Femmes filant la laine au Tadjikistan

Le Tadjikistan appelle la Banque asiatique de développement à l’aide

Le coronavirus a causé bien des dégâts aux économies d’Asie centrale. Le Tadjikistan, l’un des pays les plus pauvres de la région, demande aujourd’hui à la Banque asiatique de développement une nouvelle aide financière.

Le Tadjikistan est touché de plein fouet par la crise économique. Ses finances, déjà fragiles avant la crise sanitaire, sont aujourd’hui dans un état encore plus préoccupant, ce qui pousse le pays à demander de l’aide aux bailleurs internationaux. Radio Ozodi, la branche tadjike du média américain Radio Free Europe, a ainsi révélé le 7 juillet dernier une lettre du vice-Premier ministre Davlatali Said, envoyée à la Banque asiatique de développement (BAD) pour obtenir une nouvelle aide financière.

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Dans cette lettre, qui n’est que partiellement dévoilée, le vice-Premier ministre dresse un constat inquiétant, en donnant les chiffres suivants : en 2020, le chômage devrait tripler d’ici la fin de l’année, quand la croissance sera de 2,4 % et non de 7,5 % comme initialement prévu. Dans ces circonstances, le gouvernement travaille à réunir la somme de 364 millions de dollars (soit 322 millions d’euros) pour mettre en place son plan de sauvetage.

Assurer la sécurité alimentaire

Dans sa lettre, le vice-Premier ministre explique que ces fonds serviront à assurer la sécurité alimentaire. Avec la dépréciation de leur monnaie, le somoni, il est en effet de plus en plus difficile pour les populations de se procurer les biens alimentaires importés.

Mais ce fonds devrait aussi servir les petites entreprises, notamment celles gérées par des femmes. Dans un rapport paru en avril dernier, l’ONU souligne ainsi que dans les pays en voie de développement les femmes sont touchées de plein fouet par la crise sanitaire et économique. C’est à elles qu’il revient de prendre soin des proches malades, ce qui les empêche d’avoir une activité rémunérée à côté, les plaçant dans une situation précaire. Sans compter les mesures de quarantaine, qui ont fait exploser les cas de violences conjugales. ONU Femmes met donc en place des dispositifs pour les soutenir. Au Tadjikistan, un atelier de couture a par exemple été créé pour les femmes séropositives. Son activité a décollé suite à la forte demande en masques.

Une aide parmi tant d’autres

Cette aide financière, si elle est accordée, s’additionnera aux autres déjà perçues par le Tadjikistan, qui recherche activement des financements. Début avril, la Banque mondiale a alloué au Tadjikistan une subvention de 11,3 millions de dollars (soit 10 millions d’euros) pour qu’il rende ses hôpitaux opérationnels. La BAD a de son côté déjà accordé deux prêts : un de 50 millions de dollars (44 millions d’euros) le 18 juin dernier, puis un autre le 1er juillet, de 30 millions de dollars (26 millions d’euros), pour aider les jeunes, les travailleurs migrants et les femmes. Le Fonds monétaire international a quant à lui accordé un prêt de 189,5 millions de dollars (167,8 millions d’euros) en mai dernier. Enfin, l’Union européenne a aussi resserré ses liens avec la République d’Asie centrale, en lui allouant 48 millions d’euros en avril dernier.

Des prêts par millions qui concernent également les autres pays d’Asie centrale, fortement touchés par la crise économique liée au coronavirus. Les bailleurs internationaux sont ainsi sur les rangs pour prêter des dizaines de milliards de dollars pour aider la région, souvent conditionnés à des réformes politiques ou économiques.

Une lettre qui tranche avec le discours officiel

Plus précisément, cette lettre du vice-Premier ministre Davlatali Said n’avait probablement pas vocation à être diffusée par la presse. Ce ton inquiet tranche en effet avec celui des médias d’État tadjiks, qui ne publient que des nouvelles positives au sujet de l’économie. Par exemple, dans la rubrique « économie » du média d’État Jumhuriyat, on ne trouve qu’une longue liste d’ouvertures d’usines et de chiffres sur les exportations tadjikes – sans toutefois que ceux-ci soient contextualisés avec les données des années précédentes, ce qui empêche de savoir s’il s’agit vraiment de bonnes nouvelles.

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Ce qui rappelle la difficile condition des médias au Tadjikistan, qui ne va pas en s’améliorant. En 2017 par exemple, le président Emomalii Rahmon a fait pression sur les médias d’État pour que ceux-ci l’introduisent comme le « fondateur de la paix et de l’unité nationale, le leader de la nation ».

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Les classements sur la liberté de presse de Reporters sans frontières (RSF) se font l’écho de la brutale dégradation du travail journalistique ces cinq dernières années au Tadjikistan. Depuis 2020, le pays a rejoint les cercles de la « zone noire » aux côtés de ceux que RSF surnomme de longue date le « trio infernal » : Corée du Nord, Érythrée, Turkménistan.

La plus faible économie en Asie centrale

Plus largement, si le Tadjikistan est particulièrement touché par la crise, c’est d’abord parce qu’il compte parmi les économies les moins robustes de la zone. En comparant son Produit intérieur brut avec ceux des quatre autres pays d’Asie centrale, on constate que le Tadjikistan occupe la moins bonne place. Il est ainsi classé 146ème, juste après le Kirghizstan (145ème), puis le Turkmenistan (93ème), l’Ouzbékistan (81ème) et enfin, loin devant, le Kazakhstan (54ème).

Dans le détail, le commerce extérieur tadjik est peu diversifié. Il repose majoritairement sur l’exportation de certains minerais et métaux, notamment l’or et l’aluminium, ce qui le rend très sensible aux variations des cours mondiaux.

Lire aussi sur Novastan : Avec la baisse des envois de fonds depuis l’étranger, une crise économique majeure attend l’Asie centrale

Enfin, le dernier coup porté à l’économie tadjike est la baisse drastique des envois de fonds depuis l’étranger (aussi appelé remittances). Chaque année, des Tadjiks vont tenter leur chance à l’étranger et envoient une part de leur salaire à leurs proches restés sur place. Occupant souvent les postes les plus précaires, les confinements, puis la crise économique, font qu’ils ne sont aujourd’hui plus en mesure de subvenir aux besoins de leurs familles. Ce qui a un impact dramatique sur le  Tadjikistan, où les envois de fonds depuis l’étranger comptent pour un tiers de la richesse nationale.

Héloïse Dross
Rédactrice pour Novastan

Relu par Anne Marvau

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