MaRo Turkmenistan

Turkménistan : quand musique rime avec amour et nation

La musique contemporaine turkmène, comme dans le reste de l’Asie Centrale post-soviétique, est dominée par la pop. Elle est presque exclusivement tournée vers des sujets traitant des relations hommes-femmes, quand ce n’est pas la beauté du pays ou un nationalisme affiché qui servent de muse. En témoigne cette vidéo irréelle sur la capitale Achgabat.

Mais être chanteur dans le pays le plus fermé d’Asie Centrale (un des plus fermés, aussi, au monde)  n’est pas sans risque.

A lire sur Novastan.org : « Négociations Europe Turkménistan : les droits de l’homme à la trappe ? »

En 2011, c’est un des seuls rappeurs turkmène Maksat Kakabayev, connu sous le nom de scène de «MA-RO», qui est arrêté et enfermé pour près de deux ans. On lui reproche une interview donnée à la télévision turque, et surtout une chanson interprétée comme un appel à résister à l’Etat oppresseur.

Après sa sortie de prison, il change de registre : ses chansons ne sont plus que patriotiques ou tournées vers l’amour. Il faut dire qu’il avait été arrêté avec son père et son frère – de quoi se remettre rapidement dans le rang.

Traduction d’un passage de Sen-Oyan, la chanson pour laquelle le rappeur MA-RO a été emprisonné :

«Ce son est pour nos amis, yeah, yeah, yeah / Le soleil se couche et les étoiles apparaissent / Les heures, les jours et les années passent / Tu devrais essayer de faire quelque chose de remarquable dans ce monde / Parce que le temps n’attend pas et il n’y a pas de retour / Ne dors pas pour trop longtemps, réveille-toi / Et ne fais confiance qu’à toi / La vie n’est pas facile, alors écoute moi si tu es un véritable ami / Tu va galérer avec tous les problèmes dans chaque respiration que tu prends / Chaque jour et partout quand tu te sens triste / Laisse toi te faire aider / Et tu pourras atteindre tes rêves / Ouvres tes yeux, regarde dans le miroir / Regarde autour de toi / Ne t’arrêtes pas, réveille-toi / Trop c’est trop.»

Dans la lignée des rappeurs à tendance beaucoup plus pop se trouve Kakajan. Chantant en russe exclusivement, ses paroles raisonnent principalement auprès de la jeunesse dorée de la capitale Achgabat. Avec des thèmes aussi légers que l’Iphone – bien de luxe jusque dans le désert du Karakoum – et les femmes, Kakajan tourne en boucle dans les quelques bars de la ville.

L’étonnante qualité des vidéos et de l’enregistrement laisse deviner un soutien officiel du gouvernement, car les studios d’enregistrement ne sont ouverts qu’à ceux qui reçoivent l’approbation des autorités.

Le morceau le plus populaire de Kakajan «La voilà» avec des paroles en russe comme «Tu danses si facilement / La voilà, elle enflamme, dommage qu’elle ne m’étreigne pas.» Touchant là à un pan de la société patriarcale turkmène et encourageant un certain machisme sur le modèle de la pop russe.

Sohbet Kasymov s’affiche lui en parfait playboy musical du régime. Derrière son costume occidental tiré à quatre épingles et le «Tahya» sur la tête (le chapeau traditionnel turkmène que les écoliers et représentants de la bonne société turkmène se doivent de porter) il chante l’amour en turkmène.

En bref, de la musique turkmène lisse.

La pop lisse sur l’amour tout comme l’ensemble des autres morceaux du même auteur.

La musique féminine turkmène suit le même chemin : passage obligé par les chansons patriotiques. Car si les hommes peuvent être habillés à l’occidentale, les chanteuses, elles, doivent faire attention. A son arrivée au pouvoir, le président Berdimouhamedov a passé un certain nombre de décrets obligeant les chanteuses à porter le costume national sur scène.

Les façons occidentales sont vues d’un mauvais oeil quand il en vient au divertissement, et l’ancien président Nyazov avait interdit déjà l’opéra, le ballet, ainsi que le cirque.

Le parcours de la chanteuse Myahri Pirgulyeva, qui a pourtant étudié aux Etats-Unis, est presque un stéréotype. Elle a commencé en 2013 avec sa chanson «Ayterek-Gunterek» parlant d’un jeu d’enfant entre fille et garçon pour se séduire et s’embrasser. Dans le clip, elle porte des habits occidentaux (même si les robes sont longues). Mais pour en arriver là, il a d’abord fallu produire des chansons et des vidéos patriotiques qui lui servent de caution, notamment «Turkménistan» ou «toujours devant» (en parlant de son pays).

La forte pression des autorités pour contrôler les musiciens, et plus particulièrement les jeunes chanteurs, appauvrit la scène musicale et détourne les jeunes de la musique nationale – les chanteurs «officiels» produisant parfois des oeuvres surprenantes de kitch (comme cette musique du chanteur Begmyrat Annamyradov titrée «Madmuazel» du français «Mademoiselle») ou de nationalisme débordant.

Bonus : le président du Turkménistan, Gurbanguly Berdimouhamedov jouant de la guitare et mixant en mode DJ devant un public pour le nouvel an.

La Rédaction

 



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