Tous nos contenus en accès illimité !

Abonnez-vous

X

Le président kirghiz lance une enquête sur les émeutes à Och de 2010 Novastan | Le président kirghiz lance une enquête sur les émeutes à Och de 2010
Och Kirghizstan Pogroms Enquête

Le président kirghiz lance une enquête sur les émeutes à Och de 2010

Le 15 avril dernier, Sadyr Japarov a lancé une enquête relative à l’implication de fonctionnaires du gouvernement intérimaire dans le conflit interethnique ayant eu lieu à Och en juin 2010. Une décision hautement politique.

C’est une enquête qui sent déjà le soufre. Le 15 avril dernier, le président kirghiz Sadyr Japarov a demandé au Comité d’État pour la Sécurité Nationale (GKNB), les services de sécurité kirghiz, de mener une enquête sur les évènements de Och ayant eu lieu en juin 2010, décrit le média kirghiz Kaktus.

Novastan est le seul média en français et en allemand spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir en vous abonnant, en réalisant un don défiscalisé à 66 %, ou en devenant membre actif par ici.

Ces évènements sont encore frais dans les mémoires au Kirghizstan. Du 10 au 14 juin, deux mois après la deuxième révolution kirghize depuis son indépendance, des émeutes éclatent dans le sud du pays, à Och et à Djalalabad. Au cœur des violences se trouve un conflit interethnique entre des populations d’origine kirghize et celles d’origine ouzbèke.

Lire aussi sur Novastan : 10 ans après, 9 questions sur les émeutes d’Och

Le bilan des victimes est, encore aujourd’hui, l’objet d’une controverse. Selon le rapport de la commission d’enquête internationale et indépendante chargée par le gouvernement intérimaire kirghiz de faire la lumière sur les évènements, 470 personnes auraient été tuées. Le correspondant au Kirghizstan du média russe Komsomolskaïa Pravda évoque, quant à lui, un bilan supérieur à 1 000 décès.

Certains participants aux pogroms côté kirghiz portaient des uniformes et des armes de l’armée kirghize, comme l’a indiqué l’ONG Human Rights Watch, ce qui questionne le contrôle de ces armes et uniformes par l’armée et le gouvernement.

Roza Otounbaïeva dans le collimateur

Pour cette enquête interne au Kirghizstan et plus de dix ans après les faits, le nouvel homme fort du Kirghizstan, renforcé par les résultats du référendum constitutionnel lui donnant de plus grands pouvoirs, cherche à vérifier l’implication de fonctionnaires du gouvernement intérimaire, alors présidé par Roza Otounbaïeva (2010-2011). Cette dernière est arrivée au pouvoir après le départ de Kourmanbek Bakiev (2005-2010) qui, avec ses partisans, a fui le pays en avril 2010.

Lire aussi sur Novastan : Témoignages : 5 ans après les armes, le silence

En juin 2020, pour les dix ans de commémoration des évènements, Roza Otounbaïeva avait affirmé auprès de Radio Azattyk, la branche kirghize du média américain Radio Free Europe, qu’une nouvelle enquête était nécessaire. « Ces grands événements seront étudiés à l’avenir, des recherches seront menées. Si ce n’est pas nous, d’autres s’intéresseront à la recherche », avait-elle décrit, relaie le média kirghiz Kloop.kg.

Une enquête politique

Plus précisément, l’enquête du Comité d’État pour la Sécurité national portera sur l’alinéa 4 de l’article 304 du code pénal kirghiz. Ce dernier concerne l’abus de pouvoir de la part des fonctionnaires, que cela soit en vue d’obtenir des avantages pour eux-mêmes, d’autres personnes ou des groupes criminels, ou alors que leurs actes causent des dommages importants.

Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire en cliquant ici.

Cette enquête officielle menée par les services de sécurités kirghiz et lancée par le président lui-même intervient dans un contexte particulier. Dès le 3 avril dernier, Sadyr Japarov a demandé au GKNB d’examiner des documents sur les évènements d’Och, comme l’a relevé l’agence kirghize 24.kg.

Dès novembre 2020, dans une interview à une chaîne de télévision kirghize, Sadyr Japarov avait estimé que la présidente Roza Otunbayeva et le procureur général de l’époque Baytemir Ibraïev devaient être tenus pour responsable des émeutes, relaie le média kirghiz Kyrgyz Today. Alors candidat à la présidentielle après avoir été nommé président par intérim, Sadyr Japarov a affirmé que le service de sécurité national « prévenait chaque jour le président et le procureur général qu’il y aurait un bain de sang à Och » et qu’aucune mesure n’a été prise pour endiguer les tensions.

Chloé Pagliccia
Rédactrice pour Novastan

Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anonymement à ce questionnaire ou nous envoyer un email à redaction@novastan.org. Merci beaucoup !

Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *