Tadjikistan : le fils aîné du président devient maire de Douchanbé

Le président tadjik Emomalii Rahmon a nommé le 12 janvier dernier son fils aîné Rustam Emomali, âgé de 29 ans, à la tête de la mairie de Douchanbé, la capitale du pays. Le maire depuis 19 ans, Mahmadsaid Ubaydulloev, est limogé, ainsi que toute l’équipe municipale.

C’est une nomination qui ne va rien arranger aux accusations de népotisme au Tadjikistan. Emomalii Rahmon, le président de ce pays le plus pauvre d’Asie centrale, a annoncé jeudi 12 janvier que son fils aîné était nommé maire de Douchanbé, la capitale du pays.

Cette nouvelle nomination n’a rien d’étonnant dans un pays où le président est officiellement nommé “Leader de la Nation”, depuis décembre 2015. Emomalii Rahmon a depuis quelques mois consolidé sa mainmise sur le pouvoir : en mai 2016, les Tadjiks ont validé à plus de 90%, par référendum, les amendements de la constitution permettant au président de se représenter indéfiniment et autorisant l’abaissement de l’âge minimum de 35 à 30 ans pour se présenter à une élection présidentielle.

Une formation présidentielle ?

Plusieurs médias dont Akipress et Eurasianet voient dans cette loi et dans la nomination de Rustam Emomali à la mairie de Douchanbé une volonté du président d’assurer sa succession. Les prochaines élections présidentielles auront lieu en 2020 : Rustam Emomali sera alors âgé de 33 ans et aura donc la possibilité de poser légalement sa candidature à la présidence.

Jusqu’alors, le fils aîné du président était principalement connu pour ses frasques et son goût prononcé pour les voitures de luxe. Peu présent dans les médias nationaux, il apparaît néanmoins de plus en plus souvent aux côtés de son père lors de visites officielles.

Rustam Emomali, fils prodige du président

Reste à savoir comment Rustam Emomali dirigera la capitale. Père de 3 enfants, il a vu sa carrière s’envoler rapidement. En 2013, il est nommé à l’Administration des douanes. Auparavant, le fils du président a travaillé un temps sous la direction de Sepp Blater, l’ancien président de la FIFA empêtré dans des grandes affaires de corruption.

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Rustam Emomali possédait une équipe de football (“Istiqlol”) et était à la tête de la Fédération Nationale de Football tadjik. Enfin en 2015, il devient le directeur de l’Agence nationale anti-corruption. Certains observateurs se sont étonnés de ces nominations, notamment de savoir si Rustam Emomali était suffisamment compétent et expérimenté pour diriger ces postes à haute responsabilité.

Rustam Emomali est devenu le nouveau maire de Douchanbé.

Renforcer le pouvoir politique de la famille du président

En devenant maire de Douchanbé, cette prise de poste s’inscrit dans une suite logique de nominations récentes et confirme la stratégie du président tadjik, qui souhaite renforcer le pouvoir politique de la famille Emomali ainsi que du clan de la ville de Danghara, d’où Emomalii Rahmon est originaire.

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Ozoda Emomali, une des filles de Emomalii Rahmon, est depuis un an la cheffe du cabinet présidentiel. Une autre de ses filles, Rukhchona Rahmonova est quant à elle à la tête du département des Relations internationales du ministère des Affaires étrangères.

L’ancien maire de Douchanbé, soutien clé d’Emomalii Rahmon

Douchanbé était depuis la fin des années 1990 dirigé par Mahmadsaid Ubaydullaev, homme politique clé dans l’histoire du pays depuis son indépendance en 1990. Originaire de la région de Khatlon, la même région que le président située dans le sud-ouest du pays, Mahmadsaid Ubaydullaev est l’homme politique puissant du clan Farkhor.

Après avoir occupé plusieurs postes importants dans la région de Kulob au début des années 1980, Ubaydulloev devient vice-président du comité d’État des statistiques et en 1990 il occupe le poste de vice-président du pouvoir exécutif pour la ville de Kulob. Fervent supporter d’Emomalii Rahmon, il appuie sa candidature pour la présidence en 1992 et devient dès 1994 le vice-Premier ministre du pays jusqu’en 1996, année où il prend ses fonctions à la mairie de Douchanbé.

Mahmadsaid Ubaydullaev reste président du Sénat

Malgré la perte des ses fonctions de maire, Mahmadsaid Ubaydullaev reste le président du Sénat, le Majlisi Milli, poste qu’il occupe depuis l’an 2000. Selon la constitution tadjike, cela fait de lui le deuxième personnage de l’Etat après le Président.

La raison officielle invoquée par Mahmadsaid Ubaydullaev après sa perte de son poste de maire serait « de laisser une chance aux jeunes », d’après la conseillère municipale Gulnora Amirshoyeva dans Newsweek.

Le président tadjik raffermit son pouvoir

Plus largement, Emomalii Rahmon affirme de plus en plus clairement sa politique amorcée il y a plusieurs années. Le seul parti d’opposition, le PRIT (le Parti de Renaissance Islamique au Tadjikistan), dirigé par Mouhiddin Kabiri a été banni suite à une décision du ministère de la Justice le 28 août 2015. La raison officielle invoquée était que ce parti ne comptait pas suffisamment de membres pour être enregistré comme parti politique.

Le président tadjik, Emomalii Rahmon, lors de la nomination de son fils Rustam Emomali à la mairie de Douchanbé.

Derrière cette décision, se cache une volonté à peine dissimulée du président tadjik d’exclure toute opposition réelle à son pouvoir. Comme le rappelle Radio Free Europe, le PRIT était le seul parti islamique autorisé sous l’Union soviétique. Il a joué un rôle important pendant la guerre civile de 1992-1997 et a été un acteur principal dans les accords de paix de 1997.

Après la destruction de l’opposition, des nominations pour la famille présidentielle

Le PRIT était présent au Parlement tadjik depuis l’année 2000 ce qui faisait du Tadjikistan un des seuls pays d’Asie centrale ayant un système multi-partis avec une réelle opposition. Depuis la perte totale des sièges du parti au Parlement lors des élections législatives en mars 2015, une véritable chasse aux sorcières a eu lieu dans le pays, obligeant plusieurs membres du parti de fuir. Depuis la fermeture du PRIT, Mouhiddin Kabiri, menacé au Tadjikistan, vit en exil à l’étranger.

Enfin et surtout, Emomalii Rahmon n’hésite plus à nommer des membres de sa famille à des postes stratégiques et en écartant un de ses plus vieux soutiens qui pourrait s’avérer un potentiel rival politique. Cette stratégie confirme le renforcement du pouvoir du « clan Emomali » aux commandes.

La  rédaction

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