveaux vêtements pour leurs proches. Juste avant la fête, ils préparent du pain plat, des friandises et des salades. Généralement, les femmes de la famille ne dorment pas jusqu’au matin de la fête, car elles se consacrent à la préparation du dastarkhan.
« Dès que la date de la fête est fixée, dix jours avant, les femmes se chargent d’un grand ménage général : elles lavent des tapis et certaines s’occupent des travaux en l’honneur du ramadan. C’est une véritable chance de pouvoir célébrer cette fête. À cette occasion, nous achetons ce que nous ne pouvions pas nous permettre depuis longtemps. Par exemple, un nouveau tapis, de la vaisselle, ou bien des rideaux pour la maison. En outre, certaines familles achètent des fruits exotiques ou des confiseries qu’elles rêvaient de gouter depuis longtemps », raconte Makhina, une habitante de Koulob, dans la région de Khatlon.
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« Pour moi, la préparation à la fête est un vrai plaisir. Je suis submergée par un sentiment de joie. Célébrer la fête en elle-même, c’est encore autre chose », ajoute-t-elle.
A l’heure de la prière, le matin très tôt, les hommes se rendent à la mosquée.
Idgardak, la fête des enfants
Juste après la prière, idgardak, la fête tant attendue des enfants, commence. Ils vont de maison en maison, peu importe qui y habite, amis ou inconnus, en lançant aux habitants : « Bonne fête de l’Aïd ! » Les propriétaires de la maison, en retour, leur offrent des bonbons, des œufs durs ou de l’argent, en répondant : « Que Dieu bénisse cette fête, bonne fête à vous aussi ».

Pourtant, en 2024, idgardak a été officiellement interdit. Bien que les amendes ne soient pas prévues par le code administratif, les autorités ont averti les parents de ne pas laisser leurs enfants flâner sans but. Des mesures seront prises lorsque des infractions seront commises.
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Habituellement, les habitants de Khatlon passent environ trois jours à se rendre dans les maisons des membres de leur famille ou d’amis et à rendre visite aux malades. Ce rituel prend le nom de khonagachtak. Les hommes commencent les premiers, en se déplaçant en groupes et en récitant une prière dans chaque maison.
Si la propriétaire de la maison a préparé un plat chaud, il s’agit habituellement d’une soupe à base de mouton ou de bœuf, qui est offerte aux invités. Autrement, les hommes prennent simplement un œuf dur ou un bonbon, et ils se lèvent rapidement afin de pouvoir rendre visite à toutes les maisons prévues.
Le temps des femmes
C’est différent pour les femmes. À Khatlon et également à Douchanbé, la capitale, les femmes rendent visite à leur famille, comme le prévoit le khonagachtak, mais seulement après la fin du temps consacré aux enfants et une fois que les hommes et les autres membres de la famille sont rentrés. En général, cela tombe en soirée, lorsque tout le monde est déjà rentré et se repose. Les femmes rendent alors visite aux voisins et aux proches.
Cette fête est accueillie chaleureusement par les jeunes : ce jour-là, même les parents les plus sévères n’empêchent pas leurs filles de sortir pour le khonagachtak avec leurs amies et leurs camarades de classe.
« Étant donné que nous sommes encore écolières, nos parents ne nous laissent jamais sortir sans la surveillance d’un professeur. Le jour de la fête, nous sommes libres et nous pouvons fêter le khonagachtak entre nous. C’est une belle occasion de passer du temps avec les camarades de classe en dehors de l’école », explique Goulnoza, une élève de Douchanbé.
En outre, enfants comme adultes aiment jouer au toukhmdjang, littéralement « le combat des œufs ». Il s’agit de prendre un oeuf collecté pendant les visites et de le frapper contre celui d’un adversaire. L’œuf qui reste intact remporte la victoire.
La table reste dressée pendant trois jours
Pendant trois jours, les gens ne rangent pas la table dressée pour les festivités, mais rafraichissent les produits et les aliments, en ajoutant de temps en temps de la vaisselle propre, car de nouveaux invités peuvent arriver à n’importe quel moment.

Il est essentiel de remarquer qu’en raison de l’adoption de la loi sur l’organisation des rituels (une loi qui limite le nombre d’invités, ndlr), il n’est désormais plus nécessaire de préparer une table somptueuse : c’est pourquoi les habitants dressent la table en tenant compte de leurs possibilités.
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La tradition veut qu’en guise de bonne action, appelée savob, il suffise de préparer l’orzouk, une pate faite avec du beurre et du lait, coupée en losanges et frite dans l’huile sur le feu, et des koultchas. La préparation du halva fait également partie du savob.
Mais auparavant, il est essentiel de se purifier en lisant une prière afin de pacifier les esprits des proches décédés et de faire en sorte qu’aucun visiteur n’ait accès à la maison lors de la préparation des plats. Il est difficile de prévoir qui entrera dans la maison et avec quelle énergie. Tous ces canons sont rigoureusement observés par les femmes les plus âgées de la famille.
Soghd : tous dans la maison familiale
Ce jour là, dans la région de Soghd, dans le Nord du Tadjikistan, la tradition demande de se réunir dans la maison familiale. Il est important de nettoyer la maison avant la fête, mais la grande table festive n’est pas dressée. Le rituel commence la veille : les habitants récitent des prières à la mémoire des défunts et un plat de pilaf est préparé et servi dans des assiettes aux proches et aux voisins.
Ce rituel porte le nom d’ochalichakon, l’échange du pilaf, car ce soir-là tout le monde se consacre à la préparation de ce plat, ce qui donne une idée du nombre d’assiettes dégustées. Les habitants préparent aussi du halva à cette occasion.
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Selon les résidents locaux, ce n’est que tôt le matin après la prière qu’un petit dastarkhan peut être servi à partir de tout ce qui se trouve à la maison. Il n’y a pas de préparations particulières. Après le petit-déjeuner, tout le monde se prépare et part rendre visite à ses parents où grands-mères.
À cette occasion, il est essentiel de rendre visite aux malades ou à ceux qui sont en deuil. Les mères, tantes et grand-mères se préparent à accueillir leurs enfants et leurs neveux, en dressant une grande table et en préparant du djavari, une soupe aux haricots typique de la région. Les hommes donnent de l’agent aux enfants, un don appelé idona.
Malika Safarzoda
Journaliste pour Your.tj
Traduit du russe par Lisa D’Addazio
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