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Comment travaillent les psychologues scolaires au Kazakhstan

Les psychologues scolaires sont rarement présentés sous un jour favorable au Kazakhstan. En réalité, les sous-effectifs ainsi que le manque de formation continue et de moyens les empêchent souvent de travailler correctement.

Rédigé par :

La rédaction 

Traduit par : Lisa D'Addazio

The Village

Psychologue
Les psychologues au Kazakhstan sont souvent sous pression (illustration). Photo : SHVETS production / Pexels.

Les psychologues scolaires sont rarement présentés sous un jour favorable au Kazakhstan. En réalité, les sous-effectifs ainsi que le manque de formation continue et de moyens les empêchent souvent de travailler correctement.

Le travail des psychologues scolaires n’est généralement évoqué que lorsque surgissent des faits divers, des nouvelles liées au harcèlement scolaire, à la violence ou au suicide chez les adolescents. Il est essentiel de remarquer que les remarques présentent rarement les psychologues sous un jour favorable. Les commentaires affluent : « Mais que faisaient les psychologues scolaires ? »

Le média kazakh The Village a décidé de comprendre quelles sont les fonctions principales des psychologues scolaires, comment ils travaillent afin d’aider les enfants et s’ils sont véritablement en mesure de détecter les problèmes à temps. Par ailleurs, une aide précieuse a été fournie aux journalistes par la pédagogue-psychologue Natalia Gontcharouk et la directrice du Centre de soutien psychologique de la région de Karaganda, Tatiana Lioubtchanskaïa.

Pédagogue-psychologue ou psychologue scolaire ?

Natalia Petrovna Gontcharouk est pédagogue-psychologue dans une école de Karaganda. The Village a discuté avec elle dans un minuscule bureau, qui faisait autrefois partie du couloir de l’école, maintenant séparé par des cloisons blanches en plastique. La pièce est remplie de dossiers, cahiers, boîtes de jeux et de toutes sortes de fournitures. Aucun des attributs classiques d’un cabinet de psychologue comme un divan ou un fauteuil confortable n’y trouve sa place : la pièce est trop petite.

Il faut faire la différence entre pédagogue-psychologue et psychologue scolaire. Le pédagogue-psychologue n’a pas le droit de poser de diagnostic, ni de faire une thérapie avec un enfant ou même d’interagir avec lui sans une autorisation écrite des parents, explique Natalia Gontcharouk.

Elle précise que les pédagogues-psychologues scolaires organisent ce que l’on appelle des « heures du psychologue », c’est-à-dire des heures de classe pendant lesquelles des problématiques sont abordées avec les enfants, en mettant en scène des situations conflictuelles.

Des heures d’intervention insuffisantes

Dans l’école où travaille Natalia Gontcharouk, il y a 900 élèves répartis dans 37 classes. Le pédagogue-psychologue doit y organiser quatre heures de ce type par an et par classe, soit un total de 148 heures. Dans la majorité des écoles kazakhes, seule une heure par semaine est aménagée dans ce but, toutes classes confondues. Sur une année scolaire de 38 semaines, cela fait 56 heures de classe en tout.

« A l’école, il y a un deuxième pédagogue-psychologue et les « heures du psychologue » peuvent aussi être assurées par l’assistante sociale, qui a la formation nécessaire. Cela dit, nous avons énormément de travail. Il y a la possibilité d’organiser des séances de prévention du suicide, de la violence, ainsi que de gestion du stress avant l’Examen national de terminale. En parallèle, il faut préparer les enfants à la transition vers l’éducation supérieure et coopérer avec les enseignants et les parents. Parfois, je me demande comment faire tout ça ? Soit on s’occupe des enfants, soit on fait de l’administratif », remarque Natalia Gontcharouk.

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D’après le ministère de l’Éducation du Kazakhstan, au début de l’année scolaire 2024-2025, 8 577 pédagogues-psychologues travaillaient dans les écoles du pays. Le ministère indique que leur activité doit prioritairement viser un travail individuel avec les élèves.

