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Sayragul Sauytbay reçoit le prix Nuremberg des droits de l'Homme Novastan | Sayragul Sauytbay reçoit le prix Nuremberg des droits de l’Homme
Sayragul Sauytbay Prix droits de l'Homme Nuremberg Xinjiang

Sayragul Sauytbay reçoit le prix Nuremberg des droits de l’Homme

Sayragul Sauytbay a reçu le prix des droits de l’Homme de Nuremberg 2021. Ce n’est pas la première fois que la militante des droits de l’Homme, qui a révélé au monde entier les abus commis dans les “camps de rééducation” de la province occidentale chinoise du Xinjiang, reçoit un prix pour son engagement.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 4 mars 2021 par notre version allemande.

Le prix international Nuremberg des droits de l’Homme 2021 a été décerné à Sayragul Sauytbay. Cette annonce a été faite par le maire de Nuremberg, Marcus König, lors d’une conférence de presse le 1er mars dernier. Sayragul Sauytbay est une citoyenne chinoise d’origine kazakhe, originaire de la région autonome ouïgoure du Xinjiang, dans l’ouest de la Chine. Elle a notamment raconté dans son livre “Le témoin principal” (Die Kronzeugin, non traduit en français), les crimes commis dans des “camps de rééducation” contre des membres de minorités musulmanes turcophones. Sayragul Sauytbay est “à bien des égards exemplaire pour le sort des minorités ethno-religieuses en Chine”, a expliqué Marcus König dans la déclaration du jury international.

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Le prix des droits de l’Homme de Nuremberg est décerné par la ville de Nuremberg tous les deux ans depuis 1995. Il est doté de 15 000 euros et, selon ses statuts, est destiné à symboliser le fait que de Nuremberg, l’ancienne ville des rassemblements du parti nazi et des lois raciales, n’émanent aujourd’hui que des signaux de paix et de compréhension internationale. Le prix est décerné en particulier aux ressortissants de pays où les militants des droits de l’Homme sont en danger et font l’objet de persécutions et de représailles.

Une voix contre l’oppression

Sayragul Sauytbay a travaillé pendant de nombreuses années au Xinjiang en tant que médecin et éducatrice avant d’être recrutée de force en 2017 comme instructrice pour l’un des “camps de rééducation”. Pendant cette période, elle a reçu des informations approfondies sur le système des camps et a elle-même été soumise à la torture. En 2018, elle a réussi à s’échapper au Kazakhstan. Elle y a été condamnée pour entrée non autorisée, puis a demandé et obtenu l’asile en Suède en juin 2019.

Lire aussi sur Novastan : Procès Sauytbay : « Cette médiatisation met en lumière les camps, dont l’existence était niée par la Chine »

Depuis son exil, la lanceuse d’alerte a révélé au monde entier les pratiques du gouvernement dans les camps et a parlé ouvertement de la torture, des violences sexuelles et des expériences médicales sur les détenus. Elle est ainsi devenue l’une des voix les plus importantes contre l’oppression des minorités musulmanes en Chine.

Lire aussi sur Novastan : Une Chinoise d’origine kazakhe nommée « Femme de courage » par le gouvernement américain

“Le jury espère que la publicité qu’apporte ce prix apportera à Mme Sauytbay la protection dont elle a besoin pour poursuivre son travail en matière de sécurité”, a déclaré le maire de Nuremberg, qui est également président du jury à ce titre.

Cette récompense n’est pas la première pour Sayragul Sauytbay. En mars 2020, elle avait déjà reçu le prix de la « Femme de courage » du département d’État américain.

Un million de personnes dans les camps

Le système de camps de rééducation a été signalé pour la première fois en 2018, et notamment mis en lumière par l’arrivée de Sayragul Sauytbay. Les personnes internées sont soumises à une “rééducation” idéologique, et des cas de torture ont été signalés à plusieurs reprises, notamment par l’ONG Human Rights Watch. Les personnes entre dans les camps sans enquête ni procès, et les personnes “rééduquées” ne sont pas autorisées à avoir des contacts avec leur famille.

Lire aussi sur Novastan : Région ouïghoure : pourquoi les “camps de rééducation” ne menacent pas que les musulmans ?

Les autorités chinoises avaient d’abord nié l’existence de ces camps, mais en septembre 2018, elles ont entrepris de les légitimer comme un moyen de lutter contre l’islamisme. Pékin parle depuis de « centres de formations ». Avec les Xinjiang Papers, publiés par le New York Times en novembre 2019, des informations de grande portée sur le système des camps et les violations des droits humains commises en son sein sont tombées dans le domaine public.

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En septembre 2020, les autorités chinoises ont décrit que près d’1,3 million de personnes avaient été « formées » chaque année entre 2014 et 2019, relaie le média chinois South China Morning Post.

La “critique honnête” face à la solidarité amicale

La ville de Nuremberg sait également que le gouvernement chinois réagit généralement avec mécontentement aux critiques concernant sa politique dans la région ouïghoure. C’est pourquoi le maire de Nuremberg, Marcus König, est conscient qu’il pourrait y avoir une “réaction à l’attribution du prix” en Chine. Il a souligné que Nuremberg entretient depuis de nombreuses années des relations amicales avec le peuple chinois et notamment avec sa ville jumelle Shenzhen. C’est précisément pour cette raison, a-t-il dit, que la municipalité s’est sentie obligée de faire cette critique honnête. “Parce que, surtout entre amis, on doit pouvoir se dire la vérité”, a expliqué le maire de Nuremberg.

Sayragul Sauytbay, qui a déjà déclaré qu’elle accepterait le prix, ne devrait pas se soucier de tels soucis. Elle pourra recevoir le prix international des droits de l’Homme de Nuremberg de 2021 lors d’une cérémonie officielle, bien qu’en raison de la pandémie, celle-ci n’aura lieu que le 15 mai 2022.

Robin Roth
Rédacteur en chef de Novastan

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