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Kirghizstan – Kazakhstan : la rivière de la discorde

Les Kirghizs de la région frontalière se sont adressés au Zhogorku Kengesh, le Parlement de la République kirghize, pour résoudre ce problème.

 

Selon un accord conclu dans les années 1950, le partage des ressources en eau de la rivière Aspara est géré par la partie kazakhe qui prend pour ses propres besoins une grande partie du volume des eaux. Néanmoins, chaque année, la rive kirghize ne reçoit quasiment plus d’eau de son voisin pendant la période de l’irrigation.

Le lit de l’Aspara partage la région de Panfilov entre l’oblast kirghiz de Tchouisk et la région de Merkin, inclue dans l’oblast kazakh de Jambyl. Les eaux de la rivière proviennent à 80% des glaciers kirghizes.

Selon les populations loales, un protocole portant sur l’utilisation commune des eaux de la rivière a été signé en 1948. Le Kazakhstan recevant un droit à 62% du volume total et le Kirghizistan 38%.

 

Un mécontentement grandissant

 

Tachtanbai Toungatarov, député de Frouzen au sein du conseil de la région de Panfilov, note que les eaux de l’Aspara doivent irriguer 6500 hectares de terres. Hors, ces dernières années, le voisin kazakh fournit de moins en moins d’eau :

« Chaque année, nous soulevons la question, écrivons au Premier ministre, aux députés du Conseil suprême ainsi qu’au vice premier ministre et nous les rencontrons même. Le problème n’est pas résolu. Les gens ont peur de semer et de planter. Les autorités nous disent de cultiver des betteraves à sucre, mais il n’y a pas d’eau. Cette année, le volume d’eau venant de l’Aspara a atteint en tout 40% ; l’année dernièr, elle débordait, son niveau était de 140 %. »

La population exige un partage égal de l’eau entre les régions frontalières, et une participation des citoyens au processus décisionnaire ainsi qu'à la construction d’un réservoir d’eau. Le député poursuit :

« Non loin du village de Tchalbovar, il y a 950 hectares de pâturages. Nous demandons à construire là-bas un réservoir d’eau d’au moins 3 millions de m³.  Ainsi apparaît un espoir vers la résolution de nos problèmes d’eau. Nous ne demandons pas aux autorités de construire quelque chose ou de donner de l’argent ; nous avons plus besoin d’une aide pour monter un projet. Le reste, nous pouvons le faire nous-mêmes. 9000 personnes se nourrissent du travail de la terre, mais, comme autrefois, il n’y a pas ni industries, ni usines. Nous avons besoin d’eau pour l’irrigation. »

 

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La problématique autour de l’Aspara a conduit des députés du Zhogorku Kengesh à travailler dans une commission spéciale en 2012. L’ancien maire et actuel parlementaire de la région de Panfilov Batybek Raiymloukov (groupe « La République-Ata-Jourt ») déclare que cette commission a étudié la question et pris une décision, mais que celle-ci n’a pas été appliquée :

« Nous ne pouvons même pas recevoir la moitié du volume d’eau dont nous avons besoin. Toute l’eau  couvre entre 3 et 5 jours par semaine, la population rencontre des difficultés. La commission formée de députés a étudié cette question et a décidé que l’eau devait être également répartie. La décision correspondante a été transmise au pouvoir et au Ministère des Affaires étrangères mais aucune action n’a été réalisée. Le Cabinet des Ministres a chargé le Ministère de l’Agriculture de faire face à ce problème. Ce dernier évite la question, bien qu’il dise travailler, essayer, etc., si bien qu’aucune décision n’a été arrêtée au sein du Ministère. Le Kazakhstan a obtenu le contrôle total de la répartition de l’eau et la partie kirghize n’a aucune maîtrise du processus de distribution de l’eau. Nous ne savons ni comment elle est partagée, ni combien d’eau nous recevons. »

 

Le Kirghizstan oublié ?

 

L’expert des questions frontalières, Samalat Alamanov, remarque que la majorité des arrangements sur les ressources hydriques à la frontière et leur distribution ont été décidés sous la période soviétique. Ainsi, les intérêts du Kirghizistan n’ont pas toujours été pris en compte. Des problèmes similaires subsistent à la frontière entre l’Ouzbékistan et le Tadjikistan.

D’après le spécialiste, il est indispensable de réviser ces arrangements et de revoir ce qui n’est pas avantageux pour le Kirghizistan :

« A l’époque soviétique, des arrangements ont été instaurés, selon lesquels le Kirghizistan serait orienté seulement vers l’élevage ; au contraire, les pays en aval, de par leur situation,  s’occuperaient de l’agriculture, c’est pourquoi ils avaient besoin de plus grands volumes d’eau. Selon ce principe, les pays voisins recevaient plus d’eau : tous les protocoles soviétiques étaient conclus en suivant ce principe. Mais maintenant les temps ont changé, nous avons aussi besoin de cultiver nos terres, il nous faut de l’eau. Tant que cette question n’aura pas été résolue, les problèmes continueront de surgir dans toutes les régions frontalières. »

Le Kirghizistan se trouve être la source des ressources en eau du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, la République kirghize a de nombreux différents et conflits avec son voisin ouzbek.

Il y a un an, au forum mondial de l’eau à Douchanbé, le premier-ministre kirghiz Temir Sarïev a soulevé la question du coût d’une compensation de son pays par Tachkent concernant la régulation des réserves en eau.

Bichkek a précédemment soulevé cette question, qualifiant les ressources en eau de marchandise. Tachkent a réfuté ces arguments et s’oppose à la construction de la centrale hydroélectrique n°1 de Kambaratinsk.

 

Article paru sur Azzatik
Traduit du russe par Léa André

 



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