Drapeaux kazakh et allemand

Interview de l’Ambassadeur Allemand à Astana : “le Kazakhstan, entre deux puissances mondiales”

Le quotidien allemand Deutsche Allgemeine Zeitung a interviewé l’ambassadeur d’Allemagne au Kazakhstan, Rolf Mafael, à Almaty. Au cours de cet entretien, le diplomate est revenu sur son expérience en tant qu’ambassadeur en Corée du Sud et au Kazakhstan, a fait par des ses observations concernant le Kazakhstan, nouvel épicentre reliant l’Asie et l’Europe sans oublier de mentionner la vague d’immigration germano-kazakh et les relations bilatérales entre l’Allemagne et le Kazakhstan.

Novastan publie l’interview avec l’accord du quotidien allemand.

Votre expérience en Corée du Sud vous a-t-elle servie lors de votre arrivée au Kazakhstan ? Est-ce que les deux pays sont radicalement différents ? 

Avoir été ambassadeur pendant 4 ans en Corée du Sud m’a été très utile pour mon poste au Kazakhstan. Astana est à mi-chemin entre Séoul et Berlin, c’est comme cela que je le ressens. Il y a des grands points communs entre le développement économique de la Corée du Sud depuis les années 1960 et celui du Kazakhstan depuis l’indépendance, qui a connu une croissance fulgurante ces dernières années. Il y a également beaucoup de ressemblance entre les deux sociétés. Les Coréens sont extrêmement désireux et curieux d’apprendre et j’ai cette même impression au Kazakhstan. Par ailleurs ces deux pays sont situés entre des puissances mondiales. La Corée du Sud a pour voisins le Japon, la Chine et la Russie tandis que le Kazakhstan est placé entre la Chine et la Russie.

Par conséquent, il est nécessaire pour ces pays de développer une politique précise: garder une attention particulière à l’international et dans le même temps, essayer de se développer et prendre du poids. Ces deux pays ont réussi à fournir cet effort afin d’obtenir une reconnaissance internationale. C’est le cas du Kazakhstan qui a obtenu un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU comme membre non permanent. Par ailleurs il y aura l’exposition universelle à Astana cet été. La dernière exposition universelle thématique était, en 2012, à Yeosu en Corée du Sud. C’est d’ailleurs à Yeosu que j’ai effectué mon premier voyage officiel, en tant qu’ambassadeur. Et de même au Kazakhstan, mon premier rendez vous était avec le commissaire de l’exposition Jessimov.

Un de mes derniers grands évènements en Corée du Sud étaient les Universiades d’été en 2015 à Gwangju. Juste après ont eu lieu les Universiades d’hiver à Almaty (2017). Il y a également un troisième point commun entre les deux pays. Plus de 20 000 Coréens ont émigré vers l’Allemagne dans les années 1960 pour y travailler. Beaucoup d’entre eux reviennent maintenant, ce qui crée une sorte de pont humain. C’est exactement ce qu’il ce passe ici, à une échelle beaucoup plus grande, chez les Kazakh-allemands.

Votre CV n’indique pas si vous avez déjà travaillé auparavant dans un pays de l’espace post-soviétique. Cette distance peut-elle être bénéfique à votre position au Kazakhstan ? 

En 2007, j’ai travaillé sur les relations entre l’Union Européenne et l’Asie Centrale. C’était une initiative allemande. L’Allemagne a toujours prêté attention à l’Asie Centrale dans sa politique étrangère et j’ai donc pu me renseigner sur cette région depuis longtemps. Certains de mes interlocuteurs me disent qu’il y a besoin d’apporter un nouveau regard sur les questions géopolitiques dans la région. Cela nous apporterait également de nouvelles conclusions. Cependant, je vais avoir besoin de plus de temps pour comprendre comme le pays fonctionne, surtout en ce qui concerne la politique intérieure et les questions de société.

En regardant la stratégie UE-Asie Centrale de 2007, comment se sont mis en place les objectifs 10 ans plus tard? 

Les priorités de la stratégie on été, et sont encore, bien choisies : la promotion de l’état de droit, la question de la protection de l’environnement et la gestion de l’eau, le développement de l’éducation et le renforcement de la sécurité (gestion des frontières, la lutte contre le trafic de drogues). En dehors des traités bilatéraux toujours très importants pour l’Allemagne, nous voulions également promouvoir, la coopération régionale ce qui, je crois, est absolument nécessaire. Bien entendu, nous avions espéré que cette coopération régionale se développerait plus vite : ces dernières années ont néanmoins connu un développement plus dynamique.

Comment évaluez-vous le rôle du Kazakhstan dans les relations entre l’Europe et l’Asie? Quelle direction le pays va prendre ces prochaines années?

Le Kazakhstan est un partenaire important au vu de sa position géographique entre l’Europe et l’Asie dans les domaines de la logistique et des communications entre l’Asie de l’Est et l’Europe. Je suis convaincu que l’initiative de la « Route de la soie » est une grande opportunité économique pour le Kazakhstan. Le développement des infrastructures le long de cette route permettrait au pays de ne pas être seulement un couloir de transport. Le long de cette route, un secteur des services et même des industries pourront être construits. Par conséquent, le Kazakhstan a vraiment une grande opportunité d’être, au-delà d’un pays de transit, une plaque tournante économique entre l’est et l’ouest mais également, entre la Russie et l’Iran (entre le Nord et le Sud).

