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Kirghizstan : des pétroglyphes mis en danger par l’exploitation d’une nouvelle mine de charbon

Un photojournaliste turc a tiré la sonnette d’alarme sur la possible destruction de pétroglyphes préservés depuis des milliers d’années dans le sud du Kirghizstan.

L’industrie du charbon n’en finit pas de faire des victimes dans le pays. Le charbon, central dans le mix énergétique du Kirghizstan, et dont l’extraction a récemment causé l’effondrement d’un pan de montagne entier, menace également le patrimoine historique et culturel millénaire du pays. Le 13 septembre dernier, le photographe turc Zafer Dincer a dénoncé sur Facebook, photos et vidéos à l’appui, la mise en danger des pétroglyphes par la construction d’une route pour accéder à une nouvelle mine de charbon.

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Cette route se trouve dans le district de Kara-Suu, dans la région d’Och, dans le sud du pays. « De nombreuses pierres uniques autour du lac sont détruites à cause des routes goudronnées. Si cela continue, nous craignons que dans une semaine, nous perdions un endroit d’une beauté incroyable », a décrit Zafer Dincer en accompagnement de ses clichés.

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Les pétroglyphes sont des éléments importants de la culture kirghize pré-islamique. On retrouve ces dessins rupestres gravés sur des roches dans plusieurs endroits du pays. Même si leur datation fait débat parmi les spécialistes, il est communément admis que les premiers datent de l’âge de Bronze (2700-900 avant notre ère).

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Ces pétroglyphes représentent des scènes et éléments quotidiens des populations qui les ont dessinés, souvent empreints de spiritualité et notamment liés au culte du soleil. Comme l’a rappelé le média kirghiz Kloop, ces pétroglyphes sont considérés comme patrimoine historique et culturel, et sont à ce titre protégés par la loi du pays.

Un patrimoine insuffisamment protégé par les autorités kirghizes

Malgré cette protection juridique, ce n’est que le 16 septembre, soit trois jours après la publication des photos et vidéos inquiétantes par Zafer Dincer, que le ministère kirghiz de la Culture a réagi. Dans un post Facebook relayé par Kloop, le ministère a parlé de “vandalisme” en référence à l’extraction de charbon dans la région, et a annoncé que des mesures avaient été prises pour empêcher les “violations” de ces objets du patrimoine historique et culturel. Les travaux de construction de la route mis en cause dans la dégradation des pétroglyphes ont été suspendus et des archéologues ont été envoyés sur le terrain pour évaluer les dégâts.

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Le média kirghiz Kaktus cite par ailleurs un communiqué de presse de l’ONG « Asie centrale – Gestion de l’art » qui recommande l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO de ces pétroglyphes afin d’en permettre une meilleure protection. L’ONG s’inquiète également du fait que le danger de destruction auquel sont exposés ces pétroglyphes n’ait pas été révélé par les autorités mais par un journaliste qui se trouvait par hasard sur le site. Cela révèle des failles dans la protection du patrimoine kirghiz.

Une industrie du charbon qui présente d’autres risques

Au-delà du danger pour le patrimoine kirghiz que représente ce nouveau site d’extraction de charbon, Radio Azattyk, la branche kirghize du média américain Radio Free Europe, a rapporté en 2019 un autre type d’incident lié à l’extraction du charbon, également dans le district de Kara-Suu dans la région d’Och. Les habitants du village de Karagur se plaignaient alors d’une dégradation inquiétante de la biodiversité et de la qualité de l’environnement. Selon l’article, la société Jol-Chyrak, qui exploite le charbon dans cette zone, avait alors été condamnée à une amende d’une somme (dérisoire) de 13 000 soms (environ 140 euros) pour avoir délibérément pollué l’eau utilisée par le village.

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Ces évènements s’inscrivent dans une dynamique générale pour le pays. Selon les chiffres du Comité National de Statistiques, le volume de production de charbon est en constante augmentation depuis 2015. La forte natalité de ces dernières années, passant de 3,3 enfants par femme en 2019 contre 2,8 en 2010, explique en partie que le pays ait vu sa demande en énergie augmenter d’année en année. Enfin, les investissements étrangers dans le pays en termes énergétiques sont largement dominés par les industries minières, très polluantes et qui dégradent largement les paysages, et ce malgré les conséquences néfastes visibles sur l’environnement, la qualité de l’air et la santé humaine.

Anouk Gohier
Rédactrice pour Novastan

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