Souloukta accident mine charbon Kirghizstan

Kirghizstan : quatre morts dans une mine de charbon à Souloukta

Quatre membres d’une même famille ont perdu la vie dans l’une des mines de Souloukta, dans le sud-ouest du Kirghizstan. Si une enquête est en cours pour retracer les conditions exactes de leur mort, il s’agit tout de même d’un accident assez courant dans cette région où le charbon est exploité depuis des centaines d’années.

Le 24 juin dernier, le service de presse du ministère des Situations d’urgence a rapporté que quatre personnes ont perdu la vie dans un accident survenu le 23 juin dans la mine de charbon de Souloukta, située à la frontière entre le Kirghizstan et le Tadjikistan. Dans son post, le service de presse décrit les connaissances qui ont pour le moment été réunies sur cet accident.

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L’identification des victimes est aujourd’hui en cours. Pour l’instant, le ministère des Situations d’urgence a précisé qu’il s’agissait vraisemblablement des membres d’une même famille. Ils avaient entre 19 et 73 ans, trois étaient des hommes, une était une femme. La cause de leur mort est a priori une intoxication due à un gaz toxique. Cette piste est la plus probable : bien des mineurs ont déjà perdu la vite suite à une fuite de monoxyde de carbone. Cependant, la raison de leur présence dans la mine n’a pas encore été élucidée. L’enquête continue donc, et le ministère kirghiz précise que leurs équipes sont allées chercher les corps pour les confier à la morgue de l’hôpital de la ville.

Les accident miniers, lot des habitants de Souloukta

À Souloukta, des habitants perdent chaque année la vie dans les mines de charbon. En décembre dernier, une tragédie similaire avait déjà eu lieu : quatre personnes sont mortes dans une mine de Souloukta, à cause d’un empoisonnement au gaz rapporte Radio Azattyk, la branche kirghize du média américain Radio Free Europe. Outre les empoisonnements, d’autres accidents surviennent tels que l’effondrement de galeries, car il ne s’agit pas d’exploitations à ciel ouvert. En juillet 2018 par exemple, selon Radio Azattyk toujours, un homme est mort après que sa galerie se soit effondrée sur lui à Souloukta. Officiellement, plus de 50 personnes meurent chaque année dans l’ensemble des mines kirghizes. Et il faut rajouter à ce nombre les années d’espérance de vie perdues, car entre accidents du travail et permanente inhalation de poussières, l’organisme des travailleurs est mis à rude épreuve.

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Outre le fait qu’il s’agisse de morts particulièrement violentes, le deuil est difficile pour les familles des victimes. En effet, quand l’absence d’un proche est remarquée, le concours des équipes du ministère des Situation d’urgence est souvent nécessaire pour pouvoir localiser, identifier et extraire les corps. Entre le constat d’une disparition et l’explication des causes de la mort, il y ainsi un délai qui peut être long.

Une longue tradition d’exploitation du charbon

La ville de Souloukta est spécialisée depuis des centaines d’années dans l’extraction du charbon. Le début de son exploitation remonte au Xème ou XIème siècle, et à la fin du XIXème siècle, en 1868, son exploitation industrielle est lancée.

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C’est cependant sous l’URSS que l’exploitation de cette mine atteint son sommet, avant de s’effondrer à l’indépendance, le nombre d’employés dans les mines de charbon passant ainsi de plus de 15 000 personnes en 1991 à seulement 3 000 à 4000 personnes en 2017 comme le rapporte une étude de mai 2019 de la Commission économique pour l’Europe des nations. Plusieurs facteurs viennent expliquer cette chute : des mines dont l’exploitation est trop délicate pour être rentable, l’équipement de plus en plus vétuste, l’absence d’une gestion efficace et cohérente par l’État… Un cercle vicieux s’est en effet créé, l’État kirghiz préférant importer un peu de charbon chaque année, plutôt que d’amorcer la coûteuse rénovation de ses mines. Cependant, la tendance reste à l’augmentation de la production du charbon. En 2010, 47 mines étaient officiellement exploitées, contre 113 en 2017.

Le charbon, enjeu clé du Kirghizstan

Le charbon a toujours compté au Kirghizstan, même si le pays est actuellement en situation de dépendance. En 2018, la valeur de ses exports en charbon s’élevait à 13,3 millions de dollars (soit 11,8 millions d’euros) contre 19,3 millions de dollars (soit 17,1 millions d’euros) pour les importations. Il se situe ainsi bien loin des exportations en charbon de son voisin kazakh par exemple, estimés à 540 millions de dollars (soit 481 millions d’euros) la même année. Et ce, malgré ses importantes ressources en charbon, notamment à Naryn, dans le centre du pays.

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La production de charbon kirghize alimente principalement le Kirghizstan, où la transition des énergies fossiles à l’électricité s’effectue mal. En effet, en 2000 une loi est passée pour interdire l’utilisation de l’électricité pour le chauffage des maisons. Les bâtiments construits après cette date fonctionnent donc au charbon. Ce choix politique a été fait pour soulager la demande en électricité, suite à des pénuries en hiver.

Héloïse Dross
Rédactrice pour Novastan

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