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Tadjikistan : les organisateurs de loteries en ligne vont devoir obtenir un permis Novastan | Tadjikistan : les organisateurs de loteries en ligne vont devoir obtenir un permis
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Tadjikistan : les organisateurs de loteries en ligne vont devoir obtenir un permis

Le Tadjikistan prépare une loi obligeant les organisateurs de loteries en ligne à se procurer un permis auprès du gouvernement. Alors que ces concours sont de plus en plus nombreux, avec une légitimité parfois contestée, leurs organisateurs se défendent et dénoncent une mesure handicapante pour le secteur des télécommunications.

Au Tadjikistan, l’espace numérique est de plus en plus contrôlé. Plus précisément, les activités de loterie en ligne, notamment sur YouTube, sont dans le collimateur des autorités tadjikes. Selon l’avocat du ministère des Finances tadjik Bahrom Sattoriyon, les organisateurs de ces loteries devront montrer patte blanche.

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“Les organisateurs de loteries en ligne devront se procurer une licence appropriée auprès du ministère des Finances, faute de quoi ils seront poursuivis pour activités commerciales illégales “, a-t-il affirmé le 16 avril dernier à Radio Ozodi, la branche tadjike du média américain Radio Free Europe.

Selon Bahrom Sattoriyon, le ministère des Finances du Tadjikistan prépare des amendements à la loi, rendant alors nécessaire l’obtention de ce permis pour organiser des loteries en ligne. L’information n’a cependant pas été publiée sur le site du ministère.

De plus en plus de loteries

La raison de cette décision se trouve dans la recrudescence des loteries et des tirages au sort en ligne organisés par les blogueurs tadjiks ces derniers mois. C’est notamment YouTube, la plateforme de partage de vidéos aux 2 milliards d’utilisateurs qui est concernée. Les chaînes visées, par exemple BoroDa, Baron, ou encore Avlod Media, comptent plusieurs centaines de milliers d’abonnés, explique Radio Ozodi.

Les prix pouvant être gagnés dans ces loteries vont des smartphones à des appartements en passant par des voitures d’occasion. Les récompenses ne sont également parfois rien de plus que des sommes d’argent. Le prix des billets de ces loteries en ligne varie entre 100 à 200 somonis (7,3 à 14,6 euros).

Des procédés douteux

Selon Radio Ozodi, la majorité des acheteurs de ces billets sont des travailleurs tadjiks émigrés en Russie. Paradoxalement, les organisateurs étant Tadjiks, l’annonce en ligne des gagnants des loteries ainsi que la remise des prix se déroule au Tadjikistan. Cela signifie que quand bien même un travailleur tadjik vivant en Russie vient à remporter l’une de ces loteries, il lui faut voyager plus de 2 000 kilomètres pour réclamer son prix.

Les loteries en ligne du Tadjikistan ne sont pas parfaitement honnêtes pour le blogueur tadjik Faizali Safarov, vivant dans le district de Sangvor. Il décrit à Radio Ozodi la façon dont des organisateurs font croire à de légitimes loteries auprès des spectateurs. « Un blogueur peut par exemple présenter la voiture de son voisin comme le prix de la loterie. Il vend ensuite des billets en ligne pour 50 somonis (3,6 euros), explique Faizali Safarov. Lors du communiqué des résultats en ligne, le blogueur annonce le vainqueur comme étant ce même voisin, qui se verra « gagner » sa propre voiture. Et ce dernier reçoit une certaine somme d’argent du blogueur pour sa participation au procédé », ajoute-t-il.

La légitimité de la mesure mise en question

Les internautes concernés nient les accusations de tromperie et affirment que l’ensemble de la loterie, y compris la diffusion, se fait en direct. Le blogueur Tajmix, l’un des organisateurs concernés, a déclaré au média américain que la confiance des utilisateurs ne peut être gagnée que par la décence et que toute tromperie finit par être révélée.

Il exprime surtout sa perplexité auprès de Radio Ozodi et s’interroge sur la pertinence de devoir obtenir une licence auprès du ministère des Finances du Tadjikistan alors que la quasi-totalité de son auditoire provient de l’extérieur du pays.

Les blogueurs taxés depuis le 1er avril

Cette tentative de contrôler une activité lucrative en ligne n’est cependant que le dernier exemple en date. Plus largement, Douchanbé tente de déployer un arsenal de contrôle fiscal sur l’espace numérique tadjik. Le 18 janvier dernier, le média tadjik Asia-Plus a décrit que des blogueurs avaient reçu des injonctions à payer un impôt sur leurs revenus provenant d’Instagram, Facebook et YouTube.

Après quelques semaines de flou, le chef du Comité fiscal du Tadjikistan, Chamsoullo Kabirzoda, a communiqué à la presse tadjike en février dernier qu’une nouvelle réglementation était effectivement imposée aux blogueurs, relaie le média russe Spoutnik. Ces derniers ont été tenus de déclarer les revenus que généraient leur activité et de commencer à payer les impositions correspondantes avant la date du 1er avril dernier.

Lire aussi sur Novastan : Le Tadjikistan veut taxer les géants du web

La loi a été très mal reçue par les intéressés, qui estimaient la taxe trop forte et trop paralysante pour qu’ils puissent maintenir ou débuter leur activité de blogueur. D’après eux, les blogueurs les plus populaires et les novices sont ceux qui souffriront le plus de cette mesure.

Lire aussi sur Novastan : Digital CASA au Tadjikistan : à quand l’arrivée d’un Internet rapide et accessible ?

Selon Radio Ozodi, des blogueurs ont affirmé que leurs revenus étaient trop négligeables pour être raisonnablement taxés.

Une volonté de taxer exprimée depuis 2017

Plus largement, le Tadjikistan semble être intéressé par l’exemple de son voisin ouzbek, qui a mis en place une TVA numérique pour les géants du web en mai 2020. Douchanbé avait annoncé dès décembre 2017 sa volonté de taxer les GAFA, sans pour autant y parvenir jusqu’à présent.

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De fait, la décision récente du gouvernement tadjik oscille entre initiative légitime pour renflouer les fonds de l’État et contrôle supplémentaire exercé sur le web.

Léonard Dillies
Rédacteur pour Novastan

Relu par Anne Marvau

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