Poutine et Mirzioïev sur la tombe de Karimov

L’Ouzbékistan au test de la succession présidentielle

Le co-fondateur du Centre d’Études sur la Chine et l’Asie centrale « Synopsis » situé au Kazakhstan, Daniyar Kosnazarov, analyse comment la succession en Ouzbékistan peut influer sur l’ensemble de la région. La Rédaction de Novastan a traduit du russe cette analyse de la transition ouzbèke vue depuis le Kazakhstan.

Tous les pays centrasiatiques veulent en ce moment se rapprocher de l’Ouzbékistan. Les pays voisins cherchent à profiter de la mort d’Islam Karimov et de sa succession pour repartir sur de nouvelles bases, ou pour éviter de mauvaises surprises à venir. C’est notamment le cas du Tadjikistan qui souhaite profiter de cette opportunité pour régler un certain nombre de questions en suspens avec son voisin le plus proche.

Russie-Chine : ‘business as usual’ pour Tachkent

Pour des pays tels que la Chine ou la Russie, la question n’est pas de « remettre à plat » leurs relations avec Tachkent, mais de poursuivre sur la voie lancée par le défunt Président Karimov. Pour autant, ces pays apprécieraient que le nouveau Président ouzbek se tourne vers eux et soutiennent leurs initiatives. La future participation de l’Ouzbékistan au sein de l’OTSC est vivement souhaitée. De même que la fin du refus ouzbek quant à la création d’une nouvelle zone de libre-échange entre les pays de l’Organisation de Coopération de Shanghai. Pour le moment, il apparaît clair que Moscou et Pékin ne cherchent pas à faire en sorte que Tachkent penche d’un côté ou de l’autre afin de ne pas dégrader leurs propres relations bilatérales. Sur cette base, la rivalité entre Russie et Chine peut servir les intérêts de l’Ouzbékistan si ce pays décide de poursuivre la politique étrangère menée par Karimov à court et à moyen terme.

Dans la région, beaucoup s’interrogent sur le comportement futur de l’Ouzbékistan. La rupture avec les habitudes diplomatiques prises jusqu’ici paraîtrait très surprenante aux yeux de tous. Mais les récents discours des politiciens ouzbeks montrent qu’ils sont a priori prêts à poursuivre leur rôle de partenaire stratégique auprès des autres pays.

Le Kazakhstan confiant de la bonne continuation des relations avec Tachkent

Il est intéressant d’observer les réactions du côté du Kazakhstan. En effet, Astana a envoyé une délégation économique à Tachkent en vue de renforcer la coopération dans ce domaine. L’amélioration des partenariats économiques et commerciaux est d’une extrême importance pour les pays voisins. Et il est clair que ces intérêts économiques n’attendront pas la désignation par le peuple ouzbek de son nouveau leader.

D’un autre côté, Astana veut profiter de ce moment pour faire en sorte que le nouveau gouvernement se fasse connaître auprès des autres pays. Pour cela, le Kazakhstan est prêt à faire des concessions. De plus, les deux pays souhaitent revenir à leurs relations bilatérales habituelles avec la volonté de travailler ensemble et de développer la coopération. Cela montre que le Kazakhstan ne craint pas de revirements de la part de l’Ouzbékistan et qu’il a confiance dans le fait que les relations se poursuivront comme auparavant.

Cela signifie surtout que le consensus entre les élites à l’œuvre en Ouzbékistan va se maintenir et que des garanties seront données aux partenaires de Tachkent sur le fait qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Et Astana veut aussi montrer à Tachkent qu’il n’y a pas de pause dans leurs relations et qu’il n’est pas nécessaire d’attendre la mis en place du nouveau pouvoir.

Test de la transition réussie pour Tachkent grâce au soutient extérieur de toutes les puissances

Ainsi, le premier test de la succession présidentielle est réussi pour l’Ouzbékistan. Il est pratiquement sûr que les relations entre Tachkent et ses voisins se poursuivront de la même manière qu’avant.

Tachkent a besoin de partenaires. Et l’instabilité dans les affaires intérieures du plus important pays d’Asie centrale n’est pas dans l’intérêt de pays comme la Russie, la Chine ou les autres pays centrasiatiques. Il est important que la situation en Ouzbékistan crée le moins de remous possibles. De plus, il est nécessaire pour ces pays que Tachkent continue à agir face aux problèmes liés au terrorisme et à la situation en Afghanistan.

Les partenaires régionaux de l’Ouzbékistan ne permettront pas que ce pays sombre dans l’abîme ou se déchire dans des conflits interethniques. L’élite politique ouzbèke est expérimentée et sait quelle est la ligne rouge à ne pas franchir. Il est possible que le rapport de force au sein de l’élite ouzbèke évolue dans les années à venir. Mais Tachkent continuera de remplir ses obligations vis-à-vis de ses partenaires en vue de faire face aux menaces communes. Le futur Président ouzbek est toutefois attendu sur d’éventuelles nouvelles approches concernant les questions régionales telles que la gestion de l’eau et de l’énergie, les problèmes frontaliers, mais aussi concernant les secteurs du transport et de la logistique.

Cet article est également disponible en langue russe sur le site Vlast.kz.

Daniyar Kosnazarov

Traduit du russe par Jérémy Lonjon, rédacteur en chef de Novastan.org

 

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