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Comment l’Asie centrale tente de protéger la panthère des neiges

Utilisée comme symbole partout en Asie centrale, que ce soit par les clubs sportifs ou par les municipalités, la panthère des neiges jouit d'une grande popularité. C'est un élément qui aide à garantir sa protection, alors qu'elle est placée sur la liste internationale des animaux en danger.

Rédigé par :

La rédaction 

Traduit par : Aruzhan Urazova

Fergana News

panthère des neiges
La panthère des neiges est très populaire en Asie centrale. Photo : Bizmedia.kz.

Utilisée comme symbole partout en Asie centrale, que ce soit par les clubs sportifs ou par les municipalités, la panthère des neiges jouit d’une grande popularité. C’est un élément qui aide à garantir sa protection, alors qu’elle est placée sur la liste internationale des animaux en danger.

La panthère des neiges, ou irbis, est un grand félin vivant dans les montagnes d’Asie centrale et méridionale. Aujourd’hui, cette espèce est inscrite sur la liste rouge : il ne reste qu’entre 3 500 et 7 500 individus dans le monde. Officiellement, les panthères des neiges ont le statut « d’espèce vulnérable », soit un niveau en dessous de la catégorie « en danger d’extinction ».

En 2013, à Bichkek, lors du Forum mondial pour la protection de l’irbis, la Journée internationale de la panthère des neiges a été instituée. Elle est célébrée le 23 octobre. À cette date, des experts et des écologistes organisent divers événements consacrés à la protection des panthères des neiges.

Fergana News a décidé d’apporter sa modeste contribution à la sensibilisation en faveur de la préservation des espèces rares et publie un article préparé à partir des données du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

De l’Afghanistan à la Sibérie

L’irbis est un grand mammifère de la famille des félins, vivant exclusivement dans des climats froids. La panthère des neiges possède un corps long et élancé dont la longueur, tête comprise, peut atteindre 100 à 130 centimètres. Son pelage épais, orné de taches sombres en forme d’anneaux, protège parfaitement l’animal contre le gel.

Sa particularité est sa longue queue touffue, qui mesure entre 80 et 105 centimètres. Le poids de ce prédateur varie de 22 à 40 kilogrammes.

panthère des neiges
L’habitat de la panthère des neiges s’étend sur une zone très vaste. Photo : 1zoom.me.

L’aire de répartition géographique des panthères des neiges est assez vaste, couvrant environ 1,2 million de kilomètres carrés. Elle s’étend du massif de l’Hindou Kouch, dans l’Est de l’Afghanistan, à travers le Pamir, le Tian Shan, le Karakoram et l’Himalaya, jusqu’à l’Altaï et aux monts Saïan, en Sibérie méridionale.

On trouve ainsi ces individus sur le territoire de quatre anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale – le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Ces prédateurs privilégient les grandes proies, notamment les ongulés : moutons, chèvres de montagne, argalis, chevreuils et cerfs. Mais ils chassent parfois aussi des animaux plus petits, comme les spermophiles et même des oiseaux.

Un habitat menacé par la présence humaine

La panthère des neiges craint l’être humain. C’est pourquoi, dans certaines régions, on l’appelle le fantôme des montagnes. Cet animal vit à des altitudes comprises entre 1 000 et 4 000 mètres (plus rarement jusqu’à 6 000 mètres) au-dessus du niveau de la mer et se cache dans des grottes et des vallons difficiles d’accès. Il est pratiquement impossible de la rencontrer. Si elle apparaît sur un piège photographique, c’est déjà considéré comme une véritable chance.

Cependant, l’être humain a réussi à créer des problèmes même pour ces ermites. Il s’agit des braconniers qui pratiquent la contrebande de cornes d’ongulés sauvages. Les chasseurs illégaux réduisent les ressources alimentaires des panthères des neiges.

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Les bergers contribuent aussi au problème évoqué. En raison de la dégradation des pâturages, ils sont contraints de monter plus haut dans les montagnes, chassant ainsi les irbis de leurs habitats habituels. De plus, les félins restent des prédateurs et il arrive qu’ils attaquent le bétail domestique, au risque de devenir eux-mêmes la cible de bergers armés.

