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Kazakhstan : comment des enthousiastes partent à la recherche de pétroglyphes

Sur leur temps libre, des chasseurs de pétroglyphes partent à la recherche de traces de la route de la Soie et d’anciennes peintures rupestres dans le parc national d’Altyn-Emel, au Kazakhstan.

Rédigé par :

La rédaction 

Traduit par : Sophie Combaret

Vlast

Kazakhstan Pétroglyphes
Le Kazakhstan regorge de pétroglyphes. Photo : Daniyar Mousirov / Vlast.

Sur leur temps libre, des chasseurs de pétroglyphes partent à la recherche de traces de la route de la Soie et d’anciennes peintures rupestres dans le parc national d’Altyn-Emel, au Kazakhstan.

Novastan reprend et traduit ici un article publié par Svetlana Romachkina dans Vlast.

Dans la région de Jetyssou, sur un des bords du réservoir de Kaptchagaï, il n’y a aucune zone de loisirs. D’un coté, l’eau. De l’autre, les montagnes. C’est à partir d’ici que les « chasseurs », 20 personnes de tous âges et professions, se mettent en route à la recherche des traces de leurs ancêtres.

« Faites attention à regarder sous vos pieds, les serpents vont peut-être commencer à se réveiller. Vérifier les rochers avant d’avancer, ici tout est en mouvement, les pierres peuvent tomber. Ne vous approchez pas du bord de la falaise. Ne vous éloignez pas de groupe, surveillez-vous les uns les autres. Regroupez vous par trois ou cinq, ne vous retrouvez jamais seul », explique d’un air tonique l’instructeur, Rafael Khismatoulline.

Il y a de cela presque cinq ans, ce dentiste devenu amateur de pétroglyphes est venu boire un thé chez son ami Janat Touralbaïou, un berger qui passait l’hiver près des montagnes de Daoubylbaï. Rafael Khismatoulline lui a demandé s’il n’avait pas vu de pétroglyphes. Le berger lui a demandé d’expliquer de quoi il s’agissait. « Des dessins sur des pierres ». Alors Janat Touralbaïou l’a mené sur une crète où se trouvait « une incroyable quantité de dessins » gravés sur des stèles d’environ cinq mètres de longueur.

Rafael Khimastoulline a pris des photos et essayé d’en parler à des historiens et des archéologues. Il a commencé à leur écrire sur Facebook, mais seule Olga Goumirova, la fondatrice de l’association publique Les chasseurs de pétroglyphes, lui a répondu.

Un groupe de passionnés

Elle s’est renseignée sur l’emplacement des dessins et lui a répondu qu’ils ne se trouvaient pas sur la carte. Le nombre de pétroglyphes à Ordakoul, comme les locaux appellent cette crète, se compte par milliers, et datent d’une période allant de l’âge de bronze à nos jours. Les montagnes conservent encore beaucoup de pétroglyphes secrets. Aujourd’hui, c’est à Altyn-Emel que l’équipe hétéroclite de chasseurs part à la recherche de dessins anciens.

Quatre voitures accompagnées de gardes forestiers – ce sont les règles à suivre dans ce parc national où les terres sont protégées – s’élancent vers les montagnes.

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Le parc Altyn-Emel, dans la région de Jetyssou. Photo : Daniyar Mousirov / Vlast.

L’équipe tombe immédiatement sur un tumulus non loin de la ferme. Presque tous les tumuli ont été pillés depuis l’antiquité. Olga Goumirova suppose que les pierres carrées claires sont des sépultures hunniques. Elles se trouvent à côté d’une petite colline que les habitants appellent le tumulus de Cholak Batyr, en l’honneur duquel les montagnes ont été nommées.

« Il est possible que ce lieu ait longtemps été considéré comme sacré. Ces monticules sont une opportunité d’en apprendre davantage sur ceux qui ont voyagé le long de la route de la Soie », explique le guide.

