Liberté de la presse Reporters sans frontières classement

Liberté de la presse : l’Asie centrale dans le bas du classement

Il y a quelques semaines, l’organisation Reporters sans Frontières (RSF) publiait son nouveau rapport de la liberté de la presse pour l’année en cours. L’Europe du Nord (Finlande, Pays Bas, Norvège) mène la liste, tandis que le Turkménistan se traîne toujours dans le bas du classement. L’Asie centrale a cependant beaucoup évoluée en un an. Revue pays par pays.

 

Le Kirghizstan, étoile montante

Le Kirghizstan bénéficie d’une sphère médiatique large et plurielle. Il progresse de trois places par rapport à l’année passée pour se hisser à la 85e. Mais l’évaluation de Reporters Sans Frontières (RSF) souligne également d’importants défis pour la presse kirghize. Celle-ci serait encore marquée par l’auto-censure et une influence nuisible des grands patrons de presse.

Liberté de la presse reporters sans frontières logo

D’autre part, le parlement kirghiz est en passe de voter une  loi «contre la propagande homosexuelle», proche du modèle russe. La proposition de loi correspondante fait partie du débat public depuis plus de deux ans et a été repris par le nouveau parlement après les élections législatives d’octobre 2015. Pour justifier ses réserves, RSF soulève également la condamnation d’un journaliste à une amende de deux millions de soms (environ 26.000€) pour outrage au président.  

Lire aussi sur Novastan.org : Pénalisation de la propagande homosexuelle au Kirghizstan : une loi pas très légale

Le 21 avril, le comité des droits de l’homme de l’ONU enjoignait les autorités kirghizes à libérer le journaliste Azimjan Askarov de sa détention. D’après le communiqué, Askarov aurait été condamné dans un simulacre de procès, détenu à tort et torturé. En 2010, ce journaliste d’ethnie ouzbèke avait documenté les affrontements ethno-politiques entre Kirghizs et Ouzbeks dans le sud du pays. Il a ensuite été accusé et condamné pour incitation aux troubles à l’ordre public et complicité de meurtre.

Le Tadjikistan, plus grand perdant

En seconde position pour l’Asie centrale, on trouve le Tadjikistan. Ce dernier suit avec un écart immense et une grande chute pour se classer 150ème sur 180. Sa baisse de 34 places est la plus importante dans le monde. En cause : des références à des menaces terroristes utilisées comme prétexte par le pouvoir en place pour interdire des groupes d’opposition et fermer des médias indépendants.

Des journalistes risquent souvent des heures d’interrogatoires, des intimidations et chantages. La surveillance généralisée des médias est devenue la routine. Enfin, des blogs et magazines en ligne sont régulièrement bloqués, de même que les réseaux sociaux.

La Kazakhstan et son régime sur la défensive

La crise économique et l‘âge du président Noursoultan Nazarbaïev mettent l’élite dirigeante sous pression. Un nouveau record en termes de clôture de médias indépendants a été atteint en 2013. Des nouveaux journaux d’opposition sont généralement interdits bout de quelques mois.

Nursultan Nazarbayev liberté de la presse RSF

De plus, l’Etat enclenche des poursuites juridiques contre des journalistes indépendants et observe Internet de près. Le gouvernement a d’ailleurs introduit de nouvelles lois permettant aux autorités de fermer des canaux médiatiques et d’imposer des sanctions importantes. Le pays reste au 160e rang parmi les 180 pays examinés.

Ouzbékistan : des pressions internes et externes

L’Ouzbékistan se trouve six places (166e) derrière le Kazakhstan. Au moins neuf journalistes connus se trouvent dans une détention qualifiée d’inhumaine par RSF. Parmi eux Muhammad Bekjanov, qui avait reçu le prix d’honneur pour les journalistes indépendants par RSF en 2013.

Muhammad Bekjanov liberté de la presse RSF

Les médias imprimés sont soumis à un contrôle systématique des autorités ouzbèkes, tandis que le contrôle est accentué en ligne. D’après RSF, une forte pression est aussi exercée sur les journalistes en exil.

Le Turkménistan : lanterne rouge « infernale »

Selon le classement, seuls deux pays ont une presse moins libre que le Turkménistan : la Corée du Nord et l’Erythrée. Ces trois derniers sont qualifiés de « trio infernal » par l’organisation. Même des pays peu réputés pour leur liberté d’expression comme la Chine, l’Arabie Saoudite ou le Yémen sont estimés plus libres.  

RSF reproche aux autorités de faire du Turkménistan un « trou noir de l’information ». Le journalisme ne peut qu’être loyal au gouvernement. Un journaliste identifié comme indépendant risque la prison, voire la torture, et l’Etat a un contrôle absolu sur les médias. Des antennes satellites ont été démontées sous un prétexte esthétique pour empêcher l’accès aux médias étrangers.  

La rédaction
Traduit de l’allemand par Florian Coppenrath



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