Le sens caché des broderies ouzbèkes

En 2013, à Moscou, a été publié aux Éditions de la Fondation Mardjani le livre « Jardins célestes et jardins terrestres ».  Son auteure, Elmira Gioul, est chercheuse à l’Institut de l’Histoire des Arts de l’Académie des Sciences d’Ouzbékistan et docteure en art. « Cette monographie se présente comme une étude de la broderie traditionnelle d’Ouzbékistan, dans toute sa diversité et ses particularités stylistiques locales. Une attention particulière sera portée sur le sens caché des compositions et motifs. En révélant la sémantique du décor, l’auteure tentera de décrypter des siècles de « textes culturels ». Il n’est pas question ici de négliger les changements dans l’interprétation et la signification des motifs qui se sont produits avec le temps. »

Tout d'abord publié par la rédaction de Fergana.ru l'extrait suivant du livre (avec l’accord de son auteure) a été traduit du russe par la rédaction de Novastan.

Parmi les différents arts appliqués d’Ouzbékistan, la broderie décorative occupe une place toute particulière : elle se présente sous la forme de magnifiques panneaux avec de superbes motifs et des couleurs saturées d’énergie. Si la céramique est traditionnellement un art masculin, la broderie est au contraire le royaume de l’expression féminine ainsi qu’un art très original.

Chaque femme est en charge des broderies. C’est pourquoi on peut considérer la broderie comme l’art le plus populaire et le plus démocratique. Se développant sous la forme d’une activité manuelle domestique, la broderie est devenue la réalisation d’art populaire la plus brillante et la plus expressive. Elle est devenue un symbole national. Le coton et la soie, le sens du style et du rythme, des mains habiles et une patience sans limite : voilà tout ce qui a été nécessaire pour créer ces chefs-d'œuvre.

Depuis l’enfance, les jeunes filles apprennent à tenir une aiguille. En effet, les couvre-lits et rideaux faits à la main constituent un élément indispensable de la dot. Ce sont des attributs qui contribueraient, selon la légende, à la procréation. Par le nombre de broderies sont jugées la viabilité et la prospérité de la famille, la compétence et l'assiduité de la mariée. La tradition est soigneusement transmise de mère en fille.

Aujourd’hui, la broderie ouzbèke classique est reconnue dans le monde entier pour son originalité artistique, ses bijoux, la finesse de sa couture, ses couleurs harmonieuses venant de teintures naturelles. En plus de ses qualités esthétiques visibles, la broderie, attribut des cérémonies rituelles, est porteuse de connaissances sacrées. Dans son rôle rituel et dans ses motifs sont cachées des connaissances et des croyances anciennes et magiques.

L’art de la broderie peut être considéré de trois points de vue : comme un produit de la culture matérielle (les matériaux utilisés, les types de couture, les teintures) ; comme une tradition artistique (le style, la composition, les motifs du décor, les coloris) ; et enfin comme une partie importante de la culture spirituelle d’un peuple.

L’image du temple dans les motifs de suzanné

Les suzanné sont l’un des types les plus communs de grandes broderies en Ouzbékistan. De telles broderies étaient un élément indispensable de la dot des jeunes mariées et étaient également utilisées comme couvertures de lit ou comme panneaux décoratifs des murs de leurs chambres. Lors des cérémonies de mariage, leur fonction était de protéger les jeunes mariés du mauvais œil et d’encourager la fertilité. Les ornements des suzanné peuvent être vus non seulement comme des prouesses esthétiques, mais également comme l’expression des représentations religieuses et idéologiques en cours à cette époque.

Ces décorations textiles peuvent être interprétées de diverses façons. Selon Elmira Gioul, les suzanné constituent l’un des types les plus populaires de compositions dans lesquels sont utilisés les motifs ой (ce qui signifie littéralement « mois »), des médaillons ronds, ainsi que la lune dans sa phase pleine. De telles compositions sont typiques des villes de Tachkent, Samarcande, Djizak et de la région de Sourkhan-Daria. Nous avons pris comme base la broderie de Djizak, le centre provincial, où le décor est moins soumis à d’éventuels changements.

Les suzanné de Djizak sont toujours composées de grands éléments décoratifs, d’un dessin brutal et expressif et de coloris saturés. Dans l’ornement dominent de grandes rosaces entourées de couronnes décoratives. 9 rosaces séparées en 3 rangs au milieu de la broderie constituent la composition typique. Entre ces rosaces-lunes principales sont disposés transversalement des petits motifs qui sont appelés par les artisans des tchor-tchirog.

Les tchakhar-tchirog ou tchor-tchirog (quatre lampes) sont des lampes à huile avec des cornes en céramique ou en métal qui sont longtemps restées populaires. La quantité de cornes variait d’une à quatre. Dans les broderies se rencontrent des lampes à huile avec quatre cornes. Ces mêmes lampes à huile étaient utilisées lors des cérémonies de mariage. Des tchirog éclairés étaient « tracés » autour des têtes du marié et de la mariée durant le premier jour de leur union. (Soukhareva O.A. Souzani. La broderie décorative d’Asie Centrale. Moscou: Littérature orientale, RAN, 2006)

Ce type de cérémonie est en lien avec la croyance zoroastrienne de la puissance purificatrice du feu. Conformément à cette croyance, dans le décor des suzanné, le tchor-tchirog est une personnification de la lumière divine, du feu sacré (ou atachdana, l’autel de feu).

Durant les siècles où prédominait l’Islam, ce motif a été interprété comme végétal et s’est transformé en rosaces colorées de taille moyenne desquelles se déployaient de minces branches. Néanmoins, son sens initial fait référence au zoroastrisme.

Une attention toute particulière était portée par les artisans de Djizak aux angles de la broderie qui étaient formés de motifs moumortcha, éléments indispensables des broderies de Djizak. « Il est clair », écrit O. Soukhareva, « que ce motif fait clairement référence à une amulette à laquelle on donne traditionnellement en Asie centrale une forme triangulaire. On dit que les « pendentifs » d’« amulettes » sont des bijoux. »

Il est vrai que de tels bijoux, notamment dans leur forme triangulaire (appelés toumory), étaient populaires auprès de la population à l’époque préislamique. Ils possédaient une valeur décorative, mais également un sens sacré en lien avec la croyance dans leur fonction magique et protectrice.

Initialement, les toumory contenaient des objets tranchants : une aiguille, une pièce en corail ou plus simplement le bord d’un verre, ainsi des herbes, du sel, des lambeaux de moutons ou des poils de chameaux qui protégeaient de l'odeur, des scorpions et des serpents, des épices avec un fort arôme… Tout cela effrayait les âmes maléfiques et aidait à sauvegarder les hommes des mauvais sorts. Ensuite, avec l’arrivée de l’Islam, on a commencé à inclure dans les toumory des petites feuilles avec des versets du Coran. Dans tous les cas, les toumory ont joué pendant plusieurs siècles un rôle de protecteur. Ce n’est donc pas un hasard s’ils ont fait leur apparition dans la broderie populaire.

Ainsi, les motifs des tchor-tchirog font appel au zoroastrisme et les angles à la symbolique astrale. Mais quels liens peut-il y avoir entre eux ? Pour répondre à cette question, nous devons nous tourner vers les écrits du Moyen-âge. Dans les Chroniques de At-Tabari (IX-Xe siècles) sont mentionnées les « églises du feu » et les « églises des idoles» de Sogdiane, différenciant ainsi le zoroastrisme iranien du zoroastrisme des cultes de Sogdiane.

Le chroniqueur arabe Belazori évoque également la « maison des idoles et du feu ». (Belenitsikii A.M. Questions sur l’idéologie et la culture de Sogdiane, Moscou, 1954, page 56) En règle générale, le « culte des idoles » apparaît dans les sources comme étant plus ancien que le culte du feu et également hostile au zoroastrisme.

Il est cependant clair que de forts éléments des deux croyances ont fusionné  sur le territoire d’Asie centrale. « La coexistence de différents systèmes religieux en Asie centrale jusqu’à l’arrivée des Arabes a rendu possible le syncrétisme des différents cultes et leurs influences respectives. » (Belenitskii, page 62) Est-il ainsi possible de faire un lien entre ces idoles énigmatiques et les médaillons des suzanné de Djizak ? Il est mentionné que les idoles étaient dépeintes comme des figures anthropomorphes et symbolisaient des corps célestes et planètes.  A cet égard, il est logique de penser que les médaillons oi font écho au culte astral où les symboles anthropomorphes se transforment en cercles-lunes ou en planètes, selon l’interprétation populaire.

Le culte astral, qui comprenait le culte des planètes (du soleil, de la lune et d’autres) est apparu à l’Âge de Bronze en Mésopotamie comme descendant de l’astrologie assyro-babylonienne. Il fut rapidement transposé aux manières d’Asie centrale et une communauté fut créée à Samarcande. Les fidèles du culte astral pensent que les planètes « président les personnes » et les influencent dans leur vie sociale et familiale. Ils reconnaissent dans leurs prières le soleil, la lune et cinq autres planètes, les appelant les « dieux rayonnants ».

En l’honneur des planètes sacrées ont été érigés des temples où les planètes sont personnifiées par des idoles anthropomorphes. (Belenitskii, page 49) La littérature ancienne a conservé une description de ces idoles personnifiant les planètes : la lune, Mars, Mercure, Jupiter, Venus, Saturne et le soleil. Le culte des idoles s’accompagnait ainsi d’une croyance dans leur force protectrice.

À Sogdiane, le culte des planètes a coexisté avec le zoroastrisme créant quelques formes syncrétiques. « Quand les Arabes sont arrivés à Sogdiane, ils ont vu que, dans les temples dans lesquels le feu brûlait et les représentations des dieux étaient vénérées, « les maisons du feu » avaient en même temps la fonction de « maisons des idoles. » (Belenitskii, page 56) De cette manière, la religion de Sogdiane se présente comme une forme de zoroastrisme dans laquelle « les principaux rituels étaient l’allumage du feu devant les représentations des idoles ». Ce zoroastrisme spécifique à Sogdiane a entraîné l’appellation des temples par les auteurs musulmans des premiers siècles de « maisons des idoles.

Le culte des sept planètes a contribué à la formation du fameux calendrier de Sogdiane, le plus progressiste à cette époque, établissant 27-28 stations lunaires, avec l’articulation des mois en semaines, et d’une semaine en sept jours. Chaque jour correspondait à une planète : dimanche était le jour du Soleil ; lundi, le jour de la lune ; mardi, le jour de Mars ; mercredi, le jour de Mercure; jeudi, le jour de Jupiter ; vendredi, le jour de Vénus ; samedi, le jour de Saturne.

Avec l’arrivée de l’Islam, les temples en l’honneur des dieux-planètes célestes ont été détruits ou transformés en mosquées et leurs statues ont été brûlées. Des lingots fondus d’or et d’argent, voilà tout ce qu’il reste des ornements. Néanmoins, malgré les incendies, le culte des idoles a continué pratiquement jusqu’au milieu du IXe siècle (Belenitskii, page 60-61) et sa trace dans l’artisanat populaire perdura beaucoup plus longtemps.

Cette excursion dans l’histoire cherche à proposer des liens entre le culte astral ancien et le décor des suzanné de Djizak : il est clair que les tapisseries conservent les échos du culte d’un ancien temps, celui des dieux-planètes célestes et des autels du feu, qui étaient grandement répandus parmi le peuple. Les médaillons peuvent symboliser les divinités, les planètes dans la voûte céleste et les tchog-tchirog peuvent symboliser les autels de feu.

La conservation des échos du culte des planètes montre la foi dans la force purificatrice et fertilisante du soleil, de la lune et des autres planètes. (Borozna N. Les croyances et rites avant l’islam en Asie centrale. Moscou, 1975, page 289)

De cette manière, le décor des broderies est disposé selon une carte logique et définie : devant nous apparaît l’image symbolique des temples où les autels de feu (les motifs tchor-tchirog) sont établis devant les représentations des dieux-planètes (les médaillons ronds oi). En même temps, on peut voir ces broderies comme la carte d’un monde harmonieux, le monde céleste, avec les planètes protégeant le feu brûlant. Un tel sujet peut être interprété comme un écho du culte astral ancien qui était connu sur le territoire de Sogdiane avant l’arrivée de l’Islam.