Olga Goumirova

Plus loin, la terre regorge d’affleurements de pierre, dont certains mesurent 25 à 30 mètres de diamètre sur des monticules malheureusement dévalisés. Selon Olga Goumirova, ces structures sont probablement un enclos pour les caravanes voyageant le long de la route de la Soie. Tout ce qui est visible ici représente une branche de cette route. Mais des experts doivent encore confirmer cette intuition.

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En chemin à la recherche des pétroglyphes. Photo : Daniyar Mousirov / Vlast.

Olga Goumirova est journaliste et illustratrice pour enfants. Elle est chercheuse de pétroglyphes depuis les années 1990. Elle s’est depuis l’enfance passionnée pour l’archéologie et voulait rejoindre la faculté d’histoire, mais s’est finalement tournée vers le journalisme.

C’est en 1994 qu’elle a vu pour la première fois de ses propres yeux un pétroglyphe, quand le complexe archéologique Tanbaly préparait son inscription sur la liste de l’Organisation des Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture (Unesco).

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Olga Goumirova. Photo : Daniyar Mousirov / Vlast.

Un an plus tard, elle s’est vue proposer de partir en expédition avec les étudiants du lycée numéro 46 à Echkiolmès en qualité de cuisinière. « Je ne sais pas cuisiner, je n’aime pas cela, mais je suis partie avec eux. Ils ont tous survécu (elle rit). Pendant l’expédition, je préparais à manger jusqu’à 11 heures, puis je sortais sur les rochers jusqu’à cinq heures du soir. Je prenais part aux activités de dessin des pétroglyphes, et j’ai fait la connaissance de l’archéologue et alpiniste Alekseï Mariachev. Il a vu que j’étais très douée en orientation, pour l’escalade, etc. Il a fini par m’inviter à son expédition », raconte-t-elle.

Des dessins de chèvres et d’hommes

Pour bien chasser les pétroglyphes, il faut avoir des compétences en escalade et en tourisme de montagne. Dans l’ensemble, il faut être endurant car en été sur les rochers, il fait insupportablement chaud. Aujourd’hui, avant-dernier jour de mars, il fait encore frais : le soleil brille, et on n’entend pas toujours très bien les voix des chasseurs à cause du vent.

Pendant qu’une partie de l’équipe fixe les monticules (certains font douze mètres de diamètre voire plus) et les affleurements de pierre, l’artiste Elena Koudinova photographie les montagnes en face, et à travers le zoom de l’appareil se découvrent des traces d’art rupestre. Les chasseurs grimpent sur des rochers détachés en raison de l’effritement des pierres.

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Les rochers cachent un grand nombre de dessins rupestres. Photo : Daniyar Mousirov / Vlast.

Saïd Galimjanov, professeur et enseignant à l’Académie d’architecture et de construction (KazGAZA), conclut que les dessins de chasse à la chèvre qu’ils viennent de trouver sont de la période de l’âge du bronze. « Je donne ma main à couper que c’est du bronze, l’étage inférieur, c’est du bronze à cent pour cent. Et en dessous de nous, il y avait une grande colonie. »

Saïd Galimjanov a rejoint les chasseurs il y a longtemps, mais c’est la première fois qu’il vient ici : il dit qu’il est venu pour évaluer les lieux, puis qu’il y amènera ses élèves.

Spiridon Starkov

En 2022, Spiridon Starkov a quitté la République de Sakha, ou Yakoutie, pour s’installer au Kazakhstan. Il a « les jambes les plus rapides et l’œil le plus perçant ». Il a grandi dans un endroit où il fallait « voyager trois jours entiers en KAMAZ (un type de camion, ndlr)«  pour parvenir jusqu’aux montagnes les plus proches. Au moment de ses études à Tomsk, il a fait la connaissance d’Almatiens, qui lui parlaient des montagnes.

Quand il a fini par se rendre à Almaty, il a découvert avec grand étonnement que la ville se trouvait vraiment aux pieds des montagnes. « C’est incroyable qu’on puisse se réveiller et aller prendre son petit déjeuner dans les montagnes », raconte-t-il.

