Ouzbékistan Société Syr-Daria Sardoba Barrage Construction Reconstruction Bâtiment Logement

Les victimes des inondations du barrage de Sardoba recevront de nouveaux logements

Des milliers d’habitants de la province de Syr-Daria, dans l’est de l’Ouzbékistan, ont vu leurs habitations dévastées suite aux inondations provoquées par la destruction du barrage de Sardoba. L’État ouzbek a promis de prendre en charge la réparation des habitations endommagées ainsi que la construction de nouveaux immeubles. Si les mesures décidées sont honorables, le choix des constructeurs pose tout de même question.

Plus de 100 000 personnes ont été évacuées suite à la destruction du barrage de Sardoba, le 1er mai dernier. Le président Chavkat Mirzioïev a immédiatement signé, le même jour, un décret visant à effacer les conséquences des inondations qui ont eu lieu dans la province de Syr-Daria, dans l’est du pays, rapporte le média ouzbek Gazeta.uz. Selon ce document, le ministère de la Construction d’Ouzbékistan, avec le soutien du gouverneur de la région, a été chargé d’organiser un concours entre des entrepreneurs pour la construction de bâtiments résidentiels. L’objectif était de conclure un contrat avec les lauréats de la sélection dans un délai de deux semaines afin de fournir au plus vite des logements aux personnes sinistrées, rapporte le média russe Fergana News.  

Novastan est le seul média en français et en allemand spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir à partir de 2 euros par mois (défiscalisé à 66 %), ou en devenant membre actif par ici.

Or, le 16 mai dernier, lors d’une réunion d’information à Goulistan, le vice-ministre des Finances, Yorkin Toursounov, a déclaré qu’une commission gouvernementale spéciale a établi une disposition temporaire en vertu de laquelle les constructeurs peuvent être sélectionnés sans appel d’offres ni concours. Ce document autorise également à augmenter les avances à ces entreprises de 15 à 30 % . Il s’agit donc d’une décision allant à l’encontre des directives présidentielles, rapporte Fergana News.

Un contrat très conséquent

Ce contrat est d’autant plus important que le coût des travaux est considérable. Les inondations dans la région de Syr-Daria pourraient coûter au moins 1 500 milliards de soums (environ 136 millions d’euros), a rapporté le mouvement national Youxalish. 

Selon les estimations du ministère des Finances, afin de fournir un logement complet aux personnes touchées par la catastrophe, 66 bâtiments de cinq étages avec 2 640 appartements seront construits dans la région de Syr-Daria. 950 milliards de soums (environ 86 millions d’euros) du budget général ont été alloués à ces fins, rapporte Gazeta.uz. Le ministère des Finances a été chargé de lever des fonds sans couper le financement d’autres industries et régions. Le président Chavkat Mirzioïev a également déclaré souhaiter que ces travaux soient terminés pour le 1er septembre, jour de l’indépendance de l’Ouzbékistan. 

Un projet de construction réparti entre trois entreprises, sans appel d’offres

Trois constructeurs ont été choisis unilatéralement par le ministère des Finances. Il s’agit des entreprises Whitecity Construction, Silver Flex et Gold Step Invest. Le premier vice-ministre de la Construction ouzbek, Cherzod Khidoyatov, a justifié ces désignations par la nécessité de fournir un logement au plus vite aux personnes sinistrées. Le secrétaire d’État a également ajouté que les lieux de construction avaient été auparavant sélectionnés sur la recommandation de John Davis, l’architecte de la société britannique Benoy, rapporte Gazeta.uz. L’an dernier, ce bureau a élaboré le plan directeur de New Tachkent, la ville jumelle de la capitale ouzbèke. 

La première entreprise, Whitecity Construction construira 20 maisons dans le district de Mirzaabad. La société, selon Cherzod Khidoyatov, a auparavant construit des gratte-ciel monolithiques dans les districts de Chilanzar et Sergeli à Tachkent, ainsi que des logements pour les enseignants sur le campus de la capitale. 

Le deuxième société, Gold Step Invest, construira 37 immeubles dans le district de Dustlik. Elle a été fondée en 2003 par le constructeur honoraire de l’Ouzbékistan Marat Nasyrovich Abdoulaïev et du jeune homme d’affaires Davronjon Kabildjanovich Adylov. Elle compte déjà des dizaines de réalisations, aussi bien des bâtiments résidentiels que des installations sociales et industrielles. 

Enfin, la troisième société Sliver Flex, sous l’égide de sa marque Ecopark construira neuf maisons dans le district de Mirzaabad. Cherzod Khidoyatov a noté que les promoteurs avaient posé les conditions pour construire en peu de temps des maisons modernes, économes en énergie et de haute qualité.

Le secteur de la construction ouzbèke de plus en plus controversé

Cette prise de décision unilatérale ravive les controverses liées au secteur de la construction en Ouzbékistan. Les processus de décisions restent flous. Ce secteur est désormais de plus en plus critiqué. La qualité des constructions a été amoindrie ces dernières années, notamment à cause de plans jugés trop ambitieux et à échéances trop courtes. 

Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire en cliquant ici.

Le dernier scandale en date n’est autre que la rupture du barrage de Sardoba, à l’origine des inondations. La corruption et le vol ont notamment été pointés du doigt par de nombreux journalistes ouzbeks et par le président Chavkat Mirzioïev comme étant les causes réelles de cette catastrophe

Lire aussi sur Novastan : La catastrophe de Sardoba pourrait-elle menacer l’ouverture ouzbèke ?

Selon le média ouzbek Gazeta.uz, le président estime que le secteur est criblé par “la corruption et le vol”. Il a prévenu qu’il serait contraint de “dire au revoir à de nombreuses personnes”. Cependant, jusqu’à présent, en raison de son poids dans l’économie ouzbèke, le secteur de la construction reste relativement intouchable. L’ouverture économique de l’Ouzbékistan repose en effet en grande partie sur son dynamisme. Le comité national des statistiques de la République ouzbèke a noté que 59 % des investissements en 2019 ont été consacrés à la construction immobilière. 

Lire aussi sur Novastan : Ouzbékistan : la construction en plein boom

Des scandales à répétition et le manque de clarté, à l’instar de la décision prise unilatéralement par le vice-ministre des Finances, Yorkin Toursounov, pourraient cependant, à moyen terme, menacer les afflux d’investissements dans ce secteur, et plus largement menacer le développement de l’ouverture économique du pays. 

Tanguy Martignolles
Rédacteur pour Novastan

Relu par Anne Marvau

Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anonymement à ce questionnaire ou nous envoyer un email à redaction@novastan.org. Merci beaucoup !

Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *