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Le Kirghizstan dans le viseur de l’UE pour le vingtième paquet de sanctions contre la Russie

La visite à Bichkek, le 26 février, de l’envoyé européen aux sanctions David O'Sullivan témoigne du durcissement de la position de l’Union européenne face au contournement des sanctions visant la Russie dans la région. Le Kirghizstan pourrait ainsi devenir le premier pays ciblé par de lourdes contre-sanctions de Bruxelles.

Le 26 février 2026, l'envoyé européen aux sanctions David O'Sullivan s'est rendu à Bichkek pour discuter du respect des sanctions à l'égard de la Russie avec ses homologues kirghiz. Crédit : gov.kg
Le 26 février 2026, l'envoyé européen aux sanctions David O'Sullivan s'est rendu à Bichkek pour discuter du respect des sanctions à l'égard de la Russie avec ses homologues kirghiz. Crédit : gov.kg

La visite à Bichkek, le 26 février, de l’envoyé européen aux sanctions David O’Sullivan témoigne du durcissement de la position de l’Union européenne face au contournement des sanctions visant la Russie dans la région. Le Kirghizstan pourrait ainsi devenir le premier pays ciblé par de lourdes contre-sanctions de Bruxelles.

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022, l’Asie centrale est devenue un maillon stratégique dans les flux commerciaux parallèles permettant à la Russie de maintenir son économie sous perfusion. Face à cette situation, l’Union européenne durcit radicalement le ton, plaçant le Kirghizstan en première ligne de sa nouvelle stratégie de pression.

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Le rôle de Bichkek comme plateforme de réexportation est désormais documenté. Les analyses montrent une explosion des importations kirghizes depuis la Chine – notamment des camions, des composants et des pièces industrielles – qui sont ensuite réexpédiés vers le marché russe.

Selon les documents internes de la Commission européenne, les importations de biens dits « prioritaires » (souvent des produits à double usage civil et militaire) en provenance de l’Union européenne vers le Kirghizstan ont augmenté d’environ 800 % depuis 2022, reprend le média kazakh Kursiv. Dans le même temps, les exportations kirghizes vers la Russie ont bondi d’environ 1 200 %, alimentant les soupçons de réexportation vers le marché russe

Ce circuit permet à Moscou de contourner les restrictions occidentales, transformant au passage les règles internationales de transparence commerciale.

L’activation de l’outil « anti-contournement »

Pour la première fois, Bruxelles envisage alors de déployer son instrument le plus coercitif : l’outil anti-contournement des sanctions. Ce mécanisme, qui ferait partie d’un 20ème paquet de sanctions – qui a été retardé par le véto de la Hongrie – permettrait d’interdire l’exportation de certains produits vers un pays tiers sans avoir à apporter de preuves irréfutables de leur réexportation, comme l’énonce l’agence Reuters.

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Les mesures ciblées incluraient le bannissement des exportations, de machines-outils industrielles (CNC) et d’équipements radio pourrait être bannie, ainsi que le secteur financier : une entreprise kirghize de cryptomonnaie serait notamment dans le viseur pour avoir soutenu des intérêts financiers liés à la Russie.

Les discussions portent plutôt sur des mesures ciblées, explique Radio Free Europe, comme l’inscription d’entreprises ou d’institutions financières kirghizes sur des listes de sanctions si elles facilitent le contournement des restrictions contre Moscou.

Une crise diplomatique majeure

Cette pression occidentale tend considérablement les relations entre l’UE et Bichkek, au moment même où le pays tente de se rapprocher des États-Unis. David O’Sullivan, l’envoyé spécial de l’UE pour les sanctions a personnellement exhorté les autorités locales à changer leur politique.

« Nous ne demandons pas au Kirghizistan de ne pas avoir de relations commerciales avec la Russie. Nous demandons seulement que cette relation commerciale n’implique pas le contournement délibéré de nos sanctions », a-t-il insisté lors de la visite à Bichkek le 26 février dernier.

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La réponse du Kirghizstan est pour l’instant frontale, selon les sources du quotidien britannique Financial Times : le pays aurait menacé de poursuivre l’Union européenne devant les tribunaux internationaux si ces sanctions venaient à être imposées, bien que ces allégation aient été démenties immédiatement par le gouvernement kirghiz, rapportait le média local 24.kg début mars.

Roman Fuster
Rédacteur pour Novastan

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