Le changement climatique, lié à la hausse des températures et à l’assèchement des sources d’eau glaciaire, oblige également les prédateurs à migrer à la recherche d’habitats plus adaptés. Tous ces facteurs ont conduit la panthère des neiges à se retrouver pratiquement au bord de l’extinction. Heureusement, certaines personnes engagées comprennent l’importance de préserver l’écosystème montagnard, y compris ses espèces rares.

Un groupe de volontaires

Sur une zone de la chaîne du Tian Shan, au Kirghizstan, un groupe de gardes forestiers volontaires s’est formé et a pris en charge la surveillance de 380 kilomètres carrés dans l’une des régions les plus rudes d’Asie centrale. Bravant le froid glacial et les braconniers armés, ces volontaires s’efforcent de protéger les proies ainsi que l’habitat des panthères des neiges.

Comme le raconte l’un d’entre eux, Baatyrbek Akmatov, lui et quatre de ses camarades sont responsables du suivi de la réserve communautaire de Baïboosoun. Beaucoup de ces militants sont d’anciens chasseurs et comprennent l’ampleur des dégâts causés à la nature par la contrebande d’animaux sauvages, comme les bouquetins.

Volontaires gardes forestiers Kirghizstan
Les gardes forestiers volontaires. Photo : PNUE.

« Nous avons décidé de lancer cette initiative, sinon nous perdrons tout », commente Baatyrbek Akmatov à propos des activités de son groupe. « Je ne veux pas montrer aux enfants sur mon téléphone portable que nous avions autrefois un tel environnement, ces animaux. Je veux qu’ils puissent les voir de leurs propres yeux. »

Les volontaires sont soutenus par des organisations internationales, en particulier le PNUE, ainsi que par des partenaires locaux comme CAMP Alatoo et la fondation Ilbirs. Le projet bénéficie également d’un soutien financier de l’Initiative internationale pour le climat d’Allemagne.

Des mentalités qui évoluent

Comme le précise le PNUE, le gouvernement kirghiz ne pouvait pas se permettre de rémunérer les gardes forestiers, mais leur a donné l’autorité pour gérer le corridor territorial et arrêter les braconniers. De plus, les experts du Programme des Nations unies ont formé les volontaires et leur ont fourni l’équipement nécessaire.

Au début, de nombreux habitants locaux s’indignaient des patrouilles. Les bergers craignaient qu’on leur interdise de faire paître leur bétail. Mais avec le temps, selon Baatyrbek Akmatov, les habitants ont commencé à changer de mentalité, prenant conscience de l’importance de la protection de l’environnement.

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Les partenaires du PNUE se sont activement impliqués, en formant la population à des pratiques agricoles moins vulnérables aux changements climatiques. En conséquence, beaucoup se sont lancés dans l’apiculture, la production de fromage ou la serriculture, ce qui a contribué à augmenter leurs revenus.

Les fruits du patrouillage, disent les gardes forestiers, se font déjà sentir. Pour la première fois depuis près de deux décennies, des sangliers sauvages sont revenus dans la région. Les chèvres de montagne, dont on n’entendait presque plus parler, sont désormais régulièrement observées. Dans les montagnes, des bois de cerf ont également été découverts, signe qu’eux aussi pourraient revenir. Enfin, récemment, 12 panthères des neiges ont été aperçues dans la réserve de Baïboosun et ses environs.

Des mesures sévères pour protéger la panthère en Ouzbékistan

Il convient de souligner que la protection des irbis est assurée au niveau étatique dans toutes les républiques d’Asie centrale de l’ex-URSS où vit cette espèce de félins. Il est inscrit dans les livres rouges du Kazakhstan, du Kirghizstan, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan.

De plus, les autorités prévoient des sanctions pour la chasse d’animaux rares. Par exemple, en Ouzbékistan, les braconniers sont poursuivis selon les dispositions d’un décret gouvernemental sur les atteintes à la faune. Selon ce texte, l’amende pour préjudice porté aux irbis s’élève à 3 000 unités de base (1,2 milliard de soms, soit 85 600 euros) pour les citoyens de la république, ou à 400 000 dollars (343 000 euros) au taux de la Banque centrale pour les étrangers.

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En outre, en 2021, les autorités ouzbèkes ont adopté le Plan d’action pour la conservation de la panthère des neiges sur le territoire du pays, couvrant la période jusqu’en 2030.

