Le média ouzbek Hook décrypte la situation des ressources en eau du pays et les raisons pour lesquelles l’Ouzbékistan est particulièrement exposé aux risques.
Les données publiques sur la consommation d’eau en Ouzbékistan sont assez limitées. Selon le site Woldometer, le pays se classe au quatrième rang mondial pour la consommation d’eau quotidienne par habitant, avec 4 778 litres par jour. Au total, l’Ouzbékistan enregistre une consommation de plus de 54,5 milliards de mètres cubes d’eau par an.
L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) analyse l’utilisation des ressources en eau dans le monde et publie ses données précises sur la plateforme AQUASTAT. Selon les statistiques, la majeure partie de la consommation d’eau revient au secteur agricole. En 2020, l’Ouzbékistan consacrait jusqu’à 96,5 % de sa consommation totale d’eau à l’irrigation des terres. Ce chiffre était retombé à 83,9 % en 2022.
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En vous abonnant à Novastan, vous soutenez le seul média européen spécialisé sur l’Asie centrale. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de votre aide !La consommation d’eau est élevée dans l’ensemble des pays d’Asie centrale. Le Turkménistan arrive en tête, suivi de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan, du Kirghizstan, du Kazakhstan et de l’Afghanistan. Cette situation s’explique notamment par la dépendance de la région à l’égard de ses deux principaux fleuves, l’Amou-Daria et le Syr-Daria, ainsi que par les tensions liées à l’utilisation de l’eau de ces fleuves.
Qu’en est-il de l’Ouzbékistan ?
La crise de l’eau en Ouzbékistan est liée à son double enclavement et aux particularités géographiques de la région : tout comme ses voisins, l’Ouzbékistan ne dispose pas d’un accès direct à l’océan. La situation de l’eau s’est aggravée avec la catastrophe de la mer d’Aral : les autorités ont construit de nouveaux canaux et ont épuisé les fleuves qui se jetaient dans la mer, dans le but de cultiver du coton.
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Aujourd’hui encore, certaines régions utilisent des canaux construits à l’époque soviétique. Une partie de l’eau se perd ainsi avant même d’atteindre les champs, tandis qu’une autre partie s’évapore à cause de la chaleur. Selon le chercheur Yousoup Kamalov, l’Ouzbékistan perd chaque année jusqu’à 37 % des eaux destinées à l’irrigation faute de revêtement en béton des canaux.
Y aura-t-il une guerre pour l’eau ?
Les discussions sur un éventuel conflit militaire autour des ressources en eau dans la région ne datent pas d’hier. L’Asie centrale ne dispose pas de grandes réserves d’eau, et la croissance démographique rapide, l’urbanisation et le climat aride ne font qu’aggraver la situation.
Kaboul pourrait devenir un facteur déclencheur d’une crise de l’eau en Asie centrale. La capitale afghane connaît déjà une grave pénurie d’eau potable. En effet, les puits forés s’épuisent progressivement, et une partie de l’eau est contaminée par les eaux usées et les métaux lourds.
En mars 2025, le ministre de l’Eau de l’Ouzbékistan, Chavkat Khamraïev, s’est exprimé au sujet de la construction par l’Afghanistan du canal de Qoch Tepa, dérivé de l’Amou-Daria, qui pourrait fortement restreindre l’accès à l’eau du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan. Le ministre a toutefois précisé que son pays n’envisageait pas de recourir à la force, privilégiant la négociation et le maintien de relations de bon voisinage.
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Les chercheurs soulignent que ces tensions tiennent notamment au fait que les principaux fleuves prennent leur source dans les montagnes du Tadjikistan et du Kirghizstan. Ces pays utilisent l’eau, entre autres, pour produire de l’électricité grâce à des centrales hydroélectriques. Situé en aval, l’Ouzbékistan doit s’adapter aux exigences de ses voisins en matière de gestion des ressources hydriques. Les tensions resurgissent chaque année. Par exemple, en 2022, la cession du réservoir de Kempir-Abad du Kirghizstan à l’Ouzbékistan a conduit à l’ouverture de poursuites pénales contre plus de 20 citoyens. Quatre ans plus tard, le tribunal municipal de Bichkek a définitivement acquitté l’ensemble des accusés.
Une crise de l’eau peut-elle être évitée ?
