Sex Shop Kirghizstan

Travailler dans un sex-shop au Kirghizistan

Travailler dans un sex-shop au Kirghizstan reste une activité professionnelle quelque peu atypique. Récit de ces vendeurs qui en voient de toutes les couleurs. 

Cet article a été publié originalement sur Kloop.kg.

Deux vendeurs des sex-shops ‘LoveTime’ racontent, sous couvert d’anonymat, ce que les habitants de Bichkek achètent, certains clients souhaitant notamment tester ces produits directement dans le magasin…

Vendeur dans un sex-shop la semaine, magasin LoveTime1

La plus grande difficulté dans la vie des vendeurs des sex-shops est sûrement d’expliquer ce qu’est un clitoris artificiel dans la langue kirghize. Il est plus facile d’expliquer l’organe masculin. Néanmoins, on explique rarement sans argot l’un et l’autre.

De nombreux clients achètent des jouets tels que des vagins artificiels. Une fois dans le magasin on est venu acheter un vagin artificiel pour un berger pour, comme l’a expliqué l’acheteur, qu’il ne fasse pas souffrir le bétail !

La plupart de nos clients sont des gens pacifiques et civilisés. Cependant, il arrive que nous ayons des personnes arrogantes, n’appréciant pas les réponses données. On leur annonce ainsi que la commande sera disponible seulement dans trois heures, car le coursier n’est pas dans la ville. En réponse à cela, nous recevons un long monologue sur le développement du business, le bon marketing, et des cours de diplomatie pour les vendeurs scélérats, qui ne pensent pas aux clients. Finalement, le coursier remet la commande à l’adresse en trois heures.

Certaines personnes ont une étrange idée des sex-shops et des principes de leur fonctionnement. Ils pensent que nous avons la possibilité de tout essayer gratuitement, que les vendeurs doivent être des gourous du sexe dans des lanières en cuir et soutien-gorge. C’est pourquoi, regardant les exemples devant le rideau rouge, qui concernent seulement les femmes et de la lingerie pour la partie supérieure du corps, des clients surexcités, principalement masculins, montrent sa tête et produisent des mugissements, avec l’espoir d’une approbation du produit. Nous les dupons avec joie.

Nous sommes très contents des questions des adolescents sur (le compte professionnel du magasin) WhatsApp : «Si tu donnes à une femme  un stimulant sexuel, mais il s’avère qu’elle n’aura pas de relation sexuelle, que faire ? ». C’est très simple ! Je n’ai pas pu résister et ai écrit : « la femme mourra, tu mourras et nous mourrons tous un jour ». Nous avons rigolé tous ensemble.

Le plus drôle qu’on nous ait demandé est un autocollant pour simuler la virginité. Nous n’en avions jamais entendu parler, mais l’homme était persuadé que cela existait vraiment. Nous l’avons envoyé sur le bazar de la ville, peut-être qu’il en a trouvé un…

Un expert en vente de biens immobiliers nous a donné des conseils utiles en vente et pendant une heure a choisi chacun des cinq exemplaires de parfums avec des phéromones, nous assurant qu’ils étaient tous différents. Une heure de conseils coûte 36 soms, avec le salaire du consultant. Néanmoins, compte tenu du coût des parfums et de l’obstination de l’expert, son avis était bien plus cher!

Nous sommes contents des avocats, des clients fréquents : ils essayent de rendre les vibrateurs ! Au final nous avons vraiment des gens très différents qui viennent dans notre magasin.

Le magasin LoveTime 2

Des gens très étranges viennent … Une fois un homme a acheté un appareil pour agrandir son pénis. Et que pensez-vous ? Malgré la présence d’une caméra, il n’a pas hésité à enlever son pantalon et a commencé à utiliser l’appareil. Je me suis indigné, lui ai rappelé la caméra, et il s’est calmé.

Une autre fois sont arrivées deux personnes, une femme plus âgée et un homme d’âge moyen. Il s’est avéré que c’était la mère et le fils. La mère a acheté à son fils un vagin artificiel. Je me rappelle encore de sa phrase : « Ça te plaît ? ». Et il lui a répondu, hésitant : « Oui, maman ».

Beaucoup font des cadeaux à leurs amis. Nous avons habituellement à la période des fêtes un afflux de clients. Ils choisissent en toute hâte, ne savent souvent pas ce qu’ils achètent, et offrent parfois cela comme une plaisanterie. Offrir cela comme une plaisanterie est très répandue parmi la jeunesse. Mais qui sait, peut-être ment on sur le fait que cela soit une plaisanterie ?

Parfois viennent des moralistes. Il y a juste à côté une station de lavage, et au lieu de notre bureau, il y avait autrefois une salle d’attente, alors qu’il y a maintenant un sex-shop. Les gens sont surpris : « Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qu’il y a dans le magasin ? Quel est votre travail ? Mais c’est permis au Kirghizistan ? ».

Oui, c’est légal au Kirghizistan. Tout se passe bien avec l’Etat, nous payons toujours nos impôts à temps, faisons notre comptabilité. Selon la législation, un tel business n’est pas interdit, donc tout est légal. Dans le magasin, il n’y a rien d’interdit, par exemples des films pornos. Du côté de la publicité, nous n’enfreignons pas la loi. Pour la publicité extérieure, nous avons même un site internet.

Des querelles se produisent, mais nous expliquons aux mécontents ce dont il s’agit, et quelques-uns deviennent même nos clients.

Je suis arrivé à ce travail facilement. J’ai trouvé sur Internet cet emploi vacant et suis venu à l’entretien. Ensuite on m’a formé. Les vendeurs doivent savoir ce que sont les produits et comment les utiliser. Je travaille ici depuis déjà deux ans. Le salaire est attrayant, 20 000 soms et plus; de toute façon, le travail est peinard et le lieu calme. Nous avons beaucoup de temps libre. Chaque jour viennent 10-15 clients, ce n’est pas comme dans les supermarchés – c’est beaucoup plus tranquille.

Nous ne testons pas les produits et je doute qu’il y ait une telle profession au Kirghizistan, celle de testeur. Nous vérifions seulement les malfaçons. La marchandise vient principalement de Chine, mais aussi de trois autres fournisseurs, des Emirats Arabes Unis, des Etats-Unis et de France. Parmi les pays de la CEI, nous avons seulement des produits de Russie, et en petite quantité, essentiellement des produits stimulants.

Nous voyons très souvent des couples, venus choisir ensemble. Souvent ils se disputent, décident et se consultent. Ce sont souvent des couples qui veulent diversifier leur vie sexuelle. Il y a également des clients habituels. On vient très souvent avec reconnaissance.

Il y a évidemment un livret de travail. Il y est simplement écrit vendeur-consultant. Nous sommes des vendeurs-consultants : pas de différence avec les autres magasins.

Mes amis et familles ne savent pas tous, où je travaille. Oui, je n’aime pas l’afficher. Mais ne pensez-pas que je suis gêné, c’est simplement un travail. Je suis le même vendeur, que celui qui est assis derrière le comptoir de votre supermarché. Je pense que c’est la même situation pour les autres vendeurs.

Dans une telle sphère, je pense que personne n’y reste « pour toujours », à part les patrons peut-être. J’y travaillerai encore 6 mois. Simplement, ce n’est pas ma spécialité, ce sont encore mes années étudiantes, je finirai l’université et arrêterai de travailler ici. Ce n’est pas que je n’aime pas ou que ce ne soit pas agréable, je veux simplement avoir une autre profession plus tard.

Cet article publié originalement sur Kloop.kg a été traduit du russe par Léa André pour Novastan.

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