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Face au coronavirus, la Banque asiatique de développement prête plus d’un milliard d’euros aux pays d’Asie centrale

Depuis mai dernier, la Banque asiatique de développement a annoncé des prêts et des subventions pour les pays centrasiatiques, durement touchés par les impacts du coronavirus. Quatre des cinq pays de la région en ont bénéficié.  

C’est une véritable vague de soutien. Entre le 4 mai et le 25 juin, la Banque asiatique de développement (BAD) a annoncé des prêts et subventions pour quatre des cinq pays d’Asie centrale : 1 milliard de dollars (874 millions d’euros) pour le Kazakhstan, 500 millions de dollars (437 millions d’euros) pour l’Ouzbékistan, 50 millions de dollars (43,7 millions d’euros) pour le Kirghizstan et le Tadjikistan. Ces deux derniers pays, du fait de la faiblesse de leur économie, ont bénéficié d’une transformation de 50 % et 100 % du prêt en subvention, respectivement.

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Ces prêts et subventions iront directement financer le budget des États concernés. D’ordinaire, les prêts de ce type fournis par des institutions financières internationales comme la BAD se doublent de contreparties constituées de réformes. Ce qui n’est pas le cas ici. « Ces prêts sont différents des prêts ordinaires, au sens où nous ne demandons pas de réformes structurelles mais plutôt que les pays respectent une liste de critères liés au coronavirus », décrit à Novastan Werner Liepach, directeur général de la BAD pour l’Asie occidentale et centrale. Parmi les six critères : une forte baisse de l’activité économique du fait du Covid-19, un programme de relance et l’annonce d’une urgence sanitaire.

Le Turkménistan ne remplit pas tous les critères

Ce dernier critère est notamment le point d’achoppement entre la BAD et le Turkménistan quant à une éventuelle aide. De fait, le pays le plus fermé d’Asie centrale continue d’affirmer qu’il n’existe aucun cas de coronavirus sur son territoire, préférant parler de « poussière » pour demander le port du masque. À cela s’ajoute des données économiques peu fiables. Avant d’aller plus loin, la BAD attend donc des chiffres plus précis de l’impact économique du coronavirus dans le pays et une annonce sanitaire. Cette dernière pourrait être retardée, alors que la mission de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est terminée le 15 juillet dernier sans déclaration officielle de cas de Covid-19.

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Plus largement, ces prêts et subventions sont inclus dans une enveloppe de 20 milliards de dollars (17,5 milliards d’euros) débloquée le 13 avril dernier par la BAD. Cette enveloppe vise à aider en priorité les pays en développement de l’organisation, qui compte 68 pays membres, dont 49 en Asie. D’autres pays à niveau économique comparable à ceux d’Asie centrale ont ainsi été aidés de la même façon, notamment le Bangladesh ou la Géorgie. L’institution a également déployé une aide sanitaire, dont bénéficient actuellement, en Asie centrale, le Kirghizstan et l’Ouzbékistan.

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Fondée en 1966 à Manille, la BAD est dirigée selon le même principe que la Banque mondiale : plus le pays membre contribue au budget, plus il a de votes. À ce titre, le Japon et les États-Unis sont les deux pays les plus puissants de l’organisation avec 25 % des votes à eux deux. De plus, depuis sa création, tous les présidents de la BAD ont été des Japonais.

Les risques de la corruption et de la dette publique

Le fait que ces prêts aillent directement financer le budget des États peut cependant s’avérer problématique. De fait, avec une corruption importante dans la région, comment s’assurer que ces millions de dollars n’aillent pas dans les poches de quelques-uns ? Interrogé sur le sujet, Werner Liepach affirme que la BAD demande des rapports détaillés aux gouvernements, audités par des tierces parties. Le directeur général de la BAD pour la région a également assuré que ces entreprises auditrices étaient internationales, afin de limiter le risque de pression.

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Un autre risque de ces prêts est d’aggraver la dette nationale des États. Sur ce point, la BAD affirme avoir mené une évaluation sur le niveau de risque, en collaboration étroite avec le Fonds monétaire international. Les termes financiers sont également liés au niveau de la dette des États. « Ces critères nous ont notamment permis de qualifier le Tadjikistan pour une subvention de 100 % au lieu d’un prêt », décrit Wernier Liepach. Avec ce travail, le Kirghizstan a été considéré comme « à risque modéré » quand l’Ouzbékistan et le Kazakhstan ont été décrits comme « à risque faible ». Et ce malgré le fait que la dette ouzbèke augmente fortement depuis l’arrivée au pouvoir de Chavkat Mirzioïev en décembre 2016.

Des conséquences économiques profondes

Dans le détail, les prêts eux-mêmes devront être remboursés entre 10 et 15 ans, plus le pays étant riche, plus la date limite arrivant tôt. Aujourd’hui, seul le Kazakhstan n’a pas encore signé son prêt, du fait d’un passage obligatoire par les deux chambres du parlement. L’Ouzbékistan a officiellement accepté son prêt de 500 millions de dollars le 7 juillet dernier quand le Tadjikistan a également reçu le 1er juillet une autre subvention de la BAD, spécifiquement pour les femmes et les travailleurs migrants, à hauteur de 30 millions de dollars (26,2 millions d’euros).

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Reste à savoir si cet argent frais aidera suffisamment les États centrasiatiques dans leur lutte contre les impacts du coronavirus. Ces derniers, prévus comme conséquents dès le mois d’avril par la BAD, pourraient être encore plus graves du fait d’un second confinement au Kazakhstan et en Ouzbékistan, quand le Kirghizstan et le Tadjikistan voient les revenus de leurs travailleurs migrants s’effondrer. Dans ce contexte, la Banque asiatique de développement pourrait bien, comme les autres institutions financières internationales, prêter à nouveau aux pays d’Asie centrale.

Etienne Combier
Rédacteur en chef de Novastan

Relu par Anne Marvau

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