L’Ouzbékistan s’efforce de préserver ses ressources en eau en faisant évoluer sa législation et en modernisant ses infrastructures hydrauliques. En 2020, le pays a adopté le décret présidentiel n°UP-6024, relatif à l’approbation du Concept de développement du secteur de l’eau de la République d’Ouzbékistan pour la période 2020-2030. Selon ce texte, l’État prévoit notamment de numériser le suivi et la comptabilisation de la consommation d’eau et d’améliorer la gestion des ressources hydrauliques.
En 2025, l’Ouzbékistan a obtenu un prêt de 200 millions de dollars (175 millions d’euros) de la Banque mondiale pour moderniser son système d’irrigation. Ces fonds doivent notamment servir à bétonner 259 kilomètres de canaux alimentés par l’Amou-Daria et le Syr-Daria, ainsi qu’à réaménager et à rehausser le lit des canaux afin de permettre, lorsque cela est possible, l’écoulement gravitaire de l’eau et de réduire le recours au pompage. D’autres technologies doivent également être mises en place.
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Début 2026, dans un rapport présenté au président de l’Ouzbékistan, les autorités ont indiqué que l’irrigation goutte à goutte avait déjà été mise en place sur 60 % des terres agricoles, permettant d’économiser jusqu’à 2,5 milliards de mètres cubes d’eau par an. D’ici à 2028, cette proportion devrait atteindre 80 %. Ce système sera notamment utilisé pour irriguer les cultures de coton et de riz, parmi les plus gourmandes en eau du pays.
Des décisions controversées
Dans le même temps, certaines décisions suscitent la controverse. En mars 2026, il a été annoncé qu’une immense fontaine serait construite dans la « Nouvelle Tachkent », avec un jet d’eau pouvant atteindre 230 mètres de hauteur. Le projet doit voir le jour sur un bassin de huit hectares, dont 1,5 hectare sera occupé par la fontaine elle-même et par un spectacle son et lumière.
À ce stade, il est impossible d’estimer précisément la quantité d’eau qui sera perdue sous l’effet de l’évaporation et du vent, faute d’informations sur les technologies qui seront utilisées pour la fontaine et ses jets. Sur une telle superficie, l’évaporation naturelle pourrait représenter jusqu’à 2 000 mètres cubes d’eau, voire davantage en été. Cette estimation ne tient pas non plus compte du renouvellement complet de l’eau de la fontaine, comme cela se fait généralement après la saison hivernale.
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La fontaine exercera également une pression supplémentaire sur le réseau électrique du quartier : la circulation de l’eau nécessite des pompes qui devront fonctionner en continu pendant toute la durée du spectacle.
Est-il possible de réduire la consommation d’eau ?
En Ouzbékistan, la consommation d’eau des particuliers représente à peine 10 % de la consommation totale d’eau. Certes, couper le robinet pendant le brossage des dents peut sembler dérisoire au regard des quantités d’eau utilisées par les agriculteurs. Il est néanmoins possible, à l’échelle individuelle, de réduire sa consommation d’eau, tout en réalisant des économies.
Il est notamment recommandé d’arroser les potagers et les espaces verts autour des habitations uniquement la nuit, ou tôt le matin. Un guide consacré aux bonnes pratiques et aux règles à respecter en matière d’arrosage revient plus en détail sur le sujet. Il est également possible de se concerter avec la copropriété pour installer, aux abords de l’immeuble, un système d’irrigation goutte à goutte reliée à un compteur séparé. Une telle installation permet de réduire la consommation d’eau destinée à l’arrosage sans risquer de voir les arbres et les arbustes dépérir.
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Le choix des plantations peut aussi contribuer à limiter les besoins en eau : il est préférable de privilégier des variétés d’arbres et d’arbustes résistantes à la sécheresse et aux températures élevées.
Enfin, les canaux et les rivières ne devraient pas être utilisés pour laver les véhicules ou à des fins domestiques. Lors des fortes chaleurs estivales, il n’est pas rare de voir des automobilistes conduire leur véhicule au bord d’un canal afin d’économiser le prix d’un lavage et de le débarrasser de la poussière. Malheureusement, l’eau chargée de produits chimiques est ensuite souvent rejetée dans les canaux, polluant l’eau et les sols et entraînant la mort de végétaux et d’espèces aquatiques.
Yana Modelova
Journaliste pour Hook
Traduit du russe par Martin Algrain
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