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Coronavirus : 2,5 millions de Centrasiatiques pourraient tomber sous le seuil de pauvreté

Selon Sergueï Zorya, principal économiste agricole de la Banque mondiale, jusqu’à 2,5 millions de personnes pourraient se retrouver sous le seuil de pauvreté en Asie centrale en raison de la pandémie du Covid-19. Cette prévision s’explique par le ralentissement économique du secteur agro-alimentaire dans tous les pays de la région, dont la population est encore très dépendante. 

Le 2 juin dernier, une réunion en ligne a été organisée par la Banque mondiale afin d’évoquer l’évolution du coronavirus et la sécurité alimentaire en Asie centrale, décrit le média kazakh Vlast.kz. Lors de cette réunion, l’économiste agricole de la Banque mondiale, Sergueï Zorya, a déclaré que 600 000 à 2,5 millions d’habitants de la région pourraient se retrouver sous le seuil de pauvreté en raison de la situation actuelle. 

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Selon la Banque mondiale, cette prévision est susceptible de se réaliser car le secteur agro-industriel a subi une forte régression ces derniers mois. Il s’agit pourtant d’un secteur essentiel dans la région, où les produits alimentaires représentent 40 à 60 % des dépenses des ménages centrasiatiques. Tout en s’engageant à leur fournir une aide financière, la Banque mondiale invite les gouvernements à prendre les mesures adéquates afin de limiter les conséquences du ralentissement économique. 

L’Asie centrale fait face à des difficultés économiques

La pandémie de Covid-19 a un impact fort sur les ménages d’Asie centrale. Le secteur agro-alimentaire a été particulièrement touché, ce qui a entraîné une élévation des prix au détriment des contribuables, déjà soumis à une raréfaction des revenus, a déclaré Sergueï Zorya selon le média kazakh Astana Times. Au Kazakhstan, par exemple, les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 9,3 % en moyenne et uniquement au cours du mois d’avril.

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La Banque mondiale a constaté également des difficultés de remboursement de prêts de la part des agriculteurs et des entreprises agricoles, rapporte Astana Times. Elle a observé une baisse du budget agricole qui pourrait, par la suite, entraîner une diminution de l’ensemble des dépenses agricoles. 

Des mesures ont déjà été prises par les gouvernements

Les pays centrasiatiques ont pourtant pris plusieurs mesures d’urgence lors de la pandémie afin de renforcer la sécurité alimentaire et soutenir le secteur agroalimentaire, rapporte le média ouzbek Nuz.uz. Les gouvernements régionaux ont puisé dans les réserves alimentaires étatiques et établi des contrôles administratifs sur les prix des denrées, tout en essayant de baisser les tarifs des produits alimentaires importés. 

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Dans le même temps, les autorités ont accéléré la suppression des restrictions sur le transport des produits agricoles et sur la circulation des travailleurs de l’industrie agroalimentaire. Les retards accordés aux agriculteurs et aux entreprises agricoles pour rembourser les prêts et autres incitations qui stimulent leurs activités ont également été augmentés. 

La Banque mondiale justifie ses prévisions

L’impact de la crise sur les consommateurs et le secteur agro-industriel en Asie centrale est supérieur à la moyenne mondiale pour plusieurs raisons évoquées lors de la réunion, rapporte Astana Times. La première tient de l’importance de l’agriculture dans la région. Au Kazakhstan, l’agriculture représente 4,4 % du Produit intérieur brut (PIB) du pays, 11,6 % au Kirghizstan, 19,2 % au Tadjikistan, 20 % au Turkménistan et 28,8 % en Ouzbékistan. “Si le secteur commence à traverser une crise, cela affectera tout le monde, pas seulement les agriculteurs”, a déclaré Sergueï Zorya. Une telle crise peut par ailleurs aggraver la situation des populations de ces pays, dont près de 40 % vivent encore en zone rurale. En Ouzbékistan par exemple, 12 à 15 % de la population vit déjà sous le seuil de pauvreté. Ceci signifie que quatre à cinq millions d’Ouzbeks gagnent déjà moins de 1,9 dollars (environ 1,7 euros) par jour. 