Il est également probable qu’un lien existe entre le décor des suzanné et le calendrier de Sogdiane où chaque cercle-médaillon peut symboliser un mois défini ou bien un jour de la semaine. A cet égard, la quantité de cercles sur la suzanné possède clairement un sens défini.

Les palaks de Tachkent

Le thème des planètes-corps célestes domine également dans la broderie de Tachkent. Ici, ce n’est pas le mot suzanné qui est employé (du tadkik suzanné signifiant aiguille pour broder). Les locaux l’appellent palak (de l’arable falak désignant le ciel, la voûte céleste). Le palak est quasiment carré, sous la forme d’un panneau de 3 mètre carrés. Les motifs principaux de son décor sont les cercles oi, entendus comme des marques astrales qui remplissent densément la surface du tissu. Il est considéré que plus le palak est vieux, plus de médaillons oi il aura.

Dans les coloris dominent le rouge foncé et le bordeaux, avec une charge énergique et émotionnelle forte. Dans les représentations culturelles, le palak porte une force magique énorme. « La broderie doit défendre la jeunesse des mauvais esprits dans la période la plus dangereuse de sa vie, appelée tchillia. »

Les thèmes des corps célestes dans les palaks sont divers : une broderie représentant la lune (pleine) ; une autre représentant un ciel étoilé ; cinq lunes ; douze lunes ; ou encore le ciel. On rapporte même que, dans le passé, existaient des broderies avec 40 lunes oi. (Bikjanova, page 26) En ce qui concerne les tchor-tchirog, le modèle en est significativement simplifié dans les broderies de Tachkent, limité à une plaquette géométrique située entre les cercles. Néanmoins, la ressemblance des compositions de Djizak, de Samarcande et de Tachkent est évidente.

Les maîtres de Tachkent ne pouvaient s’en tenir à la « mode » du décor végétal. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, ils ont décidé de tenter de s’éloigner  de la tradition et de rendre les cercles-planètes plus attrayants (de leur point de vue) avec des motifs floraux. D’un côté de chaque cercle pousse une branche, ce qui permet d’obtenir une « fleur » dans un demi-cercle avec de fines branches vertes.

À Tachkent, ce motif est devenu célèbre sous le nom olma-goul. Il s’utilise comme élément principal du champ central et également dans le décor de la bordure. La séquence du olma-goul dans la bande de la bordure a commencé à être interprétée comme la représentation des traces d’un chameau (intitulées touia-touegi izi).

Les similitudes visuelles sont en effet visibles. Néanmoins, la combinaison de plusieurs significations dans un seul motif rend l’ensemble plus intéressant. Tout d’abord, le signe astral est traité comme végétal, mais reçoit un nom associé à un animal. Cette « réincarnation » est typique de l’art  populaire dans lequel les motifs zoomorphes se transforment aisément en motifs végétaux, et vice-versa.

Si les cercles olma-goul décorent avec leurs lignes denses la zone centrale, différents motifs sont disposés entre eux : saousan (iris), kalampir (piments), bodom (amandes), etc. De tels palaks « floraux » étaient particulièrement populaires dans les années 1880.

Au fil du temps, les palaks ont radicalement changé : le nombre de cercles a  été réduit mais leur ampleur a grossi. Au tournant du siècle, on a observé des palaks avec un seul grand cercle formé de plusieurs anneaux concentriques et avec une étoile en leur centre. Ainsi, les anciens symboles se sont peu à peu désacralisés et ont pris un sens populaire.

Au lieu des toumory habituellement présents dans les angles ont été disposés des « petits bouquets » faits de trois grains de poivre, des motifs qui portent également une force de protection magique, ayant la capacité d’éloigner les esprits.

