Turkménistan statue drapeau

Retards de salaires et problèmes bancaires au Turkménistan

La crise économique continue d’impacter le Turkménistan, se manifestant par des retards importants dans le paiement des salaires dans tout le pays et de problèmes de liquidité de l’économie turkmène. Alors que d’importante construction dans la capitale telle que le nouvel aéroport et le complexe sportif pour les jeux asiatiques de 2017 coûtent des milliards au budget de l’Etat, une grande partie de la population a difficilement accès à l’argent qui leur est due par leur entreprises ou administrations.

Des retards de paiement de 3 mois

Le milieu d’année a été difficile pour beaucoup de turkmènes : ceux-ci ont n’ont pas touché leur salaires depuis plus de 3 mois depuis le mois de juin jusqu’à fin septembre selon les sites d’information d’opposition Chronika Turkmenistan et Alternative News Turkmenistan. Difficile de savoir l’ampleur exacte de ces retards de paiements, mais selon les information de Chronika Turkmenistan, ce sont les salariés des structures d’Etat (professeurs, policiers, infirmière et médecins) ou en dépendant directement (gaz et pétrole) qui ont été touché. Comme une grande majorité de la population dépend directement de l’Etat qui contrôle l’essentiel de l’économie trukmène, il est possible de penser que ces retards de paiements sont dus à l’assèchement des caisses de l’Etat. De plus selon les informations reportés par les principaux médias d’oppositions ces retards auraient touchés 4 des 5 régions turkmènes.

Ces problèmes de paiement de salaires pourraient même causer du tort au pays dans ses relations extérieures. Mikhaïl Miassikovitch, président du Conseil de la République de Biélorussie, a par exemple fait savoir à l’ambassadeur du Turkménistan Nazarguly by Chaguliev que Minsk s’inquiètait gravement des retards répétés de paiement des salariés. Ceux-ci remettent en effet en cause l’avancée des travaux de la mine et de la centrale de potasse de Garlyk, projet conjoint entre TurkmenKhimiïa et l’entreprise biélorusse Belgorkhimprom. Cette information est intéressante car elle confirme par des sources officielles étrangères (et pas proches de l’opposition turkmène du tout) que ce problème est important et sévère.

Ces défauts de paiement font écho au ralentissement économique du Turkménistan avec seulement 6,1% de croissance du PIB en 2015 pour 16,7% en 2011 selon la Banque de Développement Asiatique. En effet, ce pays dont les recettes reposent essentiellement sur les exportations de gaz et de pétrole souffre des cours très bas de ces matières premières. Difficultés qui n’ont pas empêchées l’ouverture le 17 septembre du nouvel aéroport ultramoderne de la capitale Achgabat.

Un système bancaire opaque

Problème collatéral, l’endettement de centaines de travailleurs aggravé par le manque de liquidités. En effet, il est courant de contracter des emprunts auprès des banques afin de payer un logement, une voiture ou de financer les mariages. Le remboursement se fait sur une base mensuelle, mais le secteur bancaire au Turkménistan est opaque et les clients sont mal informés des procédures de prélèvement automatique et suspectent des tentatives de fraude.

Ainsi, d’après les informations d’ANT, les banques tiendraient mal le compte de ces ponctions, les amenant à imposer des intérêts pour paiement en retard même si le remboursement a effectivement  eu lieu. Pour éviter ces ennuis, la solution la plus évidente pour les consommateurs serait de payer en liquide, mais le non versement des salaires rend la chose impossible.

Les cartes bancaires inutilisables

Selon ANT, les salaires des mois de juillet et août ont finalement été versés à la fin du mois de septembre, permettant aux salariés de reprendre leur souffle. Pourtant, un nouveau problème s’est manifesté : l’impossibilité d’utiliser les cartes bancaires sur lesquelles les salaires sont depuis peu directement versés. En effet, le système de cartes de paiement est relativement nouveau au Turkménistan où il n’a été introduit qu’en 2008 et, si il représente une modernisation importante, le système est encore très mal ficelé, et vise plutôt à assurer la dédolarisation de l’économie (les compte bancaire étant exclusivement libellé en Manat.

En effet, la plupart des commerces et des marchés ne sont pas équipés d’appareils permettant d’accepter les cartes de crédit et demandent donc encore à être payées en liquide. Or, l’accès aux points de retrait est déplorable, les distributeurs automatiques étant encore très rares – il n’y en a actuellement que 88 à travers le pays selon le site de la banque d’état ‘Turkmenbachi’. Les habitants de villages ou de petites villes doivent ainsi se rendre jusque dans les centres régionaux afin de se procurer du liquide. La demande est dès lors telle que les queues sont habituellement très longues, et les appareils semblent généralement vidés dès la fin de matinée. La situation n’est donc pas prête de s’arranger pour les salariés turkmènes, entre les lacunes du développement bancaire du pays et de la crise économique.

La Rédaction

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