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De plus, la politique alimentaire du Kazakhstan a eu une influence forte sur la situation actuelle du secteur agro-industriel dans la région, rapporte vlast.kz. En mars dernier, le Kazakhstan, l’un des principaux producteurs de blé au monde, a introduit des quotas d’exportation sur cette céréale et sur la farine pour assurer l’approvisionnement intérieur pendant la pandémie et a interdit l’exportation de plusieurs denrées de base comme l’huile de tournesol. Les restrictions ont été levées le 1er juin mais ont eu un fort impact sur les autres pays de la région. “Tous les pays d’Asie centrale sont fortement tributaires des importations de ces produits du Kazakhstan, de sorte que ces restrictions ont eu un impact négatif sur les pays de la région, ainsi que sur leur confiance dans la coopération régionale et le commerce à l’avenir”, a déclaré Sergueï Zorya.

Des conséquences à court et moyen termes

D’ici un à trois mois, selon la Banque mondiale, les pays de la région pourraient rencontrer certaines difficultés, rapporte Vlast.kz. La poursuite de la hausse des prix de certaines denrées alimentaires conjuguée à la baisse des revenus pourraient toucher les groupes vulnérables encore davantage. Les défaillances dans les chaînes d’approvisionnement des matières premières peuvent également entraîner un retard dans les travaux agricoles et nuire ainsi aux futures récoltes.

À moyen terme, une baisse de la consommation alimentaire intérieure est attendue en raison de la récession économique. Une diminution des envois de fonds des travailleurs migrants, eux aussi touchés par les conséquences économiques du Covid-19, vers leurs familles est également prévue. 

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En outre, la dévaluation des monnaies nationales dans la région et une baisse de la demande de fruits et légumes d’Asie centrale en Russie, son principal marché de vente, sont également attendues à moyen terme. 

La Banque mondiale suggère d’améliorer la coopération régionale

Sergueï Zorya a incité, selon Nuz.uz, les gouvernements centrasiatiques à se concentrer sur la restauration du commerce agricole régional, l’amélioration de la coopération régionale dans la sécurité sanitaire et phytosanitaire, la gestion des réserves alimentaires de l’État ainsi que sur l’augmentation des investissements dans les services vétérinaires et la numérisation du secteur agroalimentaire.

“En 2020, l’agriculture peut devenir l’un des principaux facteurs de stabilisation et un moteur de croissance pour les économies d’Asie centrale. De plus, elle est en mesure de fournir plus d’emplois que toute autre industrie”, a déclaré Sergueï Zorya selon Nuz.uz.

La Banque mondiale a également recommandé à la région de prévenir les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement nationales afin de soutenir les segments vulnérables de la population et de maintenir l’accès aux ressources et à la main-d’œuvre pour la prochaine saison de récolte, rapporte Astana Times .

La Banque mondiale prête à tout en Asie centrale

Au cours des deux derniers mois, rapporte Astana Times, la Banque mondiale a fourni un financement d’urgence de plus de 370 millions de dollars (environ 330 millions d’euros) aux pays centrasiatiques afin de renforcer leurs systèmes de santé, soutenir leurs économies et protéger les personnes vulnérables. 

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“La Banque mondiale a rapidement mobilisé des fonds pour lutter contre la pandémie de Covid-19. Nous examinons également, avec les gouvernements des pays d’Asie centrale, notre portefeuille d’investissements dans la région, d’une valeur de 9,7 milliards de dollars (environ 8,6 milliards d’euros), afin de fournir des fonds supplémentaires visant à renforcer les systèmes de santé et réduire l’impact économique du Covid-19”, a déclaré la directrice régionale de la Banque mondiale pour l’Asie centrale, Lilia Burunciuc, lors d’une conférence en ligne organisée 14 mai dernier, rapporte nuz.uz

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Lilia Burunciuc a également récemment déclaré que la Banque mondiale accompagnerait les gouvernements d’Asie centrale pour que plusieurs projets visant à réformer l’agriculture dans la région soient mis en place. Cette accompagnement prendra la forme d’une aide financière à hauteur de 1,6 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros). 

Tanguy Martignolles

Rédacteur pour Novastan

Relu par Anne Marvau

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