Pamir Highway Autoroute M41 Khorog Douchanbé Stalinabad Travaux 1940

Tadjikistan : la grande route du Pamir fête ses 80 ans

La partie occidentale de la Pamir Highway, « autoroute » sur le toit du monde au Tadjikistan, a été construite dans un temps record. L’une des plus belles routes du monde a fêté ses 80 ans, dans un cadre unique entre Douchanbé et Khorog, au cœur des montagnes et des hauts plateaux du Pamir.

Novastan reprend ici et traduit un article publié le 6 septembre 2020 par le média tadjik Asia Plus.

Il y a 80 ans, le 6 septembre 1940, la construction d’une partie de la grande route du Pamir, ou la route M41, se terminait. Les Tadjiks ont construit en trois mois et demi ce tronçon occidental de 567 kilomètres de la Pamir Highway, qui relie Douchanbé, la capitale tadjike, avec la ville de Khorog, le centre de l’Oblast autonome du Haut-Badakhchan, dans le sud du pays. Un tel record n’a probablement jamais été égalé jusqu’à aujourd’hui.

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Grâce à ces travaux, la Pamir Highway a pu relier Och, au Kirghizstan voisin, Khorog et Douchanbé. Au total, cette « autoroute » s’étend sur plus de 1 200 kilomètres.

Pamir Highway Tadjikistan Tracé
Carte de la Pamir Highway en 2020.

La partie orientale de la République socialiste du Tadjikistan, de la ville de Garm aux confins de l’Oblast autonome du Haut-Badakhchan, est traversée par des monts infranchissables qui démarrent au centre du pays. Jusqu’en 1940, on ne pouvait atteindre Khorog depuis Douchanbé qu’après avoir parcouru 732 kilomètres jusqu’à Och, en contournant par l’ouest, sur des routes qui n’étaient guère accessibles qu’à cheval, puis encore 1 551 kilomètres par la voie ferrée. Des tentatives de construction d’une route directe Douchanbé-Khorog ont été entreprises déjà dans les années 1932 et 1933, mais à la vue du volume colossal de travail, de l’absence de matériel et de bases techniques, ces tentatives n’ont pas été couronnées de succès. Les charges lourdes ne pouvaient être transportées qu’au moyen d’attelages. Ils devaient se frayer un chemin à travers les cols de montagne et les gouffres, le long d’étroites et vertigineuses pistes et de chemins escarpés à flanc de falaise. De plus, une partie significative de ces pistes était fermée depuis des années. 

Une initiative populaire efficace pour un chantier hors normes

En 1939, des habitants de la région de Garm et du Haut-Badakhchan se sont tournés vers le gouvernement de la République pour demander l’autorisation du lancement de la construction d’une route pour les automobiles allant de Douchanbé à Khorog. Pour ce faire, ils ont recours à une méthode populaire et traditionnelle : le « khashar », qui signifie en persan « effort mutuel », « œuvre de bienfaisance ». Parmi ses différentes acceptions, il désigne une forme de travail commun destiné à la construction d’établissements ou d’infrastructures publiques tels que les écoles, les mosquées, les routes, ou encore les salons de thé. Le gouvernement de la République socialiste soutiendra l’initiative populaire. Par la suite, le gouvernement soviétique donna la consigne de réunir par une autoroute Douchanbé à Khorog, le centre du Pamir.

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On nomme alors Aleksandr Vassilievitch Mazaïev responsable de la construction. En mars 1940, des travaux de prospection sont lancés. Une levée en masse des habitants de la région de Garm, du Darvaz et du Pamir commence au début du mois de mai. Près de 30 000 personnes prennent part à ce projet grandiose. La construction de la route était estimée à cinq ans. Il ne se trouvait pas, dans le monde, de travail équivalent par sa difficulté, sa hauteur, son escarpement, et par la robustesse de ses falaises. 

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Comment les travailleurs ont-ils construit cette route ? Ils sont allés le long des chemins escarpés à flanc de falaise, comme lancés dans le vide. Ils tenaient par des cordes, se balançaient au dessus des fleuves, ils ont foré des cavités pour y mettre des explosifs, se sont démenés, poussant dans le fleuve Piandj des morceaux de montagne de la taille d’une maison. La route aura été construite en un souffle, en un effort commun, assuré par une préparation experte, une conduite claire du chantier, grâce au calcul précis des ingénieurs, un équipement bien réglé…

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Deux millions de mètres cube de monolithe granitique ont été détruits à l’explosif, tout autant dans les forages, et encore un million dans les plus pernicieux éboulis, le long desquels il est dangereux de passer. Au total, 1 149 tonnes d’amatol, un composant explosif similaire à la TNT, ont été utilisés. La route, longue de 567 kilomètres sera construite en 104 jours, soit 4 kilomètres par jour.

Le développement de nouvelles infrastructures dans un des lieux les plus inaccessibles de l’Asie centrale

452 bâtisseurs de la route seront décorés d’ordres et de médailles de l’URSS. La même année, des habitants venus de la région d’Ichkashim et du Wakhan ont construit une autre route longue de 200 kilomètres. Ils y auront construit en même temps des ponts, des digues, et tendu des câbles le long des routes. En 1940, le câble télégraphique sera mis en place pour la majorité des localités. Une voie aérienne Douchanbé – Khorog, Douchanbé – Ichkashim est ouverte. Le 12 octobre 1940, le premier vol direct Douchanbé-Khorog est réalisé. 

Depuis cette construction, le passage de Douchanbé jusqu’au Toit du monde du Pamir s’effectue non pas en un mois, mais en deux jours. Et cette légendaire région du Pamir, auparavant parcourue de montagnes infranchissables, est devenue moins isolée et plus accessible.

Garouf Chermatov
Historien

Traduit du russe par François Robic

Édité par Christine Wystup

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