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Spiridon Starkov a fait une excursion au musée-réserve d’Issyk, où il a appris l’existence des chasseurs de pétroglyphes et a demandé à participer à l’expédition. « Cela m’a attiré. Il s’agit de nos ancêtres, mais bien sûr pas les plus proches. Les Turcs descendent des Sakas, tout comme les Yakoutes. Je suis moi-même très intéressé par leur mode de vie. Bien sûr, j’aimerais comprendre pourquoi mes ancêtres ont décidé de s’installer dans un endroit aussi froid alors qu’il y a beaucoup de terres ici », s’amuse-t-il.

Le légendaire Bolat

Dans la montagne voisine, Spiridon Starkov a aussi découvert des pétroglyphes, un grand aigle mort et une gravure au nom de Bolat.

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Bolat, une inscription légendaire pour les chasseurs de pétroglyphes. Photo : Daniyar Mousirov / Vlast.

Ce dernier est une figure légendaire pour les chasseurs de dessins rupestres. Le mystérieux Bolat a immortalisé son nom dans les montagnes de Cholak à peu près partout où se trouvent des pétroglyphes, ce qui suscite une véritable admiration. Les années de création active de Bolat se situent autour de la deuxième moitié des années 1980. Il n’a pas seulement laissé sa signature dans ces montagnes, mais a également mis à jour les dessins de l’âge de fer et de l’âge de bronze. Spiridon Starkov pense que Bolat était un berger et rêve désormais de le rencontrer afin de lui serrer la main.

L’équipe enregistre tous les motifs trouvés avec l’aide du GPS. Les photographies et les données seront transmises à l’Institut d’archéologie A. Margoulan.

Certains pétroglyphes menacés

Ces pétroglyphes ont eu de la chance : ils se trouvent sur le terrain d’un parc national, c’est-à-dire sous la protection de l’Etat. Mais d’autres peintures rupestres anciennes ont moins de chance. Par exemple, dans les montagnes d’Arkharly, un ancien sanctuaire vieux d’environ 4 000 ans a été endommagé par les collecteurs de dalles et de graviers. Cela s’est produit parce que le terrain a été loué à un propriétaire sans expertise archéologique préalable.

Aujourd’hui, les spécialistes sont surtout préoccupés par la construction d’une station hydro-électrique sur la rivière Koksou. Les alentours sont déjà en construction. Tout cela conduit à ce que des dessins encore non étudiés ni même enregistrés puissent se retrouver détruits.

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Certains pétroglyphes sont menacés. Photo : Daniyar Mousirov / Vlast.

« A proximité, dans la zone protégée du monument, deux centrales électriques vont être construites en même temps, ce qui signifie que les cimetières et les villages seront détruits, et bien sûr, s’il y a un miroir d’eau à cet endroit, les pétroglyphes commenceront à se couvrir de lichens et disparaîtront. Si nous prenons en compte le fait qu’Echkiolmès figure sur la liste préliminaire de la proposition d’inscription sur la liste collective de monuments de l’UNESCO, et qu’en 2025 le Kazakhstan préside l’organisation jusqu’en juin, alors nous pouvons nous sortir de là avec un gros scandale international », estime Olga Goumirova.

Selon elle, le projet de centrale hydro-électrique est en réflexion depuis le début des années 2010, au moment précis où Echkiolmès a pour la première fois été retiré du Code des monuments archéologiques de la région d’Almaty.

Des recherches limitées par le passage des saisons

Les sanctuaires ne sont pas des dessins gravés au hasard, il y a une certaine logique dans l’organisation d’un lieu sacré.

