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Au Kazakhstan, le pouvoir prépare les législatives en fusionnant avec un nouveau parti

À quelques semaines des élections législatives au Kazakhstan, le parti au pouvoir, Amanat, s'apprête à fusionner avec Adilet, une nouvelle formation pro-gouvernementale. Présentée comme un renouveau politique, l’opération vise surtout à préserver l’appareil du camp présidentiel sous une nouvelle bannière.

Les partis politiques Amanat et Adilet fusionnent avant les élections législatives du mois d'août. Crédit : Adilet
Les partis politiques Amanat et Adilet fusionnent avant les élections législatives du mois d'août. Crédit : Adilet

À quelques semaines des élections législatives au Kazakhstan, le parti au pouvoir, Amanat, s’apprête à fusionner avec Adilet, une nouvelle formation pro-gouvernementale. Présentée comme un renouveau politique, l’opération vise surtout à préserver l’appareil du camp présidentiel sous une nouvelle bannière.

De la continuité dans le changement. Le 12 juin, le parti actuellement au pouvoir au Kazakhstan, Amanat, déclarait son intention de fusionner avec le parti Adilet, nouvellement enregistré. Deux jours plus tard, lors de son congrès, Adilet officialisait à son tour la fusion.

Cette initiative intervient à quelques semaines d’une profonde recomposition institutionnelle. ​​La réforme constitutionnelle du Kazakhstan, approuvée par référendum le 15 mars 2026, entrera en vigueur le 1er juillet 2026. À compter de cette date, le Parlement bicaméral actuel sera dissous et fera place à une nouvelle assemblée monocamérale, le Kouroultaï, qui comptera 145 députés. Les élections législatives auront lieu en août. 

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Cette fusion entre les deux partis suscite plusieurs interrogations. Relève-t-elle d’une véritable mue politique, ou d’une stratégie électorale en vue du prochain scrutin ? A priori, cette démarche permettrait surtout au camp présidentiel de se présenter sous une nouvelle bannière, tout en conservant les structures politiques nécessaires pour obtenir une majorité lors du prochain scrutin.

Le poids de janvier 2022

Car le chaos de janvier 2022, souvent désigné au Kazakhstan comme les « Événements de janvier », a fragilisé la légitimité du parti au pouvoir en laissant de nombreux stigmates dans la société kazakhe. Les manifestations, d’abord déclenchées par la hausse des prix du carburant, ont dégénéré en crise politique, la plus grave de l’histoire post-soviétique du pays. Pour faire face aux événements, le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev avait donné l’ordre de tirer sans sommation contre ceux qu’il présentait comme des “terroristes” ou des groupes armés. Selon les chiffres officiels rapportés par l’ONG Human Rights Watch, les événements ont fait 238 morts, dans un contexte marqué par une répression sévère. 

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Depuis, le ressentiment reste vif au sein des familles touchées par le drame. Beaucoup reprochent au président le manque de justice pour les victimes. Et bien que chef d’Etat ait ensuite tenté de restaurer sa légitimité par des réformes institutionnelles et une prise de distance avec l’ère Nazarbaïev – rebaptisant notamment en 2022 le parti présidentiel Nour-Otan en Amanat la rancœur persiste encore dans une partie de la société.  

Une nouvelle image

La démission de Tokaïev de la direction du parti en avril 2022, après la modification de la législation kazakhe interdisant au président d’appartenir à un parti politique, n’a pas non plus suffi. Yerlan Kochanov, haut fonctionnaire expérimenté et allié de Tokaïev ayant pris la tête du parti à sa suite, a reconnu que le changement de nom de 2022 n’avait pas permis de dissocier le parti de l’ère politique précédente. « Soyons francs, certaines associations et appréciations liées au passé du parti restent encore présentes dans la conscience publique », a-t-il déclaré lors du congrès du parti Amanat, le 12 juin dernier.

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Pour Amanat, la fusion avec Adilet viserait donc à faire table rase du passé, du moins dans les esprits. Autrement dit, le problème d’Amanat n’est pas seulement électoral. Il est mémoriel : le parti porte encore les traces d’un pouvoir dont il cherche désormais à se détacher sans renoncer à ses réseaux. 

Adilet, vitrine nouvelle du camp présidentiel

Cette opération offre également des avantages pour Adilet. Ce nouveau parti, dont le nom signifie « justice », est très récent. D’après le Times of Central Asia, son congrès fondateur s’est tenu le 7 mai dernier et il a été officiellement enregistré par le ministère de la Justice du Kazakhstan le 1er juin. À la tête du parti : Aïbek Dadebaï, ancien chef de l’administration présidentielle de Tokaïev, témoigne de sa proximité encore étroite avec le pouvoir.

La proximité n’est d’ailleurs pas dissimulée : Adilet se présente comme une force pro-présidentielle axée sur la responsabilité et la réforme, et la fusion est interprétée par Aïbek Dadebaï comme « la preuve concrète que la société kazakhe peut s’unir dans l’intérêt du pays ».

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Pour l’analyste politique kazakhstanais Andreï Chebotarev, la fusion entre les deux partis symbolise davantage « l’émergence sur la scène politique kazakhe d’un nouveau parti dominant ». Dans une publication sur Telegram, il estime qu’Amanat apporterait à Adilet « une base organisationnelle puissante, comprenant des factions de députés dans les maslikhats à tous les niveaux, des sections de jeunesse, femmes et entreprises, des succursales régionales, des associations localeset aussi un portefeuille médiatique, un Institut d’analyse politique et de formations des cadres ». Sous les traits d’un nouveau parti, la majorité présidentielle pourrait aborder les élections législatives avec un visage renouvelé, mais un appareil intact. 

Samuel Wahl,
Rédacteur pour Novastan

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