Abdourakhmon Karaïev, 17 ans, consacre son temps libre à photographier et documenter les mosaïques tadjikes. Ces œuvres de l’époque soviétique disparaissent rapidement, détruites ou recouvertes. Le lycéen de Bokhtar partage ses trouvailles sur Instagram pour en garder une trace.
Abdourakhmon Karaïev a 17 ans, il vit à Bokhtar, dans le Sud-Ouest du Tadjikistan, et est en 11ème classe (l’équivalent de la terminale, ndlr). Sa vie est faite de jours d’école habituels, d’amis et de promenades en ville. Mais il trouve aussi le temps pour un hobby inhabituel : méthodiquement, il cherche, photographie et documente les mosaïques tadjikes.
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Le déclic du métro de Moscou
Il a commencé à s’intéresser à cet art à Moscou. Alors qu’il était dans le métro, il s’est mis soudainement à regarder vers le haut, où se trouvent des mosaïques dans les stations.
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« Un jour, j’ai décidé de regarder plus attentivement l’une des mosaïques au-dessus de ma tête et j’ai remarqué qu’elle était faite à partir d’éléments minuscules. J’ai appris ensuite qu’il s’agissait de smalt et cela m’a émerveillé », raconte le lycéen.

Mais en réalité, son engagement s’est formé au Tadjikistan, lorsqu’il a compris qu’un tel héritage y était également présent et qu’il disparaissait rapidement.
Sans nostalgie de l’Union soviétique
Abdourakhmon Karaïev insiste : son intérêt ne vient pas de l’idéalisation du passé de l’Union des républiques socialistes soviétiques.
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« Les mosaïques ne m’intéressent pas en tant qu’héritage de l’URSS, mais comme une partie de l’histoire de notre pays précisément, qui faisait partie de l’Union soviétique », explique-t-il.
Un patrimoine menacé par les destructions
Certaines choses l’attirent immédiatement dans les mosaïques : leur valeur historique, leur complexité artistique et leur fusion organique avec l’architecture.
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« Créer entièrement des chefs-d’œuvre de verre et de pierre est parfaitement fascinant. De plus, elles se fondent naturellement dans l’architecture de la ville, ce qu’on ne peut pas dire des nouvelles constructions », explique-t-il.
Ce contraste avec les constructions récentes est l’une des raisons qui l’ont poussé à commencer à documenter les mosaïques. La liste des destructions de bâtiments est sans fin selon lui : le salon de thé Rohat, le cinéma Tadjikistan, le théâtre Maïakovski… La nouvelle concernant la mosaïque représentant Abou Ali ibn Sino à Douchanbé a été un tournant pour lui.

« L’immeuble est déjà entouré de barrières et est prêt à être détruit. Alors que c’est l’une des mosaïques soviétiques les plus connues d’Asie centrale et la mosaïque la plus connue représentant Avicenne. Et elle se trouve précisément au Tadjikistan », déplore-t-il.
À la recherche des mosaïques
À Bokhtar, quelques mosaïques ont été conservées. Le jeune homme a fait entièrement le tour de la ville et a trouvé des œuvres qui étaient inconnues des habitants eux-mêmes.


Il connait désormais l’existence d’au minimum huit mosaïques, dont une œuvre de Sabzali Charipov, à moitié recouverte par un magasin attenant. Certaines mosaïques existent encore formellement, mais il est impossible de les voir : elles ont été tantôt entièrement enduites de plâtre, tantôt recouvertes d’autres motifs.
Des découvertes inattendues à Bokhtar
Ses émotions les plus fortes sont liées à des découvertes inattendues. Comme avec la mosaïque d’Icare, trouvée dans la maison de la culture délabrée d’une usine de transformateurs.
« Nous avons vu ce bâtiment sans toit, avons demandé au gardien de nous laisser entrer et avons trouvé des fresques et une mosaïque d’une incroyable beauté. Nous étions tout simplement aux anges », se souvient-il.

Un jour, il a découvert une salle entièrement recouverte de mosaïques : l’ancienne salle des banquets. « Imaginez un peu : diner dans une salle où tous les murs sont couverts de mosaïque », s’enthousiasme Abdourakhmon Karaïev.

Un intérêt qui se partage
Quand on demande à Abdourakhmon Karaïev si son hobby inhabituel pourrait conquérir le cœur de ses camarades, il répond sans hésitation : oui. Il s’est même rendu dans les villes voisines à la recherche de mosaïques avec ses amis Abdoullo, Obid et Adkham.
Mais il effectue ses recherches seul la plupart du temps ; par définition, ce processus peut être assez fastidieux. « Mais je suis sûr d’une chose : j’ai transmis mon intérêt à pas mal de gens, surtout à Douchanbé », déclare le jeune homme.

Il a ressenti un soutien particulier à l’été 2025 lors de la création de son compte Instagram. Désormais, le lycéen publie régulièrement des photos de mosaïques qu’il a découvertes, se focalisant particulièrement sur les régions.
Les archives du futur
Questionné sur l’avenir des mosaïques, l’adolescent répond que la meilleure décision serait simplement de ne pas les toucher. Ou encore mieux, de leur octroyer le statut d’héritage culturel.
Selon ses observations, le destin des mosaïques au Tadjikistan est l’un des plus tristes des pays post-soviétiques. Surtout en régions, où les destructions ont lieu discrètement.
« Les gens ne comprennent pas que les mosaïques sont à la fois histoire, art, architecture et potentiel touristique », regrette Abdourakhmon Karaïev.
Préserver la mémoire des villes tadjikes
Le lycéen rêve que son compte Instagram devienne une part d’un plus grand projet, d’archives ou d’expositions. « Je serais prêt à partager toutes les archives et les données que j’ai récoltées pendant deux ans », ajoute-t-il.
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Pour l’instant, il n’a pas d’appareil photo professionnel et la plupart de ses clichés sont faits soit avec les téléphones de ses amis, soit avec l’appareil de l’école qu’il emprunte parfois à un professeur.
Mais dans 20 ans il est possible que ces photos deviennent le seul témoignage montrant à quoi ressemblaient les villes du Tadjikistan…
Alina Valamat-Zadé
Journaliste pour Asia-Plus
Traduit du russe par Paulinon Vanackère
Édité par Mauranne Rasoanaivo
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Comment un lycéen de Bokhtar tente de sauver les mosaïques tadjikes