Olga Goumirova continue : « Les anciens savaient choisir les lieux de leurs sanctuaires. Il y règne une atmosphère particulière, généralement un paysage mémorable, très beau, et un sentiment d’harmonie, de bien-être, de paix. Il reste encore beaucoup de questions auxquelles les savants ne peuvent toujours pas répondre. Les pétroglyphes sont une transmission symbolique d’informations. Il faut essayer de se représenter comment pensaient les hommes il y a 4 000 ans. Nous n’avons pas su conserver les mythes de l’âge de bronze sur notre territoire. Nous sommes à ce jour toujours incapables de dire quelles étaient les divinités à ce moment-là. »

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Les chasseurs partent en expédition pendant le week-end. La saison active dure six mois, bien qu’il arrive que des fouilles soient menées en hiver. A Altyn-Emel, les recherches seront menées en avril avec le soutien du Qazaq National Park. Ensuite, les enthousiastes reviendront pendant l’automne. En mai et en juin, il faudra travailler à Echkiolmès, où les pétroglyphes sont aujourd’hui en danger.

En ce qui concerne Altyn-Emel, un des fermiers dit que sur ce territoire se trouvent beaucoup de pétroglyphes, mais qu’il est pour l’instant impossible de s’y rendre à cause de la boue. Dans l’ensemble, les sources principales d’informations sur les pétroglyphes sont les bergers et les gardes forestiers du parc national. Mais même avec une compréhension juste du terrain des fouilles, il est important d’avoir en plus non seulement le savoir, mais aussi l’intuition.

« Je n’avais jamais rien éprouvé de tel »

« Les motifs se trouvent habituellement le long de chemins commodes et dans des endroits magnifiques. Je me rappelle du moment où j’ai trouvé mon premier pétroglyphe – [Olga] Goumirova m’avait dit d’aller le long de la crête, je marche, je marche, mais je ne trouve rien. Et je commence à me demander où est-ce que je serais allé si j’avais été un Kazakh de l’époque. Vraisemblablement là d’où je peux voir les collines, dans une gorge, dans un village. Je marche et hop : une chèvre. Plus loin, encore une chèvre. Je gravis la montagne et là se trouve un regroupement de pétroglyphes ! Quelle sensation étrange j’éprouvais au-dedans, de la joie, de l’euphorie. Je n’avais jamais rien éprouvé de tel », confie Spiridon Starkov.

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Spiridon Starkov. Photo : Daniyar Mousirov / Vlast.

Depuis, il a développé une addiction : il veut trouver de plus en plus de pétroglyphes.

Ramis Atabaïev, originaire de Taldykorgan, partage complètement cette addiction. Cet ancien militaire aujourd’hui à la retraite, père de six enfants, tient un business. Il est passionné d’archéologie depuis l’enfance. Chez lui se trouvait un livre sur l’art rupestre en France, et c’est avec étonnement qu’il a appris qu’il s’en trouvait aussi au Kazakhstan, et en plus de cela, dans sa ville natale.

Comme le dit en plaisantant le journaliste et chasseur Iourii Dorokhodov, si le Kazakhstan est le pays des pétroglyphes, alors Taldykorgan est sa capitale. Selon Ramis Atabaïev, il est possible de trouver des pierres avec d’anciennes gravures dans sa propre ville. Celui qui comprend leur valeur s’adresse à un archéologue, celui qui ne comprend pas les détruit.

Partir à la recherche de pétroglyphes à vélo

L’année dernière à Taldykorgan s’est achevé un conflit ayant duré quelques années. Une compagnie de construction locale a détruit le sommet d’une colline où se trouvaient beaucoup de pétroglyphes, dont certains de l’âge du bronze, en extrayant de la diorite. Ce qui a survécu a été préservé.

« Il y a deux ans, j’ai commencé à faire du vélo comme amateur, et maintenant je prends mon vélo, je me rends aux collines les plus proches qui longent Taldykorgan et je cherche de nouveaux regroupements de pétroglyphes. Ensuite je transmets l’information à [Olga] Goumirova. Mon rôle c’est de découvrir, de poser des étiquettes », raconte Ramis Atabaïev.

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Ramis Atabaïev. Photo : Daniyar Mousirov / Vlast.

Autour de Talykorgan se trouvent beaucoup de montagnes où les locaux ont vu des dessins sur pierre. Ramis Atabaïev s’y dirige seul avec son vélo pour de nouvelles recherches et, comme d’habitude, il trouve. Les sujets sont divers, d’une scène de chasse à des chèvres ordinaires, en passant par des figures humaines.

Il note que les gens qui cherchent des pétroglyphes avec de mauvaises intentions ne les remarquent souvent même pas. Les pétroglyphes ne s’ouvrent pas à eux.

Un but : trouver les pétroglyphes représentant le soleil

Lui-même n’a pas tout de suite vu les pétroglyphes. Il avait entendu dire qu’il y en avait à Ordakoul. Il raconte : « Je m’y promenais depuis une heure et demie et je commençais déjà à me perdre, je me suis assis sur un banc… je voulais déjà redescendre en bas, mon cœur me criait « Mince, mais où donc sont ces pétroglyphes, montrez-vous ! » Soudain, j’ai tourné la tête sur le côté, les rayons du soleil sont tombés d’une certaine manière sur une pierre, bref, j’ai aperçu une chèvre, et alors tous les motifs se sont découverts à moi les uns après les autres. »

Ramis Atabaïev considère qu’il faut réussir à inscrire ces lieux au patrimoine culturel de l’Unesco. Quand il était soldat, il travaillait à la frontière. Il se souvient que les étrangers qui arrivaient disaient qu’ils iraient à Tamgaly-Tas, bien que la valeur du site ne soit pas encore officiellement reconnue.

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Quand Rafael Khismatoulline a commencé à se passionner pour les pétroglyphes, il a dit à sa femme qu’il en trouverait un avec une tête en forme de soleil et lui dédierait sa découverte. Il a tenu cette promesse : il en a trouvé un de 3,5 mètres sur 1,5 mètre.

Il semble que tous les chasseurs rêvent de trouver une tête de soleil, que beaucoup de gens connaissent plutôt comme un symbole de l’ancien festival de musique Azia Daouysy. Mais comme le dit un des chasseurs, même les dessins de chèvres les ravissent.

La création d’une Fondation pour protéger l’héritage

L’équipe de futurs chasseurs a commencé à se former à la fin des années 1990. Des volontaires se joignaient toujours à Alekseï Mariachev. Quand il a proposé à des journalistes de Droujnyïe rebiata, pour lequel Olga Goumirova travaillait depuis longtemps, de se joindre à lui, une nouvelle équipe est apparue et s’est fixé des buts précis.

« Beaucoup de gens ne le savent pas, mais le territoire du Kazakhstan est une véritable page blanche d’un point de vue archéologique. Il y a très peu d’archéologues pour une grande quantité d’objets archéologiques, comme les collines de la rivière Koksou, ou en général toute la région de Jetyssou. Nous économisions de l’argent, partions à notre propre compte, et aidions Alekseï Mariachev à organiser l’expédition », se souvient Olga Goumirova.

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L’équipe de chasseurs de pétroglyphes. Photo : Daniyar Mousirov / Vlast.

Après sa mort, le groupe a pris la décision de créer une Fondation, au vu de l’urgence de préserver les pétroglyphes. En 2024, un mémorandum avec l’Institut d’archéologie de Margoulan a été conclu pour 3 ans : les chasseurs transmettent toutes les informations recueillies aux scientifiques et discutent avec eux de comment organiser des expéditions.

Un manque de financement

Deux choses menacent les pétroglyphes : le business et le temps. Aujourd’hui, en raison du manque de financement, il y a peu de jeunes archéologues qui pourraient s’intéresser aux dessins rupestres. Selon Olga Goumirova, près de 300 regroupements de pétroglyphes sont à ce jour officiellement enregistrés dans le pays, bien qu’en réalité il y en ait beaucoup plus.

Le problème est que le Kazakhstan n’applique pas la loi sur l’expertise archéologique préalable. De plus, les objets archéologiques connus ne sont pas suffisamment étudiés. Par exemple, Beschatyr est un site funéraire très étudié, mais personne n’a enregistré les pétroglyphes situés à proximité. Tanbaly-Tas, à Altyn-Emel, n’a lui non plus pas été étudié jusqu’au bout. Personne, jusqu’à l’expédition des chasseurs, ne savait que sur les hauteurs de la montagne de Cholak, sur le territoire même du parc national, se trouvaient aussi des représentations rupestres. Spiridon Starkov venait de les découvrir.

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Pour cette raison, les chasseurs de pétroglyphes ont dû faire ce que l’Etat ne pouvait pas faire. Et tout cela gratuitement, sur la base de leur seul enthousiasme.

Les recherches à Altyn-Emel sont liées avec le fait que le Qazaq National Park veuille y créer de nouveaux parcours touristiques. Comme ce lieu est un espace protégé, Olga Goumirova considère qu’un tel parcours pourrait être sans danger pour les pétroglyphes et utile pour les touristes.

Le projet Jer Art

Pour rendre l’idée d’une visite au centre Altyn-Emel attractive pour les touristes, l’artiste Sanjar Joubanov a créé un projet qu’il a appelé Jer Art – par analogie avec le land art. C’est une galerie unique de dessins à ciel ouvert. Non loin de la visite du centre se trouve un chemin, le long duquel s’étalent des pétroglyphes et les travaux récents de Sanjar Joubanov sur les pierres. Il a gravé ses œuvres par contraste avec les pétroglyphes, ce qui les rend plus remarquables.

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Un fragment de la galerie de l’artiste Sanjar Joubanov. Photo : Daniyar Mousirov / Vlast.

L’artiste a travaillé sur cette galerie pendant trois mois. Sur les hauteurs des montagnes, il a gravé des motifs à tête de soleil.

Sanjar Joubanov travaille avec des pétroglyphes depuis 15 ans, mais son travail était au début spécifiquement tourné vers les motifs à tête de soleil. Il confesse n’avoir longtemps pas pu les appréhender : « Mon but est de ressentir les artistes anciens, de m’imprégner de ces traces. Il faut un état d’esprit particulier, de l’amour, de la volonté, et c’est là qu’apparait le dessin. C’est une tradition puissante, vieille de plusieurs milliers d’années, de l’apparition de l’art des Sakhas jusqu’à l’art turc. »

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Les motifs à tête de soleil. Photo : Daniyar Mousirov / Vlast.

Sanjar Joubanov montre un dessin de cerf dont les énormes cornes rappellent l’ornement kazakh. Le voici, le lien fondamental avec les artistes du passé.

Le projet d’amener des élèves

À quelques mètres des nouvelles têtes de soleil, Saïd Galimjanov et Rafael Khismatoulline ont vu une peinture rupestre et ont commencé à débattre sur la période à laquelle elle appartenait. Le premier insiste sur le fait qu’il s’agit d’une peinture néolithique.

Saïd Galimjanov est content de sa journée. Il considère qu’Altyn-Emel est un monument aux multiples promesses. Ici, on peut mener des recherches archéologiques précieuses à de nombreux égards. Il s’y dévoile une culture de peuplements et de cimetières assez vaste, ainsi que des regroupements de pétroglyphes qui vont de l’âge du bronze au moyen-âge. Il s’y trouve aussi des établissements ethnographiques de l’époque du khanat kazakh. Pour cette raison, l’idée de Saïd Galimjanov d’amener ses élèves s’est avérée très pertinente.

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Le soleil se couche, et le long du chemin, sur une pierre imbibée de la lumière du soir, apparait encore un dessin ancien.

Les chasseurs fatigués retournent à leur voiture. Au loin, sur la montagne, apparaissent les trois silhouettes d’Olga Goumirova, Saïd Galimjanov et Rafael Khismatoulline se penchant sur la pierre. Ils discutent : ce motif date-t-il du néolithique ?

Svetlana Romachkina
Journaliste pour Vlast

Traduit du russe par Sophie Combaret

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