« Il est crucial de travailler sans effrayer ni traumatiser l’enfant »

Le ministère reconnaît qu’en moyenne, chaque pédagogue-psychologue a la responsabilité d’environ 5 000 enfants. Avec une telle charge, un seul professionnel ne peut tout simplement pas identifier les signes de tendances suicidaires, d’automutilation ou de violences subies par un enfant en particulier.

Le travail en équipe est alors crucial, ainsi que la formation des professeurs principaux à la prévention du suicide, du harcèlement et autres situations similaires.

« Dans ma pratique, il m’est arrivé que des professeurs principaux me présentent des enfants avec des signes inquiétants. C’est alors qu’un travail commence, visant à obtenir le consentement de l’enfant pour entrer en contact avec ses parents. En général, les enfants craignent ce genre de situation. Je tente donc d’engager la conversation avec l’enfant pendant les récréations, j’assiste à ses cours, je l’observe. Et ce n’est que lorsqu’il cesse de résister que nous contactons ses parents. Dans ces moments-là, il est crucial de travailler sans effrayer ni traumatiser l’enfant, de ne pas aggraver la situation », confie Natalia Gontcharouk.

De nombreux cas de burn-out

Un tel rythme de travail impacte inévitablement la santé mentale des pédagogues-psychologues eux-mêmes. Le burn-out émotionnel peut être considéré comme une maladie professionnelle dans ce domaine.

The Village en a parlé avec Tatiana Lioubtchanskaïa, directrice du Centre de soutien psychologique du département de l’éducation de la région de Karaganda.

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« Nous avons mené une série d’études l’année dernière et nous en sommes arrivés à la conclusion qu’un très grand nombre d’enseignants, et particulièrement les pédagogues-psychologues, souffrent de burn-out. Un psychologue n’a tout simplement pas la capacité physique de suivre l’état émotionnel de tous les enfants. Dans les lycées, par exemple, il peut y avoir jusqu’à 700 élèves pour un seul pédagogue-psychologue. Et alors qu’au début des années 2 000 l’aide psychologique était principalement destinée aux enfants, aujourd’hui elle est aussi nécessaire aux enseignants, car leur niveau de burn-out atteint les 80 %. Ils n’arrivent plus à suivre l’évolution rapide de ce monde, contrairement aux enfants qui, eux, sont plus adaptables », explique-t-elle.

« Tout ne dépend pas seulement du psychologue »

Cette tendance est d’autant plus préoccupante que les enseignants, confrontés au burn-out, cherchent à se décharger de la responsabilité de l’éducation et du bien-être des enfants. Et c’est là que réside la source de nombreux problèmes, aussi bien pour les enseignants que pour les élèves.

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« Quand j’étais encore psychologue scolaire, on m’a littéralement jeté un enfant dans le bureau en me disant : « Faites quelque chose avec cet idiot ! » Évidemment, l’enfant n’était pas prêt à travailler avec un psychologue. Il a fallu tout mettre en œuvre, même ce qui n’était pas autorisé. Finalement, il s’est calmé, nous avons discuté de la situation, la tension est retombée. Il sort du bureau, et là, l’enseignant l’attend dans le couloir et lui dit : « Alors, qu’est-ce qu’elle t’a dit pour que tu deviennes intelligent d’un coup ? » Dans ces moments-là, on se rend compte que tout son travail part en fumée. Parce que tout ne dépend pas que du psychologue. Cela dépend aussi de toute une armée d’enseignants, et surtout des parents et des médias », raconte Tatiana Lioubtchanskaïa.

Une formation universitaire insuffisante

Selon le ministère de l’Éducation du Kazakhstan, pour être embauché en tant que pédagogue-psychologue dans une école, il faut être titulaire d’un diplôme d’enseignement supérieur ou de troisième cycle dans la sphère de la pédagogie et de la psychologie ou des sciences sociales. Avoir de l’expérience professionnelle n’est pas requis.

Mais d’après Tatiana Lioubtchanskaïa, la formation actuellement dispensée dans les universités aux futurs pédagogues-psychologues est largement insuffisante.

« Les programmes universitaires ne correspondent pas aux exigences du système éducatif moderne. Les étudiants sortent diplômés en connaissant des méthodes, mais sans aucune expérience pratique dans leur application. Dans notre centre de soutien psychologique, il est envisageable de combler ces lacunes : nous enseignons à des jeunes psychologues, que ce soit en kazakh ou en russe, mais bien sûr nous ne pouvons pas former tout le monde », explique-t-elle.

Une formation continue qui a un prix

Dans le monde d’aujourd’hui, les exigences envers les pédagogues-psychologues ne cessent de croître. Pour rester compétents et utiles, ils sont obligés d’apprendre en permanence et d’améliorer leurs qualifications professionnelles.

« Beaucoup de collègues suivent des formations privées. Ils cherchent à se perfectionner, car ils comprennent que le savoir est essentiel pour un psychologue. Ce sont des gens qui investissent des millions de tengués dans leur propre développement », raconte la directrice du centre de soins.

« Une collègue, par exemple, suit actuellement des cours tous les samedis et dimanches, pendant ses jours de repos, parce qu’elle sent clairement qu’elle manque de connaissances. Le prix de cette formation de deux jours est quasiment équivalent à deux mois de son salaire. Elle peut se le permettre uniquement parce que son mari l’aide financièrement. Les cours pratiques pour les psychologues coûtent très cher, mais il existe heureusement de nombreux spécialistes qui comprennent que la formation continue est indispensable », conclut Tatiana Lioubtchanskaïa.

« Ce sont des garçons, ils sont toujours comme ça »

Il est assez fréquent de trouver en ligne de nombreux récits d’expériences négatives liées aux pédagogues-psychologues scolaires. Voici par exemple l’histoire racontée par une abonnée.

« C’était quand j’étais en classe de troisième. Un camarade de classe me harcelait constamment : il m’insultait, me faisait des sales coups. Il coloriait ma chaise avec de la craie, et quand je m’asseyais, mon uniforme était tout taché. Lui et sa bande riaient et ne reconnaissaient jamais les faits. Il me prenait souvent en photo sous des angles gênants, puis se moquait de moi. Je lui demandais de supprimer les photos, mais il n’en faisait rien. Un jour, en plein cours, j’ai craqué, j’ai pleuré et je suis allée voir la psychologue. Je pensais qu’elle allait m’aider. Mais elle s’est contentée de dire : « Ce sont des garçons, ils sont toujours comme ça », et elle m’a conseillé de ne pas faire attention à ses actes », raconte la jeune fille.

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Tatiana Lioubtchanskaïa estime qu’on ne peut pas juger la compétence de tous les psychologues scolaires sur la base de témoignages isolés négatifs.

« Nous retenons mieux les informations négatives. C’est une particularité de notre psychisme. Quant aux situations positives, nous avons tendance à les ignorer. De plus, la spécificité du travail des psychologues implique la confidentialité. C’est pourquoi, même lorsqu’ils aident efficacement des enfants, ils n’en parlent pas publiquement. Alors que les mauvaises expériences, elles, finissent toujours par remonter à la surface », explique-t-elle.

Une vocation

Selon Tatiana Lioubtchanskaïa, être enseignant, et plus encore pédagogue-psychologue, doit être une véritable vocation. Ceux qui ont de nombreuses années d’expérience dans ce domaine ne travaillent pas pour l’argent ou l’intérêt personnel, mais parce qu’ils comprennent tous les outils nécessaires aux enfants.

« Oui, j’avais mon propre cabinet, je menais une pratique privée avec succès. Je l’ai fermé pour me consacrer à mon activité aujourd’hui. Mon salaire a été réduit de moitié. Et j’ai beaucoup moins de temps libre. Mais je veux que mes enfants et mes petits-enfants vivent dans ce pays. Et pour cela, je dois faire tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’ils s’y sentent bien. En particulier dans le domaine du soutien psychologique en milieu scolaire. Réduire tout cela à une question d’argent, c’est tout simplement indécent », conclut Tatiana Lioubtchanskaïa.

Tatiana Karamycheva
Journaliste pour The Village

Traduit du russe par Lisa D’Addazio

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