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Le secret de Kalachi, le village « endormi » Novastan | Le secret de Kalachi, le village « endormi »
Kalachi Kazakshtan Santé Maladie du sommeil

Le secret de Kalachi, le village « endormi »

Des scientifiques de l’université Nazarbaïev au Kazakhstan ont découvert un lien entre un déchet chimique présent dans l’eau et la « maladie du sommeil » qui sévit parmi les villageois kazakhs de Kalachi.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 27 octobre 2020 par le média kazakh Tengrinews.kz.

A la fin de l’année 2012, les habitants du village de Kalachi, dans le nord du Kazakhstan, ont soudainement commencé à s’endormir de façon inattendue. Les habitants pouvaient sombrer dans l’inconscience en étant à la pêche, devant la cuisinière ou au volant. En octobre 2015, cette étrange maladie a tout aussi soudainement disparu.

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Pour tenter d’y voir plus clair, un groupe de scientifiques de l’université Nazarbaïev, avec à sa tête l’épidémiologiste Byron Crape, a effectué des recherches sur les causes de la maladie pour l’expliquer, et se préparer au cas où elle reviendrait.

L’importance d’échanger avec les villageois

Pour Byron Crape, la recherche effectuée par son groupe se différencie de toutes les précédentes du fait qu’ils n’ont pas seulement rassemblé des données, des analyses des victimes, des renseignements sur les sols, l’air et l’eau. Ils ont également échangé avec tous les habitants de Kalachi. « Nous devons entendre les habitants, les écouter, apprendre d’eux. Il y a des idées très sensées, qu’il faut prendre au sérieux », a-t-il expliqué en octobre 2020 dans un article du site de l’université Nazarbaïev.

« Parfois même nous, scientifiques expérimentés, ne savons pas ce qui se passe. Et les habitants savent. Nous avons vraiment interrogé chacun et posé beaucoup de questions. Au total, nous avons interrogé 202 familles », poursuit le scientifique.

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Des habitants du village Kalachi à l’été 2020.

Les chercheurs ont ainsi pu infirmer la conclusion de la commission internationale sur des radiations qui seraient la raison de la « maladie du sommeil ». Outre cela, l’épidémiologiste a supprimé la méningite bactérienne, les maladies génétiques et le monoxyde de carbone de la liste des hypothèses répandues.

D’après ses déclarations, les scientifiques de l’université Nazarbaïev sont les plus proches pour résoudre le secret du village « endormi ».

La théorie de l’eau potable “empoisonnée”

En interrogeant les habitants, l’équipe a appris que tous prennent l’eau d’une seule source, à l’aide d’une pompe souterraine, se trouvant sur la propriété privée d’un des villageois. Celui-ci pompe l’eau et la vend à ses voisins. Tous les villageois lui achètent de l’eau potable.  Pour les animaux domestiques l’eau est prélevée de la rivière. Ces derniers n’ont pas été touchés par la « maladie du sommeil ».

« Il y a eu un cas unique où une femme s’est plaint que son chat dormait de façon anormalement longue. Devinez quoi ? C’était un chat domestique qui buvait de l’eau de cette même pompe », indique Byron Crape.

La théorie de l’eau potable “empoisonnée” a répondu à presque toutes les questions du chercheur. C’est pourquoi le groupe de l’université Nazarbaïev a décidé d’explorer la question de l’empoisonnement chimique de l’eau. Ils ont conclu que la source la plus vraisemblable de pollution pouvait être les mines d’uranium situées à proximité.

Des mines avoisinantes soupçonnées d’être chimiques

« Des gens ont pu jeter quelque chose de chimique là-bas parce que les mines ont été laissées à l’abandon depuis la fin des années 1980. Etant épidémiologiste, je ne travaille pas dans les usines de chimie, je ne travaille pas dans les usines de l’armée mais j’essaie de sauver des vies », estime Byron Crape.

« En utilisant les informations disponibles sur Internet, nous avons constaté que Pavlodar était un des lieux où étaient mis au point des produits chimiques destinés à d’autres objectifs. Et dans quoi étaient conservées ces substances chimiques ? Très souvent elles étaient disposées dans des tonneaux ou des barils spéciaux », ajoute-t-il.

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Une habitante du village Kalachi à l’été 2020.

L’épidémiologiste poursuit son explication. « Très profondément sous la terre, là où il y a beaucoup d’humidité, la partie basse du revêtement du contenant peut commencer à rouiller, à fuir. Le produit chimique s’égoutte dans l’eau et si c’est de l’eau souterraine, elle s’écoule finalement jusqu’aux habitants du village. Pourquoi certains s’endorment plus souvent et plusieurs fois tandis que pour d’autres c’est plus rare ? Peut-être que certains reçoivent une grosse concentration de produit chimique tandis que les autres, moins ? », envisage le professeur.

La “maladie du sommeil” caractéristique des saisons froides

Les scientifiques ont appris que de telles substances se détruisent à une température d’un degré Celsius. L’épidémie de la “maladie du sommeil” a justement été caractéristique des saisons froides et a disparu en été.

« Il se peut que sur toute la période de la maladie, depuis la fin de 2012 jusqu’à 2015, les produits chimiques dans les tonneaux ou les barils se soient complètement égouttés dans l’eau, s’y soient vidés », explique Byron Crape.
 
Il fait toutefois preuve de prudence. « Mais souvenez-vous que c’est une hypothèse, et non une conclusion. Pour l’instant, la conclusion est la suivante : c’est, vraisemblablement, une substance chimique, qui, vraisemblablement, parvient jusqu’aux habitants par l’eau potable dans des concentrations diverses », conclut le professeur.

Un problème sanitaire difficile à résoudre

Pour confirmer leur hypothèse, il est nécessaire que les scientifiques descendent dans une des mines d’uranium. Il est cependant trop dangereux de s’y rendre : le vieux gisement peut s’effondrer à tout moment. C’est pourquoi des spécialistes de l’Ecole d’ingénieurs de l’université Nazarbaïev ont proposé d’y envoyer un drone.

Auparavant les habitants du village de Kalachi s’étaient plaints de sérieux problèmes avec l’eau. « On nous avait promis cette année d’installer l’eau dans plusieurs rues, mais à cause du coronavirus, comme on nous a expliqué, on ne peut pas le faire. A notre avis on ne nous l’installera pas, de toute évidence », a déclaré une des habitantes.

Meyirim Smayil
Journaliste pour Tengrinews

Traduit du russe par Pauline-Clémence Baranov

Edité par Luna-Rose Durot

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