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Le Kirghizstan devient membre non permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU

Élu membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies à l'issue d'un vote serré, le Kirghizstan siégera pour la première fois de son histoire au sein de l'organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Une consécration diplomatique pour Bichkek, qui entend désormais faire entendre sa voix sur les grandes questions de sécurité internationale.

La délégation du Kirghizistan célèbre son élection en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité pour un mandat de deux ans débutant en janvier 2027. Crédit : ONU/Eskinder Debebe
La délégation du Kirghizistan célèbre son élection en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité pour un mandat de deux ans débutant en janvier 2027. Crédit : ONU/Eskinder Debebe

Élu membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies à l’issue d’un vote serré, le Kirghizstan siégera pour la première fois de son histoire au sein de l’organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Une consécration diplomatique pour Bichkek, qui entend désormais faire entendre sa voix sur les grandes questions de sécurité internationale.

Dans la soirée du 3 juin 2026, le Kirghizstan a été choisi lors d’un long scrutin aux Nations-Unies comme futur membre non permanent du Conseil de sécurité pour un mandat de deux ans, à compter du 1er janvier 2027. Le pays d’Asie centrale siègera aux côtés du Portugal, de l’Autriche, de Trinité et Tobago et du Zimbabwe, aussi tout récemments élus, et rejoindra le Bahreïn, la Colombie, la République démocratique du Congo, la Lettonie et le Libéria, dont le mandat se poursuit au delà de 2027.

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Parmi tous les Etats choisis ce jour-là, le Kirghizstan est également le seul à n’avoir jamais siégé au Conseil de sécurité de l’ONU, depuis qu’il a rejoint l’organisation en 1992. Ces pays remplaceront le Danemark, la Grèce, le Pakistan, le Panama et la Somalie. « Nous allons participer à l’écriture d’une nouvelle page de l’histoire de l’ONU. Félicitations, chers compatriotes ! », a salué Le président kirghiz Sadyr Japarov.

Une victoire après des décennies de tentative

Le Kirghizstan est le deuxième pays d’Asie centrale à faire partie de cet organe central de l’ONU, après le Kazakhstan entre 2017 et 2018. Il s’agissait de la quatrième tentative de Bichkek pour devenir membre non permanent du Conseil de sécurité depuis 1997. En octobre 2011, l’Etat centrasiatique avait été battu à l’issue d’un scrutin à un seul tour par le Pakistan, à 129 voix contre 55.

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A ce moment là, le Kirghizstan pensait pouvoir se démarquer grâce à la présence de bases militaires russe et américaine sur son territoire, ainsi que par l’élection de la première femme présidente d’Asie centrale, Roza Otounbaïeva. Cependant, la mauvaise gestion des violences à l’encontre des minorités ouzbèkes en juin 2010 avait valu des critiques aux autorités kirghizes avant le scrutin, et ont finalement joué en leur défaveur.

Un scrutin plus compétitif que prévu

Cette année, les Philippines faisaient office de favoris face au Kirghizstan. Mais Bichkek a finalement accumulé un nombre plus élevé de soutiens ces derniers mois, lui permettant d’inverser la tendance à l’issu d’un vote serré. Il a fallu en effet quatre tours pour que le Kirghizstan l’emporte sur les Philippines et obtienne une majorité suffisante de 142 voix contre 49, alors que le premier tour donnait une majorité de 105 voix contre 85 à Manille. Par ailleurs, c’est la première fois que les Philippines n’arrivent pas au bout du scrutin pour remporter un siège de membre non permanent, après y avoir déjà siégé 4 fois.

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Le Kirghizstan a d’abord été soutenu par ses voisins centrasiatiques, qui ont publiquement fait part de leur soutien à la candidature kirghize en décembre 2025. L’ambassadeur de l’Ouzbékistan à l’ONU, Oulougbek Lapassov, affirmait lui-même qu’il était temps pour l’Asie centrale de « renforcer sa contribution à la paix et à la sécurité mondiales ». Un soutien remercié par la représentante kirghize Aïda Kasymalieva et Sadyr Japarov : « [Leur soutien] reflète un niveau qualitativement nouveau de consolidation régionale et confirme notre volonté de parler au Conseil de sécurité avec une position coordonnée et responsable qui prend en compte les intérêts d’un large éventail d’États », avait déclaré le président kirghiz.

Le Kirghizstan a également reçu l’appui de la très grande majorité des membres de l’Organisation de la Coopération Islamique, ainsi que de certains États africains, que Bichkek a convaincu en assurant s’aligner sur les priorités de l’Union africaine et des pays du « Sud global »

Le Kirghizstan comme symbole de la paix et du règlement des conflits ?

Le président Sadyr Japarov, dans une interview accordée à l’agence de presse nationale kirghize, Kabar, a affirmé que cette élection été facilitée par le règlement des questions frontalières avec le Tadjikistan, et plus largement la fin des conflits frontaliers ces derniers en Asie centrale, contribuant selon lui à une « paix durable ». « Il ne fait aucun doute que ce facteur a joué un rôle très important. […] Alors que les conflits, les crises humanitaires et les pertes humaines se poursuivent dans diverses régions du monde, tout le monde s’attendait à ce que des problèmes non résolus persistent en Asie centrale. […] Nous avons réussi à unir nos efforts et à résoudre toutes les questions par la voie de la négociation. Le monde entier l’a vu« .

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Officiellement, le ministère des Affaires étrangères kirghiz a affirmé se concentrer sur le renforcement de la paix, la prévention de conflits ainsi que le règlement pacifique des différends. Le Kirghizstan souhaiterait également renforcer le rôle des petits États et des pays en développement dans le système international, ainsi que la prise en compte des défis climatiques dans le contexte de la sécurité mondiale. Le pays étant très impacté par le changement climatique, Bichkek souhaiterait accentuer cette problématique sur les questions montagneuses et hydriques, par lesquelles il est directement concerné.

Edil Baïsalov, ambassadeur du Kirghizstan aux États-Unis, a affirmé au média kirghiz Kaktus que le pays « sort définitivement du cadre de la perception de république post-soviétique. Aujourd’hui, le Kirghizistan devient l’un des représentants les plus marquants du Sud global. Nos intérêts s’élargissent, notre solidarité s’élargit, et notre responsabilité s’élargit également ».

De nouvelles responsabilités

Un siège au Conseil de sécurité n’est pas seulement symbole de prestige, mais aussi d’engagements. « Nous devons être forts, nous devons prouver au monde entier que nous pouvons être membres du gouvernement mondial, que nous pouvons résoudre les problèmes et ne pas être un pays corrompu », expirme Zaïnidin Kourmanov, politologue et ancien président du parlement kirghize, dans une interview au média Kaktus.

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Cependant, la diversité des acteurs soutenant le Kirghizstan soulève la question de sa capacité à concilier leurs priorités respectives, un défi qui s’annonce de taille.

« La politique des États qui ont voté pour nous, de nos partenaires au sein de l’OCDC, de la CEI, de l’OCS, de nos voisins régionaux, ainsi que d’un certain nombre de pays turcophones, islamiques et africains, n’est pas uniforme, elle est parfois diamétralement opposée. Serons-nous capables de défendre, de promouvoir et de défendre leurs intérêts simultanément ? s’interroge Kalnour Ormouchov, ancien haut fonctionnaire kirghiz et analyste politique, auprès de Kaktus. Probablement pas toujours. C’est là que l’art de la diplomatie prend toute son importance« .

Mathis Fraga
Rédacteur pour Novastan

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