Le poivre représente un puissant protecteur. Ainsi, des guirlandes cordées de poivres étaient accrochées dans des quartiers résidentiels pour la protection des femmes enceintes et des enfants face aux mauvais esprits. (Soukhareva, 2006, page 86) On croyait également que les esprits étaient dissuadés par l'odeur du poivre, de l'oignon et de l'ail. Selon la croyance, en sentant « votre » parfum,  les esprits pensaient qu’il venait de leurs semblables et ne causaient pas de dommages. (Boronza, 1975, page 286)

Dans tous les cas, toute l’imagerie de ce type de broderie est en lien avec l’idée de protection du motif central : la lune. Quand elle est pleine, il est possible qu’elle soit associée dans la conscience populaire à l’image d’une jeune mariée « de la pleine lune ». Il est connu que quand la lune est pleine, elle est associée au début de la maternité.

Le fait de conserver le nom authentique des éléments principaux, les oi, fait de nouveau le lien entre le contenu du décor et le monde céleste et divin (les étoiles et les planètes). Les artisans posaient ces éléments pour qu’ils fournissent une protection magique. « Les étoiles célestes jouaient un rôle dès le début de la fécondation » (Boronza, 1975, page 290), car les palaks étaient indispensables au moment du mariage.

Il est également logique de supposer que nous sommes à nouveau confrontés à la présence des cultes astral et animiste. Les motifs « cosmiques » des palaks de Tachkent sont un hommage à la vieille tradition d’observation des corps célestes, contrôlant le rythme de vie des agriculteurs, éleveurs et nomades, qui ont jeté les bases de la formation des cultes respectifs.

Pendant de nombreux siècles, sous la domination de l’Islam, le culte des étoiles a été oublié. Cependant, des « informations » étaient encodées dans les tapisseries de Samarcande, de Djizak, de Tachkent, de Sourkhan-Daria (où domine également le motif oi). Dans ces différents centres, les motifs ont été transformés différemment : si, à Tachkent ou à Djizak, on a conservé le lien avec la sphère céleste, à Samarcande et Sourkhan-Daria, les anciens symboles astraux étaient déjà associés avec des objets du monde végétal et ont souvent reçu de nouveaux noms.

L’art populaire a conservé la croyance dans leur force magique, mais leur composition a été repensée en termes de magie quotidienne. Ainsi, les neuf cercles sur les suzanné de Djizak ont commencé à être interprétés comme les neuf mois de gestation d’un enfant. Ce moment est perçu comme le plus important et en même temps comme le plus dangereux dans la vie d’une femme. Avec la symbolique des neuf mois ont été apportées de nombreuses amulettes qui protègent contre le mauvais œil. Ainsi, l’ancien culte des corps célestes s’est transformé en représentation populaire sur la magie protectrice, visant à la réussite de la naissance.

Des productions plus tardives de Djizak montrent un déclin du style : le décor devient plus massif, plus dur,  les petits éléments des ornements disparaissent, la couture se vulgarise, amenant des négligences dans la broderie.

Au final, le dessin particulièrement expressif des suzanné a été conservé, gravitant parfois vers l’abstrait, vers des formes de brutalité spontanée, où dominent encore les tons orange-rouge cerise.

Toute la broderie de Samarcande et des centres les plus proches (Djizak, Tachkent ainsi que Sourkhan) se présente comme une école stable et distincte, conservant des formes archaïques de décor. La majeure partie de son motif est en lien avec le patrimoine du zoroastrisme et des cultes anciens solaire et astral.

Il est intéressant de mentionner que les appels à honorer les corps célestes ont également été conservés dans la pratique des chamanes tadjiks et ouzbeks de Samarcande, qui lors des cérémonies chantaient :

À la gloire du Ciel, qui tient sans piliers

À la gloire des Etoiles, qui sont innombrables

À la gloire du magnifique Soleil

À la gloire de la magnifique Lune

À la gloire de la magnifique Terre

(Mourodov O. Croyances et rites préislamiques en Asie centrale. Moscou, 1975, p 112)

 

Extraits du livre d’Elmira Gioul parus sur Fergananews

Traduit du russe par Léa André pour Novastan

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