Quand on voit l’Asie Centrale dans son ensemble, cela vaut pour toute la région mais le Kazakhstan a une longueur d’avance, concernant les infrastructures : le pays attire des gros investisseurs. Il est devenu membre de l’OMC et aspire à une future adhésion à l’OCDE. Cela montre aux investisseurs clairement les choix de politique économique pris par le Kazakhstan. Cela crée un sentiment d’optimisme grâce au potentiel de développement entre l’Europe et l’Asie.

En janvier et février, les pourparlers de paix en Syrie ont eu lieu à Astana. Quel est votre bilan là dessus? 

Nous espérons que nous avons réussi, avec ces discussions à obtenir un cessez-le-feu plus long et de définir les premières conditions d’une solution pacifique au conflit Syrien. Nous espérions que la protection d’une pause du conflit contribue aux pourparlers de Genève sur la Syrie sous la tutelle des Nations Unies. Pour nous, c’est également central que les pourparlers à Astana contribuent au processus de l’ONU.

« Les terroristes d’Asie centrale » sont un thème qui est revenu plusieurs fois sur la scène internationale. Comment cela touche le Kazakhstan selon vous ?  

C’est aujourd’hui un défi mondial auquel l’Allemagne est confronté tout comme le Kazakhstan et pour lequel ils essaient de coopérer. Le fait que plusieurs centaines combattants de l’Etat Islamique soient étrangers montre qu’il y a un risque pour la sécurité. On doit alors se demander ce qu’il se passe quand un combattant étranger revient dans son pays d’origine, que ce soit en Allemagne ou au Kazakhstan. Il est donc très important que le gouvernement observe attentivement la situation et empêche à ces revenants de représenter un danger potentiel. Une partie du succès du Kazakhstan est le fait que ce soit un pays multi-religieux et multiethnique et un état séculaire. Le principe fondamental d’un état séculaire est un élément important de l’identité kazakhe et de la poursuite du succès dans l’avenir. C’est pour cette raison que c’est très encourageant que l’Etat kazakh attache aujourd’hui une si grande importance à la sécularité.

On célèbre en 2017 le 25ème anniversaire des relations diplomatiques entre le Kazakhstan et l’Allemagne. Quels sont les principaux intérêts stratégiques de l’Allemagne au Kazakhstan?

L’anniversaire et l’exposition universelle sont les sujets principaux des relations bilatérales cette année. L’ambassade a organisé pour l’anniversaire, le 11 février 2017, conjointement avec l’Akimat un concert d’anniversaire. Nous espérons réussir à mener d’autres manifestations culturelles dans l’année, également en dehors de la capitale. Par exemple, nous prévoyons d’organiser un concert du « Winterreise » de Schubert, qui a été joué à Noël à Astana, aussi à Pavlodar et Karaganda.

En mars, la « Wiedergeburt » (renaissance, en français, ndlr), l’Association des Kazakh-allemands et l’ambassade d’Allemagne veulent organiser ensemble une conférence à Astana pour explorer les prochaines possibilités de coopération portant sur les défis actuels de l’éducation et de l’enseignement supérieur. Pour la fête nationale, le 12 juillet, nous attendons de nombreux visiteurs venus d’Allemagne au pavillon allemand. Je peux déjà dire que le concept du pavillon allemand est très prometteur et tous les visiteurs pourront participer à un programme excitant et interactif sur le thème des énergies renouvelables et de la transition énergétique en Allemagne.

Le Kazakhstan repose sur l’énergie nucléaire et voit celle-ci comme une énergie « verte ». Il fournit une banque d’uranium à des sites pauvres en uranium et construit des sites de stockage radioactif dans les steppes et se positionne dans le même temps comme un acteur majeur pour le désarmement nucléaire. Comment cela va-t- il ensemble?

Cette décision de politique étrangère et de sécurité du Président de renoncer à l’arme nucléaire et de se placer pour le désarmement nucléaire au niveau mondial est un facteur central d’un bon développement géopolitique pour le pays. Avec ces efforts, le Kazakhstan participe à la stabilité régionale et mondiale. L’engagement en faveur du désarmement nucléaire ce que nous félicitons d’un point de vue allemand sera soutenu à travers des initiatives telles que la création de la banque d’uranium. Il y a quelques temps, nous pouvions voir avec les négociations avec l’Iran que le Kazakhstan peut jouer un rôle important dans la région. Le compromis à la base du Traité de non prolifération nucléaire prévoit, d’une part, de renoncer à l’arme nucléaire et d’autre part, l’encouragement de l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Cependant, je n’ai pas l’impression que l’expansion de l’utilisation de l’énergie nucléaire soit une priorité pour le Kazakhstan.

A propos des relations internationales, l’assez grande minorité allemande au Kazakhstan est sûrement spéciale pour les relations bilatérales. Comment voyez vous leur rôle?

La minorité allemande représente 1% de la population kazakhe. Inversement, 1% de la population allemande est composée de Russe-Allemands. Le gouvernement allemand et moi, en tant qu’ambassadeur, souhaitons qu’à l’avenir, ces gens fortifient le pont entre nos deux pays et jouent un rôle plus important dans nos relations bilatérales. Aujourd’hui, ils représentent déjà un lien important.

Et vous, apprenez vous le kazakh ou le russe ou parlez vous déjà une de ces langues?

Je crois qu’à cause d’un manque de temps, je vais devoir me limiter à apprendre quelques phrases dans ces deux langues, très complexes afin de montrer mon intérêt le pays et quelques autres phrases afin de communiquer.

Propos traduits de l’allemand par Clara Merienne pour Novastan 

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