Accueil      Pourquoi le nombre de mariages est à la baisse au Kazakhstan

Pourquoi le nombre de mariages est à la baisse au Kazakhstan

Le nombre de mariages est à la baisse au Kazakhstan. Le pays suit une tendance mondiale où les jeunes reconsidèrent la vision traditionnelle du couple et leurs choix de vie.

Rédigé par :

La rédaction 

Traduit par : Lena Marin

The Village

Kazakhstan mariage
Le nombre de mariages est à la baisse au Kazakhstan (illustration). Photo The Village.

Le nombre de mariages est à la baisse au Kazakhstan. Le pays suit une tendance mondiale où les jeunes reconsidèrent la vision traditionnelle du couple et leurs choix de vie.

Début 2025, au Kazakhstan, environ 22 500 mariages ont été conclus, soit 16 % de moins par rapport à la même période l’année précédente. Pour ce pays, il s’agit de l’indicateur le plus bas sur les dix dernières années.

Les indicateurs étaient bas en 2020, lorsque la pandémie empêchait l’enregistrement des mariages. Les statistiques démontrent que le rapport au mariage change petit à petit au Kazakhstan. Le média kazakh The Village a parlé de ce sujet avec des experts et des jeunes Kazakhs, qui partagent leur vision du mariage, leur envie ou non de créer une famille et leurs priorités.

Une tendance mondiale

Au cours du siècle dernier, le rôle de la famille a changé dans de nombreux pays. Si le modèle familial large, comprenant la cohabitation de plusieurs générations, était traditionnellement répandu, il est aujourd’hui plus fréquent de rencontrer un modèle familial nucléaire, composé des parents et de leurs enfants.

Au milieu du siècle dernier, les sociologues américains avaient fait remarquer que l’institution du mariage perdait peu à peu son caractère traditionnel et qu’il était plutôt représentatif des intérêts individuels. Les individus ne pensaient plus seulement à leurs ambitions familiales mais aussi à leurs études et aux objectifs professionnels. Ceci s’est notamment produit en Europe.

Dans les années 1960 a débuté la deuxième transition démographique : le taux de natalité, qui avait augmenté après la deuxième guerre mondiale, a commencé à baisser et la société a progressivement accepté de nouveaux modèles familiaux. Aux abords du XXIème siècle, cette tendance a commencé à se développer dans d’autres Etats comme en Chine.

Ces changements de tendances sont également apparus au Kazakhstan. Déjà de nos jours, pour de nombreux Kazakhs, la mention qui fait état d’un mariage dans le passeport n’est plus la seule condition pour accéder au bonheur. Certains ont pour premier objectif de construire une carrière et d’atteindre l’autonomie financière, d’autres choisissent de vivre en concubinage, quelques-uns considèrent simplement que le mariage n’est pas important dans leur vie.

Un nombre de mariages en baisse

D’après la sociologue Kamila Koviazina, sur les cinq dernières années, le nombre de mariages a baissé de 6,87 à 6,13 pour 1 000 personnes. D’ailleurs, cet indicateur ne représente pas toujours précisément les tendances sociales parce que ce chiffre comprend tout le monde, y compris les enfants et les personnes âgées.

Il semblerait que la génération des années 1990 ait connu un taux de naissances moins important que celle des années 2000. Cela donne une explication aux statistiques : les jeunes n’ont tout simplement pas atteint l’âge pour se marier et pour fonder une famille, puis ceux qui l’ont atteint remettent à plus tard cette étape.

Lire aussi sur Novastan : Entre le possible civil et l’impossible religieux : les mariages musulmans au Kazakhstan

Cependant, comme le fait remarquer Kamila Koviazina, il y a une tendance très nette qui concerne aussi bien les hommes que les femmes : le recul de l’âge moyen pour se marier. De plus en plus de jeunes considèrent qu’il est important d’avoir fait des études ou bien d’avoir déjà un métier, une situation financière stable avant de se marier et de fonder ensuite une famille. Pour la sociologue, cela est lié à un processus mondial : la longévité augmente et les cycles de vie s’allongent.

Moins de mariages et donc moins de divorces

Il est intéressant de constater que le nombre de divorces a baissé dans les statistiques officielles. Entre 2020 et 2024, le taux de divorces a baissé de 21 %, atteignant l’indicateur de 2,02 pour 1 000 personnes. Encore une fois, les spécialistes soulignent que ces chiffres ne représentent pas tout à fait la réalité. Le calcul est effectué seulement à partir des données des institutions étatiques sans prendre en compte les décisions de justice prononçant un divorce.

Selon les résultats d’enquêtes de la compagnie Potrelli Previtera, le Kazakhstan occupe la seconde place à l’échelle mondiale après les Maldives, par rapport au nombre de divorces concernant le mois de mars 2024.

Envie de participer à Novastan ? Nous sommes toujours à la recherche de personnes motivées pour nous aider à la rédaction, l’organisation d’événements ou pour notre association. Et si c’était toi ?

