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Des voitures chinoises bientôt produites en Ouzbékistan

Longtemps soumise à une politique protectionniste, l’économie ouzbèke s’internationalise aujourd’hui de plus en plus. Dernier bastion de résistance, le secteur automobile semble doucement s’ouvrir à son tour en multipliant les accords de vente et de production, comme en témoigne la construction annoncée d’une usine destinée à produire des voitures de marque chinoise.

Le 13 mai dernier, l’agence nationale d’information d’Ouzbékistan (OuzA) a annoncé la construction d’une usine de la coentreprise Navoï-motors sur le territoire de la zone économique libre de Navoï, dans le centre du pays. Contrairement à ce qui a été annoncé par l’OuzA, la coentreprise n’est pas ouzbèko-iranienne mais bien ouzbéko-autrichienne et produira des voitures Oshan, marque de l’entreprise chinoise Chagan.

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Khabib Abdoullaïev, directeur de la zone économique libre de Navoï, a expliqué au média russe Fergana News que le malentendu était dû au fait que l’entreprise était actuellement dirigée par des personnes de nationalité iranienne.  

Bientôt des voitures chinoises sur les routes ouzbèkes

Ce projet s’élève à plus de 12 millions de dollars (un peu plus de 11 millions d’euros) et devrait changer radicalement le paysage automobile du pays, selon l’OuzA. Une fois la construction terminée, il est prévu d’y assembler des voitures utilitaires Oshan qui seront ensuite vendues sur le marché intérieur ouzbek. “Le marché intérieur a besoin d’un approvisionnement en voitures de tourisme, telles que des SUV modernes, des camionnettes, des minifourgonnettes”, explique le technologue en chef de l’entreprise, Afchin Chokiriy.

200 nouveaux emplois, dont 95 % seront attribués à des citoyens Ouzbeks selon la législation nationale en vigueur, seront créés afin de pouvoir produire 25 000 véhicules par an, a rapporté Khabib Abdoullaïev à Novastan. Une partie de cette production sera exportée à l’étranger. “Au moins 30 % des voitures seront exportées, la plupart vers les pays de la région”, a également confié Khabib Abdoullaïev. Pour le moment, la construction du site industriel est à l’étape de la cimentation et du terrassement. En dépit de la pandémie actuelle de Covid-19, les travaux de construction devraient être finis dans les temps.

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La livraison de certains équipements nécessaires à la construction a été retardée jusqu’à deux mois, informe Khabib Abdoullaïev à Novastan, “mais les Autrichiens espèrent rattraper  ce retard, il y a donc de fortes chances que l’usine soit ouverte avant la fin de l’année”.

Une ouverture facilitée par les zones économiques libres

L’emplacement choisi est stratégique car il est situé dans la zone économique libre de Navoï. Il s’agit de la première et de la plus importante zone de ce type ouverte par le pays. Créée en 2008 dans la région de Navoï, elle représente aujourd’hui une superficie de 645 hectares et compte plus d’une trentaine d’entreprises. Les industries situées dans cette zone bénéficient d’avantages douaniers et fiscaux ainsi que des mécanismes de simplification de procédure. Ces avantages incitent les entreprises nationales et étrangères à s’y installer, créant ainsi un véritable cluster riche en ressources et main-d’œuvre qualifiée participant activement à l’ouverture du pays. 

Attirer les investissements étrangers semble être devenu une priorité de la politique économique de l’Ouzbékistan. Les zones économiques libres ont un rôle important dans ce processus d’ouverture. L’objectif de ces zones, et notamment de celle de Navoï, selon l’OuzA, est de créer des entreprises de haute technologie répondant aux normes internationales et recherchées sur les marchés mondiaux, attirant les investissements étrangers, principalement les investissements directs. 170 millions de dollars (environ 158 millions d’euros) auraient déjà été investis dans la région de Navoï, dont 40 % seraient des investissements directs. 

Un marché très convoité 

À l’instar de Changan, Volkswagen a également annoncé en mars dernier avoir commencé à produire des voitures en Ouzbékistan, dans la zone économique libre de Jizzakh. Cela a été rendu possible dans le cadre d’un accord entre Uzavtosanoat et Volkswagen Group Rus autour de la production et la vente de deux modèles Volkswagen Caddy. L’objectif de production a été fixé à 20 000 unités par an. Volkswagen Group Rus fournira de nouvelles technologies et processus de fabrication, ainsi que la formation des employés. L’usine fonctionnera selon les normes du groupe Volkswagen pour ce qui est de la gestion de la production, de la qualité, des achats, de l’approvisionnement et des ventes. 

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Pour Changan, Volkswagen, et les autres producteurs automobiles étrangers, l’Ouzbékistan représente un grand potentiel de développement industriel. Ce pays de plus de 34 millions d’habitants est à la fois une aire de production qualifiée et peu coûteuse mais également un marché en pleine expansion. “Le marché automobile de l’Ouzbékistan se développe de manière dynamique et présente un grand potentiel de croissance dans tous les segments”, a affirmé en mars dernier Markus Ozegovich, directeur général du groupe Volkswagen Rus, selon le rapport de l’entreprise Uzavtosanoat.  

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Fermé encore très récemment, le secteur automobile ouzbek s’ouvre aujourd’hui de plus en plus aux propositions étrangères. Les voitures de la marque UzAuto Motors, détenue par l’État ouzbek, restent cependant toujours hégémoniques dans le pays. “Le lancement de l’usine influencera le marché local, mais de manière modérée car elle ne produira que 25 000 véhicules par an, pendant que GM Uzbekistan en produit 250 000 annuellement”, rapporte Khabib Abdoullaïev à Novastan. Si l’installation de groupes étrangers ne révolutionne pas brutalement le marché automobile ouzbek, il peut toutefois être constaté un début de renouvellement, avec notamment Volkswagen à la production de véhicules de loisirs, et Changan à celle de véhicules utilitaires.

Tanguy Martignolles
Rédacteur pour Novastan

Relu par Anne Marvau

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