Photo Monument sous la neige à Bichkek

Bichkek : chauffage pour tous, ou presque

La saison du chauffage a démarré à Bichkek le 25 octobre dernier. Mais pas partout. Tous les bâtiments ne seront pas reliés au chauffage central cet hiver.

À Bichkek, le chauffage central est distribué sur base prioriaire, d'abord dans les jardins d'enfants, les écoles et les hôpitaux, puis chez les particuliers et enfin dans les bâtiments administratifs et industriels. Certains édifices, comme le musée des beaux-arts, ne bénéficieront pas du chauffage central pendant l'hiver. 17 000 œuvres d'artistes kirghizes et soviétiques, dont certaines datent de 1910, y sont entreposées. Quand la température descend à moins 25°C, les amateurs d'art doivent se résoudre à parcourir la collection au pas de course emmitouflés dans leurs manteaux d'hiver. « Nous n'avons pas besoin de vestiaires », ironise la vieille dame à la billetterie. « Je travaille ici depuis cinq ans et nous passons toujours l'hiver sans chauffage central. Ce sera la même chose cette année », ajoute-t-elle résignée. Sans chauffage central ne signifie pas sans chauffage. Le personnel du musée chauffe les bureaux et les salles d'exposition avec des  chauffages d'appoint.

Une seule centrale thermique assure la production d'énergie dans la capitale kirghize qui a dépassé le million d'habitants. De nouvelles infrastructures ont bien été construites, mais par des sociétés privées. Les installations de chauffage central n'ont été ni bien entretenues ni modernisées au cours des cinquante dernières années. Aujourd'hui, l'unique centrale thermique de Bichkek ne fonctionne plus qu'avec quatorze chaudières sur vingt-quatre. En 1985, les soviétiques projetaient de construire une nouvelle centrale thermique alimentée en gaz, mais le projet a été abandonné après la dislocation de l’URSS. La construction d'une nouvelle centrale plus moderne aurait nécessité de lourds investments. Selon les experts, deux centrales thermiques seraient nécessaires pour fournir du chauffage à toute la population bichkekoise. Comme le rapporte le site csa.kg, cette année la centrale sera alimentée en charbon. Moins cher que le gaz ou le mazout, ce combustible est aussi moins soumis aux aléas de l'approvisionnement gazier en provenance du Kazakhstan et d'Ouzbékistan.

Au sortir de la myriade de conduites souterraines du centre-ville, Sauta Stanislav, ingénieur en charge des travaux de réparation, blâme les consommateurs : « s'ils payaient plus et dans les temps, nous n'aurions pas à réparer les conduites soutéraines aussi souvent ». Chaque foyer paie entre 2580 et 5840 soms par an (soit 40 et 90 euros), selon le nombre de pièces à chauffer. Les tarifs ne sont pas exorbitants, mais le rapport qualité-prix reste médiocre. Pour certains consommateurs, les prix sont trop élévés pour la qualité du chauffage fournie. Pourtant, selon un représentant de la centrale thermique de Bichkek, le tarif actuel couvre à peine l'amortissement, l'eau et d'autres coûts d'exploitation comme le carburant. L'approvisionnement est entièrement assuré par les subventions du gouvernement. Deux entreprises publiques – BichkekTeploSet et BichkekTeploEnergo – couvrent respectivement 68% et 17% des foyers de la capitale. Elles ont en charge la distribution d'eau chaude, de chauffage et d'électricité. Les tarifs actuels ne couvrent pas non plus les coûts d'exploitation. Plus de 60% du chiffre d'affaires de ces deux entreprises est réinvesti dans la maintenance. Selon un rapport non officiel, les tarifs devraient être augmentés de 50% pour être en mesure de couvrir les coûts d'exploitation. Mais pour éviter de nouveaux soulèvements populaires, le gouvernement continue de verser des subventions pour ne pas avoir à augmenter les prix. 

Le charbon, une valeur sûre

La ville de Bichkek possède néanmoins l'un des meilleurs systèmes de chauffage central du pays. Plus de 70% de la population y a accès. Les 30% restants ont recours à des solutions alternatives, en fonction de leur budget et de leur choix. Beaucoup se plaignent du coût élevé du raccordement au chauffage central, de la facture d'électricité et de l'instabilité dans l'approvisionnement en gaz. Ces facteurs découragent les bichkekois à se raccorder au système. Les ménages sont aussi responsables de l’installation des compteurs à gaz, de l'installation, de l'équipement et des réparations. Par ailleurs, la loi n'impose pas le raccordement ni n'interdit le recours au charbon. Même si certains ménages peuvent se permettre d'installer leur propre système de chauffage électrique, la majorité opte pour la traditionnelle chaudière à charbon. Cette préférence fait les affaires des vendeurs de charbon. À environ 50 euros la tonne, ils trouvent toujours preneurs.

Les commerçants de quartier utilisent des radiateurs électriques. D'autres établissements privés n'ont pas de chauffage du tout. C'est le cas de la guesthouse Sakura qui doit fermer pendant l'hiver. Les hôtels de luxe, comme le Hyatt, à 265 euros la nuitée, peuvent se permettre d'avoir du chauffage toute l'année. Mais l'utilisation de chauffages d'appoint par les ménages n'est pas sans poser de problème. Un représentant de la centrale explique : « les lignes du réseau domestique ne ​​sont pas conçues pour ce type de chauffage. Lorsque les ménages et les services publics doivent ou veulent les utiliser, les infrastructures, inadaptées, lâchent ». Le réseau électrique ne fonctionne pas de manière autonome, et la population se retrouve à la fois sans électricité, sans eau et sans chauffage.

Au Théâtre d'Opéra et de Ballet de Bichkek, l'ingénieur en chef des lieux rapporte une facture annuelle d'environ 8 millions de soms (120 000 euros). Mais mal isolé, le bâtiment laisse échapper la précieuse chaleur vers l'extérieur et, au passage, bon nombre d'amateurs de ballet un peu trop frileux. 

Aksulu Kushanova

Rédactrice pour Francekoul.com
(Formation ESJ “Le reportage de A à Z”)

Traduit par Anna Kim
Relu par Isabelle Klopstein

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