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Tadjikistan : en proie aux séismes, un important barrage menace de s’effondrer

Comme le rapporte Deutsche Welle, l’activité sismique dans la région du Pamir a, de nouveau, attiré l’attention des scientifiques.  Après plusieurs tremblements de terre violents dont l’épicentre se trouvait près du lac de Sarez, les experts évoquent les risques d’une brèche dans le barrage suivie d’inondations.

Le 7 décembre dernier, plusieurs secousses ont frappé la région. La plus forte d’entre elles a atteint la magnitude de 7 sur l’échelle de Richter. Rebelotte une semaine plus tard.  « Le 14 et le 15 décembre, plus de vingt tremblements ont été enregistrés avec une magnitude comprise entre 4 et 5 dans le lac Sarez », raconte Anatoli Ischuk, directeur du laboratoire d’évaluation des risques sismiques et géo-écologiques de l’Académie des Sciences du Tadjikistan.

Selon lui, les secousses de décembre sont comparables à celles ayant eu lieu dans le Pamir en février 1911. Ces violents tremblements de terre avaient donné naissance au lac de Sarez. L’éboulement d’une partie de la montagne obstruant la rivière Murghab avait fait déborder cette dernière et conduit à l’engloutissement sous les eaux du village d’Usoi. Le barrage naturellement constitué par l’éboulement a été nommé Usoi par les habitants des villages voisins, qui ont également baptisé le lac Sarez en l’honneur de la vallée éponyme.

Une attente inquiétante

Depuis la formation du lac, la grande question concerne la solidité de cette digue naturelle haute de cinq cent mètres. On considère que si le barrage ne peut supporter la pression de l’eau, il se produira alors une catastrophe sans précèdents en Asie centrale. « La catastrophe serait d’une telle ampleur que le tsunami en Asie du Sud-Est en 2004 dans lequel ont péri 200 000 personnes apparaîtrait comme un incident anodin », déclare Andreï  Zakhvatov, expert des problèmes d’eau en Asie centrale.

Selon les estimations d’Andreï Zakhvatov, la crue de l’eau provoquerait un puissant flot de boue qui, tel un raz-de-marée, atteindrait la hauteur d’un mur de 80 mètres balayant tout sur son passage. « On estime que ce scénario concernerait les territoires du Tadjikistan, d’Afghanistan, du Turkménistan et d’Ouzbékistan où vivent aujourd’hui environ sept millions de personnes », souligne l’expert.

Les conséquences d’une telle catastrophe mettraient plusieurs décennies à disparaitre. « Les victimes, si elles ne périssent pas dans les inondations, perdront leurs foyers, leurs ressources alimentaires. De dangereuses infections se propageront dans les zones d’inondations. Les champs et pâturages seront inutilisables. C’est pourquoi il est aujourd’hui important de développer et même de réaliser le projet de construction d’une pente de sécurité d’écoulement du volume d’eau pour éviter un tel scénario », affirme M. Zakhvatov.

Une menace bien réelle

Ancien commandant détaché du département du Ministère des Situations d’urgences du Tadjikistan, Andreï Pilkievitch a visité la région de Sarez à plusieurs reprises. Selon ses observations, si un nouveau tremblement de terre de force semblable venait à se produire, le barrage serait presque entièrement détruit. « La longueur du barrage est de cinq kilomètres. Sa profondeur au-dessus du niveau de l’eau atteint le kilomètre et demi. Dans le cas d’une nouvelle catastrophe,il y a de fortes chances pour que la pression de l’eau porte uniquement sur la partie supérieure du barrage. Certes, toute l’eau ne s’évacuerait pas, mais nous ne pouvons rester dans l’attente de connaitre les conséquences d’une telle catastrophe », s’inquiète Pilkievitch.

Les experts n’évoquent pas moins de sept sources de danger à Sarez. La plus grave étant un glissement de terrain sur la rive droite du lac. Selon leurs estimations, son volume serait égal à deux kilomètres carrés. D’après cette hypothèse, l’effondrement de cette masse menacerait de causer un débordement du lac sur l’arête du barrage, et ainsi l’emporterait.

Lors du tremblement de terre du 7 décembre, les spécialistes du service de surveillance ont enregistré une légère chute de pierres et une élévation de la poussière. « Heureusement, il n’y a pas eu d’importants glissements de terrain. Les évènements ont montré une certaine stabilité de la pente », note le sismologue Anatoly Ischuk.

Quelles solutions ?

Depuis cent ans déjà, les scientifiques échangent sur les moyens de protéger le lac. Plusieurs solutions de long terme ont été évoquées. Certains suggèrent, par exemple, de rabaisser le niveau d’eau du lac Sarez en renforçant sa filtration. La deuxième option reviendrait à construire un barrage aux abords des villages voisins dans le but de contenir un potentiel raz-de-marée. La troisième initiative consisterait à construire un tunnel sous le lac pour réduire son niveau de cinquante mètres. La majorité des experts répond favorablement à solution malgré une réalisation hypothétique. « Ce projet onéreux demanderait un demi-milliard de dollars sans aucun bénéfice commercial. La probabilité pour trouver un investisseur est presque nulle », souligne, réaliste, Anatoly Ischuk.

Cependant, les spécialistes russes de constructions hydrauliques, Yuri Sevenard et Alexandre Riabikin considèrent envisageable la construction d’une centrale hydroélectrique d’une puissance de 300 MW en aval du barrage Usoi. « Avec cette centrale, le problème de l’abaissement du niveau de l’eau pour atteindre un niveau sécuritaire serait résolu. La région du Pamir disposerait d’une source d’électricité et le coût du projet serait rentable », estime Zakhvatov.

Pour le moment, la sécurité de ce bassin immense dépend du système de surveillance mis à jour pour la dernière fois dans les années 2000.

 

Galim Faskhoutdinov, journaliste pour Deutsche Welle
Article traduit du russe par Nancy Rault



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