La panthère des neiges comme symbole national

La panthère des neiges est également remarquable par son empreinte dans la culture et le sport, devenant un élément répandu de l’héraldique. L’irbis est un symbole national pour deux pays. Au Kazakhstan, ce prédateur a obtenu ce statut dès l’époque du président Noursoultan Nazarbaïev. Il était expliqué que, depuis l’Antiquité, cet animal rare incarnait le pouvoir, la force et la prospérité.

D’ailleurs, la panthère des neiges figure sur la monnaie nationale. Il est représenté sur le billet de 10 000 tengués de l’émission 2003 et sur les billets du même montant émis en 2024. La féline des hautes montagnes stylisée a également été la mascotte officielle de l’Asiada 2011 (les Jeux olympiques asiatiques, ndlr), qui s’est tenue à Almaty et Astana.

billet kazakh panthère
La panthère des neiges apparaît sur le billet de 10 000 tengués. Photo : nationalbank.kz.

Depuis juillet 2025, le léopard des neiges figure également sur les nouveaux passeports kazakhs, sous une forme holographique servant à sécuriser le document contre la contrefaçon.

Un ornement pour de nombreux héraldiques

En décembre 2023, le président du Kirghizstan, Sadyr Japarov, a signé un décret reconnaissant la panthère des neiges comme symbole national du pays. Il a été précisé que cette espèce constituait non seulement une part du patrimoine naturel, mais aussi un symbole de l’identité nationale, de la force et de la liberté, largement présent dans la culture, le folklore et l’héraldique de la république. La reconnaissance de l’irbis à ce rang élevé devait permettre de fédérer les efforts des autorités, des scientifiques, des organisations civiles et internationales pour protéger et valoriser ces félins.

L’irbis figure sur les armoiries de certaines villes, districts et républiques, et pas seulement en Asie centrale. Ainsi, l’animal orne depuis de nombreuses années les emblèmes héraldiques de régions russes, comme le Tatarstan et la République de Khakassie, ainsi que des districts de la région de Krasnoïarsk, notamment Ermakovski et Chouchenski.

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En ce qui concerne les villes d’Asie centrale, depuis juillet 1993, le félin tacheté a été intégré aux armoiries d’Almaty. Il tient dans sa gueule une branche portant huit fleurs de pommier, correspondant au nombre de districts de la municipalité.

Depuis janvier 1994, une panthère des neiges très stylisée a été placée sur le symbole principal de Bichkek. Selon la description de l’emblème, l’irbis est dessiné au centre d’un cercle azur inscrit dans un carré blanc. Toute cette composition est posée sur le fond de la silhouette d’une forteresse, et sous la ligne brisée des montagnes figure le nom de la capitale kirghize.

Un symbole idéal pour les sportifs

En juillet de la même année, les armoiries de Samarcande, en Ouzbékistan, ont été adoptées, avec la panthère des neiges occupant également le rôle principal. Selon l’artiste Grigori Oulko, concepteur de cet emblème, il s’est inspiré d’une légende selon laquelle un irbis serait descendu des montagnes pour bénir les bâtisseurs lors de la fondation de la ville. Pour mieux comprendre la structure du museau du prédateur, l’auteur a dessiné son chat domestique, Prokhor.

On peut dire que la panthère des neiges mène une vie sportive, tant sa force et son endurance attirent les fondateurs de clubs sportifs. Par exemple, dans la Ligue continentale de hockey, deux équipes ont choisi de mentionner l’animal dans leur nom : le Ak Bars de Kazan et le Barys d’Astana. La tendance touche aussi les sports d’été : en 2024, dans la ville kirghize de Karakol, une équipe nommée Bars a été créée, avec pour logo, bien sûr, un magnifique irbis.

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Mais le lien le plus célèbre entre le grand félin et le sport est sans doute le titre de « Panthère des neiges », décerné aux alpinistes chevronnés depuis l’époque de l’Union soviétique, plus précisément depuis les années 1960. Depuis 1990, ce prestigieux titre est attribué à ceux qui ont gravi cinq « 7 000 mètres » de l’ex-URSS : deux sommets du Tian Shan et trois du Pamir.

Voilà l’irbis : rare, discret, mais emblématique, surtout en Asie centrale.

La rédaction de Fergana News

Traduit du russe par Aruzhan Urazova

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