Après la mort d’Alicher Mirzonabot, député tadjik et président de la région autonome du Haut-Badakhchan, les bilans de ses activités dressés par le pouvoir et par la société civile se contredisent.
Une voiture officielle a plongé dans la rivière du Piandj, qui coule à la frontière de l’Afghanistan, et semble n’avoir fait aucun survivant. Le 17 juin dernier, le député et président de la région autonome du Haut-Badakhchan, au Tadjikistan, est mort dans un accident de voiture dans le district de Darvoz.
A ses côtés se trouvaient sa femme, sa fille de deux ans, son assistant et son chauffeur. Les corps n’ont pas été retrouvés à ce jour malgré les recherches, rapporte le média tadjik Asia-Plus.
Entre les condoléances officielles et l’émoi de tous face à la mort d’un enfant, les réactions quant à l’héritage du président de cette région, qui a subi de grands changements pendant son mandat, sont variées.
Si les communications officielles saluent un fonctionnaire respecté, la société civile quant à elle le tient responsable de larges répressions et de l’écroulement démographique du Haut-Badakhchan, où vit une minorité ethnique distincte.
Un fonctionnaire félicité par de gouvernement à Douchanbé…
Comme le rapporte Fergana News, avant d’être nommé président du Haut-Badakhchan en novembre 2021, Alicher Mirzonabot avait été successivement vice-président du Comité pour la sécurité nationale (GKNB), vice-président du Haut-Badakhchan, puis maire de Khorog, principale ville de la région autonome.
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Rustam Emomali, président de l’Assemblée nationale – et fils du président tadjik Emomali Rahmon – a publié ses condoléances et affirmé que « le défunt se distinguait par ses hautes qualités humaines, son grand sens des responsabilités, son dévouement à l’Etat et à la nation. Grâce à ses mérites dans le développement de la société, il avait gagné un respect particulier et la reconnaissance de ses collègues. Le souvenir lumineux de Mirzonabot Alicher Khoudoberdi restera à jamais dans le cœur des gens. »
Plus précisément, le gouvernement félicitait Alicher Mirzonabot pour ce qu’il considérait comme un retour de l’ordre dans la région. Comme le rapporte Radio Ozodi, la branche tadjike du média américain Radio Free Europe, les condoléances officielles de la part des organes de l’Etat louent son rôle dans le retour de la stabilité et le développement économique du Haut-Badakhchan.
… Mais honni par l’opposition
Le média d’opposition Pamir Inside, quant à lui, dresse un bilan catastrophique de ces quatre ans et demi passés sous le mandat d’Alicher Mirzonabot – nommé par le pouvoir central et non élu par la population.
Il note que pendant cette période, plus de 300 personnes ont été emprisonnées pour des raisons politiques et plus de 50 000 ont quitté la région à la suite des répressions, pour une population régionale estimée à 250 000 habitants.
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Après des frictions entre la population et les autorités dès novembre 2021 à Rochtkala, Pamir Inside cite comme point d’orgue de ces répressions les manifestations réprimées dans le sang à Khorog et Rouchan en mai 2022. Selon les journalistes, « [Alicher] Mirzonabot n’était pas qu’un observateur extérieur. Il a publiquement et politiquement soutenu ce processus, ne s’est pas exprimé contre les répressions et est devenu dans les faits le visage régional de cette politique. »
Les campagnes d’enlèvements et d’incorporations de force à l’armée, rares auparavant dans le Haut-Badakhchan, sont devenues la norme, comme dans le reste du pays. En un mot, si la région bénéficiait bel et bien d’une fragile autonomie auparavant, elle a été mise au pas comme le reste du pays.
L’instauration d’une défiance envers le pouvoir
Enfin, son mandat a vu s’instaurer une défiance particulière de la population envers le pouvoir. Ironiquement, sa mort le démontre mieux qu’aucun autre exemple. Malgré sa loyauté totale envers la capitale, des rumeurs sur l’organisation de son assassinat fleurissent sur les réseaux sociaux, tant il semble désormais baroque qu’un homme de pouvoir puisse tomber autrement que par ordre de Douchanbé.
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Selon le ministère de l’Intérieur, le jour de l’accident, le chauffeur lancé à une trop grande vitesse aurait perdu le contrôle du véhicule. La voiture aurait alors heurté deux poteaux avant de tomber dans la rivière en contrebas.
Une enquête toujours en cours
Certains dressent déjà la liste des incohérences, comme Anora Sarkorova, ancienne journaliste de la BBC puis journaliste indépendante en exil – bien que celle-ci s’abstienne ici d’accuser expressément le pouvoir central. Sur Facebook, elle affirme que les passagers de la voiture auraient été déclarés morts avant la fin des opérations de sauvetage et que le récit des faits serait trop précis étant donné l’absence apparente de témoins. De plus, la plaque d’immatriculation apparaitrait comme intouchée et aurait survécu à l’accident, comme pour témoigner de l’identité des victimes.
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Selon elle, une vidéo filmée par un militaire après les faits serait apparue sur les réseaux sociaux juste au bon moment, alors même que les soldats n’ont pas le droit de filmer ces lieux frontaliers stratégiques.
Elle liste ainsi sept points qu’elle trouve troublants dans cet accident, l’enquête demandée par le gouvernement étant toujours en cours. Le fait est que la défiance est devenue telle que nombre d’habitants sont prêts à croire que tout homme de pouvoir qui disparaît a forcément été écarté par Douchanbé. Même quand il en était le plus loyal allié.
Judith Robert
Rédactrice pour Novastan
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Qui était le président du Haut-Badakhchan, mort dans un accident de voiture ?
Qui était le président du Haut-Badakhchan, mort dans un accident de voiture ?