Ministre Justice Rouslabek Davletov Locaux Genève

Les missionnaires, une menace pour la paix religieuse en Ouzbékistan ?

L’Ouzbékistan a décidé d’interdire les activités des missionnaires religieux sur son territoire. Une mesure radicale qui vise à éviter les divisions au sein de la société ouzbèke.

Novastan reprend et traduit un article initialement paru sur Fergananews.

Les activités des missionnaires et le prosélytisme religieux sont désormais proscrits en Ouzbékistan. C’est ce qu’a rappelé le ministre de la Justice ouzbek, Rouslanbek Davletov, au cours d’une conférence de presse à Washington en juillet dernier.

Le ministre a justifié les raisons d’une telle interdiction en déclarant que de tels phénomènes conduisent inévitablement à une comparaison des religions entre elles, ce qui peut mener à des dissensions au sein de la société ouzbèke.

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« De nombreux experts, quand ils viennent en Ouzbékistan, disent que nous devrions supprimer cette interdiction. Mais c’est un point fondamental pour nous. Cette interdiction joue un rôle central dans la préservation de la tolérance et de l’harmonie interethniques, de la coexistence pacifique et stable des religions », a ajouté Rouslanbek Davletov.

Une relative ouverture religieuse

Selon le ministre, seize confessions sont présentes aujourd’hui en Ouzbékistan et 2 256 organisations religieuses sont recensées, dont 175 organisations chrétiennes, huit communautés juives, une communauté dévouée à Krishna, un temple bouddhiste et beaucoup d’autres.

Rouslanbek Davletov a admis que, dans les années qui ont suivi l’indépendance, face au terrorisme international et à l’extrémisme religieux, certaines restrictions sur les activités des organisations religieuses ont été mises en place et ont alors porté atteinte aux droits des citoyens, notamment par l’utilisation de méthodes illégales d’interrogatoire.

Mais aujourd’hui, la situation a radicalement changé : le président Chavkat Mirzioïev a lancé une politique de transparence et a soulevé la question de la torture dans les prisons. Il a pris des mesures pour équiper de caméras les unités d’investigation de la police et les établissements pénitentiaires, ce qui devrait protéger prévenus et détenus contre la torture et les traitements dégradants.

En matière de politique religieuse, l’Ouzbékistan adhère à des normes et standards internationaux autorisant certaines restrictions sur des sujets précis. Par exemple, le ministère de la Justice continue d’insister sur l’interdiction de circuler dans des lieux publics le visage entièrement dissimulé, mais uniquement pour des raisons de sécurité.

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Dans le même temps, le ministre de la Justice a souligné que le port du voile n’est interdit formellement par aucune loi et que le port de la barbe n’est pas non plus interdit par la loi, ceci n’empêchant toutefois pas que des restrictions puissent être instaurées dans le code vestimentaire interne d’une entreprise, par exemple.

Des changements de grande ampleur

Selon les mots du ministre, le plus important est que la conscience du peuple est en train de changer dans l’Ouzbékistan moderne. Et, dans ce contexte, les réseaux sociaux sont devenus l’outil le plus efficace pour dialoguer avec le gouvernement.

Sous le règne d’Islam Karimov, le premier Président ouzbek, les chefs religieux, et en particulier islamistes, ont souvent été victimes de persécutions. De nombreux mouvements ont été supprimés, des leaders islamiques ont été mis en prison, beaucoup ont disparu sans laisser de trace et une partie a fui le pays.

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Selon des groupes de défense des droits de l’Homme, le nombre total de personnes condamnées pour extrémisme religieux ou participation à des organisations religieuses interdites serait de 5 000 à 15 000 personnes.

Avec l’arrivée au pouvoir de Chavkat Mirzioïev en Ouzbékistan, une série de changements de grande ampleur a été initiée et leurs effets sur la vie religieuse du pays se font sentir. En septembre 2017, le nouveau leader ouzbek, prenant la parole à l’Assemblée générale des Nations unies, a déclaré qu’il fallait promouvoir l’essence humaniste de l’islam, qualifiant la religion musulmane de « grande foi » et soulignant l’importance des enseignements de son prophète pour l’Ouzbékistan.

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Un pan entier de la stratégie de développement de l’Ouzbékistan pour 2017-2021 est consacrée à la promotion de la tolérance religieuse. Elle prévoit la réhabilitation d’anciens extrémistes religieux, une simplification de la procédure d’enregistrement des organisations religieuses, la conduite de recherches en théologie et des facilités d’accès aux pèlerins souhaitant se rendre en Ouzbékistan.

Traduit du russe par Baptiste Longère

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