Sur la route, de Tachkent à Rome

Ancien designer, à présent « balourd » et baroudeur, Stepan Litvinov a regagné Rome en auto-stop depuis sa ville de résidence, Tachkent. Il était l’invité de la neuvième conférence TЧК talks dans la capitale ouzbèke, pendant laquelle il a partagé le récit de ses voyages et de ceux dont il rêve.

Un peu de Steve Jobs dans la tête et de Jack Kerouac dans les jambes, Stepan Litvinov n’est pas un homme ordinaire. On le croise au détour d’une route, le pouce levé, le sac bien rempli et les godasses ternies par la terre. Il est revenu se poser quelques jours à Tachkent, avant de reprendre la route.

Son odyssée commence en 2012, alors qu’il est en Israël. Stepan se retrouve, un peu par hasard il faut le dire, au concert de son groupe préféré, les Red Hot Chili Peppers. Quand le batteur lance sa baguette dans la foule, c’est Stepan qui l’attrape, bouche bée. Il n’en revient pas. C’est à ce moment que lui est venue l’idée que rien n’est impossible. Sa phrase préférée, aussi : “Tout est possible”, comme il l’a répété plusieurs fois pendant son interview.

Depuis, il a traversé monts et mers dans des quatres-roues embarquées à la volée. Pendant l’été 2014, Stepan et sa femme Yuliya ont décidé de prendre des cours de polonais en Pologne. Ne voulant pas claquer tout leur argent dans des billets d’avion, ces grands enfants ont décidé de voyager par auto-stop. Cette idée en l’air est aujourd’hui devenue un projet solide, qu’ils ont renommé « Ouzbek à l’état sauvage ».

Les conferences TED a Tachkent Ouzbekistan

« Tout est né en route », explique Stepan, qui vit de surprise en surprise. Stepan et Yuliya ont d’abord traversé l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, la Russie et la Biélorussie. Avec une tente sur le dos, qu’ils n’ont jamais dépliée.  

L’aventure s’est prolongée plus loin que prévue, de Pologne jusqu’à la nouvelle case d’arrivée : Rome. A Prague, Stépan rencontre un homme dont le souvenir reste vif. « Il était humanitaire dans un pays d’Afrique. Quand on s’est rencontrés, il était en vacances », confie-t-il. « Cet homme avait décidé de louer la moitié de sa maison à des touristes, et de réserver l’autre moitié à des voyageurs plus téméraires, de passage pour un ou deux jours. Avec l’argent de la location, il nous nourrissait. »

Il voyage en autostop depuis Tachkent

Plus tard, Stepan et sa femme sont revenus main dans la main à Moscou, toujours en stop. Là, Yuliya a laissé Stepan: il continuera seul son voyage. Mordu, mais surtout persévérant, il veut inspirer ses pairs à réaliser leurs rêves. « Il n’y a pas de liste universelle des choses qu’il faut prendre avec soi », dit Stepan après quelques instants de réflexion. « Mais prenez au moins une carte », s’empresse de rajouter Yuliya, un peu plus prudente.

Une telle aventure ne vient pas sans ses obstacles. A Berlin, Stépan et Yuliya se retrouvent à la rue. « Nous avions envoyé 50 demandes sur Couchsurfing, mais une seule personne avait répondu », regrettent-ils. « Et au moment de la rencontre, il n’est jamais venu. Nous avons attendu quelques heures, puis nous nous sommes décidés pour le métro. Là, au moins, il fait chaud. » Chassés par la police, ils devront pourtant se contenter d’une nuit d’hôtel, pas incluse dans leur mini budget.

Tachkent accueille des TED talks

« Sur la route c’est la même vie que dans la ville. En fait, c’est même moins dangereux », raconte Stepan à ceux qui s’inquiètent. « La route se trace sous les pas du voyageur. » A 26 ans, Stépan a renoncé à planifier sa vie; il a perdu, aussi, le sens du temps.

« La route vous changera, il faut s’y préparer », accorde-t-il sans le moindre regret. Surtout un voyage comme le sien, nourri d’échanges et de sourires. Revenu à Tachkent, Stepan avoue qu’il s’enlise dans la routine. Il attend avec impatience ses nouveaux départs, normalement pour la Chine et l’île Bornéo. En auto-stop, évidemment.

A long terme, il souhaite devenir musicien, construire trois maisons dans le monde entier pour les voyageurs comme lui, et… voler dans l’espace. Et pourquoi pas? Toutes les routes mènent à Rome.

Dana Oparina

Relu par Marion Biremon

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