Les calculs mondiaux fixent un taux de divorces de 4,6 pour 1 000 personnes. Cela est bien plus important que les indicateurs nationaux. Selon le sondage social dirigé par l’Institut de l’égalité et des possibilités, 61 % des Kazakhs estiment que le divorce est provoqué par l’implication des membres de la famille dans la vie de couple. 41 % des correspondants affirment que les règles d’obligations morales sont en déclin, le tiers met en valeur la simplicité du divorce.

Parmi les autres facteurs de divorce sont compris les traditions et les rôles genrés très figés et stricts.

La jeunesse et le concubinage

Le changement de rapport au mariage ne se constate pas seulement dans les chiffres. Les spécialistes montrent que pour les jeunes, le mariage n’est plus une décision officielle et indispensable, même s’il représente encore une étape importante de la vie.

Selon les données du Fonds Friedrich Ebert, presque 65 % des jeunes kazakhs pensent que le mariage est une étape importante dans la vie et seulement 8 % considèrent qu’il ne l’est pas.

Cependant, les valeurs traditionnelles continuent de jouer un rôle important. Par exemple, 44 % des personnes interrogées estiment que la virginité est un critère important dans le choix du partenaire. L’influence de la famille reste conséquente : 57,1 % des participants disent prendre en compte l’avis des membres de la famille concernant le mariage.

Je fais un don à Novastan

De plus, la vision du mariage est différente dans les milieux ruraux et urbains. En ville, le concubinage est une pratique fréquente et plus acceptée, tandis que dans les villages, les valeurs traditionnelles sont conservées. Ce sont surtout les jeunes filles qui subissent les pressions de ces traditions. Les parents s’empressent de les marier de peur qu’elles ne trouvent pas de mari et qu’elles ne créent pas de famille.

Anar, en couple mais non mariée malgré les pressions

The Village a discuté avec deux femmes kazakhes qui ne sont pas mariées. L’une d’entre elles s’appelle Anar et est originaire d’Almaty. Elle a rencontré son copain par le biais d’amis en commun et ils sortent ensemble depuis quatre ans. Avec le temps, la relation est devenue sérieuse et ils ont pris la décision de vivre ensemble.

Cette décision a été prise spontanément, sans pressions ni formalités. Il leur était important de savoir comment ils supporteraient la vie à deux, de se soutenir et d’instaurer une véritable confiance. Pour eux, la famille n’est pas qu’une mention administrative qui figure sur un passeport, cela implique aussi le respect mutuel au quotidien. « Nous ne voulions pas nous précipiter pour nous marier, nous voulions comprendre comment nous fonctionnions pour pouvoir vivre ensemble », explique la jeune femme.

Lire aussi sur Novastan : Le Kazakhstan criminalise le mariage forcé et le « stalking »

Toutefois, ne pas être marié peut poser des problèmes. Il n’est pas toujours possible de rendre visite à son conjoint à l’hôpital ou de remplir des papiers administratifs qui nécessitent un statut familial officiel. A cela s’ajoute la pression de la part de la famille qui se demande souvent pourquoi le couple n’est pas encore marié.

Anar reconnaît que ces obstacles peuvent parfois les inciter à penser à se marier. Mais pour eux, ce qui compte est avant tout la confiance mutuelle, le soutien et l’attention portée l’un envers l’autre au quotidien. La mariage serait une formalité qui permettrait de contourner les difficultés juridiques et administratives du quotidien puis d’échapper à la pression exercée par leurs proches.

Janna, célibataire par choix

En revanche, Janna, de Karaganda, est très méfiante concernant le mariage. Elle n’a jamais été mariée et est actuellement célibataire. « Je ne suis pas pressée de me marier car j’ai entendu des histoires de violences conjugales. Mes sœurs ont perdu peu à peu leur entrain après leur mariage et leur vie est devenue très restreinte. Les exigences familiales et de la société empêchent la liberté. Je crois en l’amour et dans la famille mais le plus important pour moi reste la sécurité », raconte-t-elle.

Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire en cliquant ici.

Janna explique qu’elle subit de la pression de la part de ses proches et de sa famille, qui lui font remarquer qu’il est temps de se marier. Cependant, la jeune fille pense que se marier sans avoir rencontré la bonne personne n’est pas envisageable. Elle n’est pas contre le mariage mais franchira cette étape lorsqu’elle aura choisi et non pas lorsque sa famille le décidera pour elle. Pour Janna, il est important de se sentir proche de la personne avec qui l’on va se marier. Pour le moment, elle préfère rester célibataire plutôt que de s’engager dans des relations sans respect et sans confiance.

Comme le prévoit la sociologue Kamila Kaviazina, à l’avenir, il y aura une baisse des mariages. De nos jours, les femmes et les hommes ont plus de choses à considérer : le lieu et la façon de vivre, la possibilité de fonder une famille, de fonder une carrière et de se marier ou non. Le mariage n’est plus vu conne une chose obligatoire, le seul mode de vie possible. Il devient une possibilité parmi différents choix de vie.

Aïguerim Yerbolova
Journaliste pour The Village

Traduit du russe par Lena Marin

Merci d’avoir lu cet article jusqu’au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anonymement à ce questionnaire ou nous envoyer un email à redaction@novastan.org. Merci beaucoup !

Commentaires

Votre commentaire pourra être soumis à modération.