Quel avenir pour l’Asie centrale avec Donald Trump ?

Le 20 janvier 2017, Donald Trump est devenu officiellement le 45ème président des États-Unis d’Amérique. Des déclarations contradictoires en matière de politique étrangère amènent à se poser la question du futur de l’influence de Washington dans le monde, tout particulièrement en Asie centrale.

La rédaction de Novastan, avec l’aimable autorisation de l’Institut français d’Études sur l’Asie centrale (IFEAC), reprend ici un article rédigé par Iliyas Mamadyarov, assisant scientifique de l’IFEAC. Cette note met en perspective les différents avis d’experts de la région quant à l’influence future de la première puissance mondiale en Asie centrale après l’élection de Donald Trump.

Pour la communauté internationale comme pour le public américain, la question principale qui se pose, depuis la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, est de savoir si le magnat des affaires va mettre en oeuvre la promesse qu’il a faite au cours de sa campagne électorale de 2016. En effet, en employant des propos flatteurs à l’adresse du président russe (minorés depuis par son futur chef de la diplomatie), en parlant d’un retrait des appuis financiers à l’OTAN, en critiquant les pratiques économiques de la Chine, en évoquant une concentration majeure sur la politique intérieure des États-Unis, Donald Trump a fait de nombreuses promesses qui invitent le monde entier à observer de près ses futures démarches dans le Bureau ovale.

Le 45ème président des États-Unis, Donald Trump

La question se pose donc de savoir quel impact aura la politique du milliardaire américain sur l’Asie centrale au cours de ses 4 années de présidence. Cet article cherche à fournir un éclairage sur ce point à travers l’analyse des avis de quelques experts de la région.

La constance de la politique américaine en Asie centrale

Bien que les discours de Donald Trump soient souvent qualifiés d’« incohérents » pour ce qui est de la politique étrangère des États-Unis, plusieurs spécialistes d’Asie centrale se mettent d’accord sur la continuité de la politique américaine sous sa direction envers les 5 pays centrasiatiques.

Ainsi, le politologue kirghiz, Alexandre Knyazev, croit que, malgré l’imprévisibilité des plans d’action de Donald Trump à la Maison Blanche, la politique américaine n’apportera pas de grands changements dans la zone. Comme l’affirme Knyazev, les intérêts américains en Asie centrale ont été plus ou moins stables au cours de la dernière décennie. Ensuite, l’Amérique sera essentiellement présente dans la région pour faire contrepoids à l’influence de la Russie et de la Chine.

Dernier point et non des moindres : il semble que l’implication américaine dans la région centrasiatique ne baissera pas, en particulier du fait du « facteur afghan ». Pour Mirzohid Rahimov, professeur à l’Université nationale d’Ouzbékistan, l’Afghanistan représente pour les États-Unis une zone clé pour développer la communication entre l’Asie centrale et l’Asie du sud.

Un des supporters de Donald Trump : "La majorité silencieuse soutient Trump."

Dans la même logique, le numéro 2 du parti social-démocrate du Tadjikistan, Chokirjon Khakimov, pense que les États-Unis ne modifieront pas leur position en Asie centrale. D’après lui, la politique étrangère américaine se déploie de façon cohérente en dépit des changements d’administrations à Washington.

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C’est également ce que dit la spécialiste kazakhstanaise, Anna Goussarova. Elle soutient en effet qu’à part certaines « accentuations » dans la trajectoire politique, le rôle des États-Unis en Asie centrale ne sera pas sensiblement modifié. Se réalisant dans le cadre de « soft power », la politique américaine en Asie centrale continuera de promouvoir les valeurs de la démocratie, élément primordial dans la politique étrangère des États-Unis.

Une réduction de la présence américaine par rapport aux autres puissances régionales

Parallèlement à l’hypothèse de la permanence, un autre groupe d’experts mise plutôt sur une diminution du rôle américain en Asie centrale. Il s’agirait alors d’un recul des États-Unis face à l’intérêt croissant, notamment de la Russie et de la Chine, pour les pays centrasiatiques.

Par exemple, l’expert ouzbek sur l’Asie centrale, Akhmed Rahmanov, fait valoir que les États-Unis ont pris leurs distances par rapport à la région au cours des dernières années. Ainsi, Washington, d’après Rakhmonov, suivra un schéma qui laissera un espace plus large aux Russes et aux Chinois.

Un tel espace pourrait, entre autres, renforcer la coopération existante des organisations intergouvernementales régionales comme, par exemple, l’Organisation de coopération de Shanghai, constate Vladimir Paromonov, directeur du centre analytique Eurasie centrale en Ouzbékistan.

Dans la même veine, le politologue kazakhstanais, Zamir Karajanov, affirme que les États-Unis vont privilégier une politique isolationniste sous la direction de l’administration de Donald Trump. En conséquence, la première superpuissance mondiale pourrait réduire sa présence en Asie centrale. Zamir Karajanov ajoute qu’au vu de l’ampleur des projets américains existants dans la région, surtout dans le domaine de l’éducation et de l’aide humanitaire, il sera difficile de calculer l’effet du retrait des États-Unis.

Donald Trump en meeting dans le Nevada en 2016

De son côté, le coprésident du club des experts du Kirghizstan Pikir, Igor Chestakov, fait valoir que les ONG régionales doivent s’attendre à une réduction des financements américains. Selon lui, cela pourrait éliminer considérablement la probabilité d’occurrence de nouvelles « révolutions colorées ».

La plupart des experts centrasiatiques font l’évaluation de la situation à travers le prisme de la Russie, de la Chine et de la crise en Ukraine. C’est le cas d’Emil Djuraev, professeur de sciences politiques à l’Université américaine d’Asie centrale. Pour lui, Donald Trump pourrait réduire les ambitions américaines en Ukraine, ce qui, en retour, pourrait créer une ambiance moins tendue pour ce qui concerne la présence américaine en Asie centrale.

Par ailleurs, l’experte américaine, Sara Dorr fait valoir que la politique des États-Unis en Asie centrale sera mise en oeuvre à travers la position adoptée par Washington vis-à-vis de la Chine et de la Russie. Pour elle, l’Asie centrale, en tant que région, ne représente pas un intérêt particulier pour les Américains. Les 5 pays d’Asie centrale pourront attirer l’attention des États-Unis si la combinaison des influences des puissances régionales (Chine et Russie) venaient à évoluer.

En guise de conclusion

Il est vrai qu’au vu des propos tenus par le nouveau président des États-Unis concernant sa politique étrangère, souvent taxés d’incohérence, il devient de plus en plus difficile de mesurer quelles seront les répercussions de la politique de l’ex-magnat d’affaires dans le monde entier, y compris en Asie centrale.

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Il importe donc de suivre de près les projets que Donald Trump envisage pour la région, au moins dans un avenir proche, ainsi que le développement de ses propres « affaires » en Asie centrale.

Iliyas Mamadyarov, assistant scientifique de l’IFEAC

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