Le Kazakhstan et l’Ouzbékistan font partie des premiers pays à avoir rejoint le « Board of Peace » (Conseil de paix) nouvellement créé par Donald Trump. Les deux pays d’Asie centrale espèrent nouer des relations plus étroites avec le président américain.
En marge Forum économique mondial à Davos, le 22 janvier dernier, le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev et son homologue ouzbek Chavkat Mirzioïev ont tous deux signé la charte du « Conseil de la Paix », sous le regard conquis du président Donald Trump.
Cet organe, proposé pour la première fois en septembre dernier, a été mandaté en novembre par la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) pour l’administration et de la reconstruction de la bande de Gaza. Cependant, la charte fondatrice ne mentionne plus le mandat de l’organisation dans la bande de Gaza ; elle la décrit plutôt comme un organe permanent chargé de « promouvoir la stabilité, de rétablir une gouvernance fiable et légitime et d’assurer une paix durable ».
Au Kazakhstan et en Ouzbékistan, les autorités soulignent l’engagement du Conseil en faveur d’une paix durable dans la bande de Gaza et de sa reconstruction sociale et économique.
« La création du Conseil de paix est conforme aux priorités de la politique étrangère de l’Ouzbékistan, qui visent à soutenir les initiatives de paix et la coopération multilatérale », a déclaré dans un communiqué l’administration présidentielle ouzbèke dans un communiqué de presse pour justifier l’adhésion du pays à cet organe de paix.
« Le président Tokaïev [réaffirme] l’engagement du Kazakhstan à contribuer de manière significative à l’instauration d’une paix durable au Moyen-Orient, au renforcement de la confiance entre les États et à la stabilité mondiale », a déclaré Ruslan Zheldibay, alors porte-parole adjoint du président kazakh.
Structure de pouvoir opaque
Outre les deux pays d’Asie centrale, 33 autres États ont signé la charte fondatrice du « Conseil de la Paix », dont la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Argentine, l’Azerbaïdjan, l’Égypte et Israël. Dans le même temps, de nombreux alliés traditionnels des États-Unis, dont une grande partie des États membres de l’UE et le Canada, se montrent critiques à l’égard de cette nouvelle institution. Ils réaffirment le rôle des Nations unies en tant qu’organe principal de médiation dans les conflits internationaux.
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Le Conseil de la paix est principalement critiqué en raison de sa structure organisationnelle opaque et de la position toute-puissante du président américain Trump en tant que président à vie. L’adhésion au Conseil implique également un investissement financier considérable : moyennant une contribution d’un milliard de dollars, un pays obtient un siège permanent, sinon l’adhésion est limitée à trois ans. Cependant, en tant que président du Conseil, Trump peut décider unilatéralement d’accorder à un pays le droit de rester membre du Conseil au-delà de ces trois ans.
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Selon un communiqué de la Maison Blanche, outre Trump, le secrétaire d’État américain Marco Rubio, le représentant spécial de Trump pour le Moyen-Orient Steve Witkoff, le gendre de Trump Jared Kushner, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, le milliardaire et PDG américain Marc Rowan, l’actuel président du Groupe de la Banque mondiale et ancien directeur général de Mastercard Ajay Banga, ainsi que Robert Gabriel, conseiller de longue date de Donald Trump et actuellement conseiller adjoint à la sécurité nationale, siègeront au « comité exécutif » du Conseil.
Quels avantages pour Astana et Tachkent ?
Depuis 2022 au moins, les pays d’Asie centrale tentent, dans le cadre de leur politique étrangère multivectorielle, de renforcer leurs liens avec des pays et des acteurs tiers, notamment les États-Unis et l’UE. En adhérant au Conseil de paix, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan espèrent tous deux avoir un accès plus large au président américain, très enclin aux transactions, alors que les relations des États-Unis avec leurs alliés européens ont atteint un nouveau creux.
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En novembre dernier, les cinq chefs d’État d’Asie centrale, dont M. Tokaïev et M. Mirzioïev, avaient déjà rencontré Trump lors du deuxième sommet États-Unis-Asie centrale à Washington, où il était principalement question d’accords dans les domaines des terres rares et des gisements minéraux, deux secteurs dans lesquels les États-Unis souhaitent réduire leur dépendance de longue date vis-à-vis de leur rival chinois.
Dans le même temps, le Kazakhstan recherche des investissements urgents afin de pouvoir exploiter ces gisements de matières premières. C’est pourquoi le pays a conclu 30 accords d’une valeur totale de 17,2 milliards de dollars américains avec diverses entreprises américaines, dont Boeing, OpenAI et Nvidia, pour développer l’infrastructure (numérique) kazakhe.
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Pour participer à des réunions d’affaires et à des sommets politiques, chaque Etat semblent toutefois devoir rester dans les bonnes grâces du président américain, dont les humeurs changeantes se traduisent souvent par des politiques contradictoires. A peine une semaine avant la signature de la charte, les procédures d’obtention de visas d’immigration pour les citoyens kazakhs, kirghizes et ouzbeks ont été gelées, le gouvernement américain les accusant d’abuser des « prestations sociales et des aides publiques ». C’est pourquoi les gestes symboliques de bonne volonté sont extrêmement importants, comme l’adhésion du Kazakhstan aux accords d’Abraham en décembre ou son adhésion actuelle au « Board of Peace ».
Benedikt Stöckl
Rédacteur pour Novastan
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Pourquoi le Kazakhstan et l’Ouzbékistan ont-ils rejoint le « Conseil de la Paix » de Donald Trump ?
Pourquoi le Kazakhstan et l’Ouzbékistan ont-ils rejoint le « Conseil de la Paix » de Donald Trump ?