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Coronavirus : au Kazakhstan et au Kirghizstan, la désinformation sur les moyens de traitement fait rage

Suite à l’explosion de cas de coronavirus, certains Kirghiz et Kazakhs se tournent vers des remèdes miracles promus sur les réseaux sociaux et les messageries instantanées tels que WhatsApp et Telegram. Or, ces remèdes miracles pourraient avoir de graves conséquences sanitaires.

Depuis la mi-juin, l’Asie centrale fait face à une seconde vague de Covid-19, identifiée notamment par une accélération brutale du nombre de cas. Un reconfinement a été mis en place au Kazakhstan et en Ouzbékistan. Cette montée en puissance a également poussé les autorités kazakhes et kirghizes à revoir leurs statistiques sur le virus, en intégrant les cas de pneumonies aux cas recensés de Covid-19.

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En réaction à une épidémie qui semble difficilement maîtrisée, la peur s’est emparée des populations locales, ces dernières cherchant à prévenir le mal par tous les moyens, notamment en ayant recours à des remèdes miracles, au grand dam des médecins qui alertent sur leur dangerosité. Mais ces mises en garde sont toujours balayées par l’apparition d’un nouveau remède sur les réseaux.

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Au Kazakhstan, les derniers remèdes miracles en date sont le koumis, une boisson alcoolisée à base de lait fermenté de jument, et le raifort, une plante dont la racine est utilisée en condiment comme substitut à la moutarde. Tous deux, réputés pour leurs vertus médicinales, ont vu leur prix flamber face à l’explosion de la demande. Comme le rapporte le média kazakh Khabar 24, le prix du litre de koumis a presque doublé, culminant à 1 500 tengués (3 euros). Quant au raifort, les 100 grammes ayant atteint les 1 000 tengués (2 euros), certains Kazakhs ont été jusqu’à voler la précieuse racine dans des jardins, comme le décrit le média kazakh Astana TV. Cette frénésie est le fruit de publications massives d’informations, sur les réseaux sociaux et des groupes de messageries instantanées, présentant ces produits comme permettant de prévenir et de combattre le coronavirus. Ainsi, une femme a déclaré aux journalistes de Khаbаr 24 avoir entendu et lu que le koumis pouvait aider contre 200 maladies, dont le coronavirus. Avant le koumis et le raifort, se sont succédé le gingembre, l’ail ou encore le sel du lac Kobeïtouz qui en a subi de lourdes conséquences.

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Au Kirghizstan voisin, c’est la viande de chien qui semble attiser les convoitises, après les déclarations d’un directeur d’hôpital interviewé par le média russe Spoutnik, le 16 juillet dernier. Ce dernier a simplement remarqué que la population utilisait des remèdes populaires pour renforcer son immunité, notamment des soupes à base de viande de chien, avant de rappeler que « la graisse de blaireau, de porc ou de chien est considérée comme curative depuis l’Antiquité, mais [qu’] il faut tenir compte de l’état de santé du patient ». Il n’en fallut pas plus pour que les réseaux s’enflamment et reprennent ces propos, afin de prouver l’utilité de ces soupes contre le coronavirus. Très vite, de nombreux cafés de la capitale Bichkek ont ajouté à leur carte une soupe coréenne de chien, la « Kia ». Pire encore, comme le rapporte le média kirghiz Kloop.kg, des internautes ont vu fleurir sur les réseaux sociaux des annonces à la recherche de chiens, par exemple « J’accepte les dons de chiens de tous types de races, d’âges et de sexe ».

Des remèdes miracles qui risquent d’aggraver la situation sanitaire

Déjà, en 2014, alors que des hypothèses laissaient à penser que la graisse de chien pouvait soigner la grippe et la tuberculose, un médecin de la région d’Almaty avait déclaré que tout ce que pouvait provoquer la graisse de chien était une hépatite toxique. Plus récemment, le vice-ministre russe de la Santé, Oleg Gridnev, a rappelé, alors qu’il était interviewé par Spoutnik, que la consommation de graisse ne soignait en rien le virus. Au contraire, elle provoquerait un épaississement du sang pouvant être dangereux, dans la mesure où les personnes atteintes du Covid-19 se voient prescrire des anticoagulants.

De son côté, le raifort a effectivement des bienfaits, mais sa forte concentration en huile de moutarde en fait un aliment déconseillé aux personnes fragiles. Mais surtout, il peut « provoquer des irritations, voire des brûlures des muqueuses de la bouche, du larynx, de l’œsophage et du système respiratoire », estime la médecin et blogueuse médicale Kristina Lobtchouk auprès du média kazakh Tengrinews. Ainsi, le raifort, au lieu de traiter le coronavirus, pourrait aggraver la santé d’une personne contaminée.

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Pour le koumis, la flambée de son prix mène à des pratiques dangereuses. Des journalistes de Khаbаr 24, ayant fait analyser plusieurs koumis, ont découvert que certains étaient coupés à l’eau. Si les médecins confirment que le koumis peut avoir des effets bénéfiques sur l’organisme et le système immunitaire, ils mettent en garde sur les effets d’un koumis de mauvaise qualité et/ou mal conservé. En outre, le koumis contenant de l’alcool, une consommation trop importante peut avoir des effets négatifs sur l’organisme.

Face à la désinformation, les médecins peinent à se faire entendre

Confrontés à des informations fausses, les médecins tentent d’informer la population sur la non-efficacité, voire la dangerosité de ces remèdes miracles. Cependant, face au flux incessant de fausses informations qui s’immiscent directement dans les foyers au travers des réseaux sociaux et des messageries instantanées, les médecins peinent à se faire entendre. C’est pour faire face à cette désinformation qu’a été créé au Kazakhstan Medsupportkz, un projet regroupant 95 scientifiques qui, sur divers réseaux sociaux, démystifient des croyances populaires à propos de la santé, et publient des informations liées au coronavirus.

Les médecins tentent également de se faire entendre au travers des médias, comme l’infectiologue kazakhe Nina Fomitcheva, interrogée par AstanaTV. « Si nous privilégions la médecine traditionnelle ou simplement le raifort, alors, je vous le dis, les effets de ce traitement seront déplorables », affirme-t-elle.

Cependant, le cas du koumis reste problématique, car cette boisson traditionnelle est réputée dans la région depuis des siècles pour ses vertus médicinales. « Nos ancêtres croyaient que le koumis était le remède à 90 maladies », affirme ainsi un homme de la région d’Almaty à Khabar 24.

Or, au Kazakhstan, le koumis est largement distribué aux patients atteint du coronavirus ainsi qu’au personnel soignant. Une information que les médias relaient massivement, notamment concernant la région d’Almaty, foyer majeur du virus au Kazakhstan et où le koumis commençant à se faire rare, de nombreux agriculteurs et habitants en distribuent gracieusement aux hôpitaux. L’amélioration de la santé des patients est parfois même attribuée au breuvage traditionnel, comme l’a annoncé un journaliste de Khаbar 24 dans un reportage diffusé le 27 juillet dernier, affirmant que 48 patients avaient été guéris grâce au koumis.

Mélanie Retou
Rédactrice pour Novastan

Relu par Aline Cordier Simonneau

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